INSUFFISANCE DES DEUX ANS
devant le grand remède, tout ce qu'ils peuvent faire est de se réfugier derrière les demi-mesures, les palliatifs, les engagements et les trente mois. dont je montrerai Tinanité. Mais, défendre le service de deux ans, personne, ni ministre, ni général, ne l'essaye plus. M. le général de Lacroix écrit, dans le Temps d'hier soir: ce La loi de iQoS a fixé chez nous le nombre des classes (retenues simultanément sous les drapeaux) à deux. L'opinion française el le Parlement sont-ils capables de le relever à trois? Je le crois, et il faut absolument le désirer ». A oilà ce que sait, ce que voit aujourd'hui toute la France,
L'heure est grave pour tout le monde. Si les députés reculent devant l'évidence, la rupture entre eux et la nation deviendra irrévocable. Si, cependant, malgré tout, enferaiés dans leurs courtes vues, ils se dérobent au devoir national, que les ministres, eux, dont les noms seront, pour la postérité, mêlés à la tragique histoire qui s'écrit sous leurs yeux, c|ue ces ministres sauvent du moins leur honneur et leur responsabilité! Ils tomberont peut-être, mais leur chute, dans un tel débat, en achevant d'éclairer le pays, sera, pour la France, un exemple fécond, pour eux-mêmes un titre de gloire. Je ne sais pas ce qui se passe au Conseil des ministres, mais j ose
L' Il EL RE DECISIVE
affirmer aux hommes cjui délibèrent, dans le secret du cabinet, sur le salut public, que ceuxlà seuls, trouveront le pays avec eux, qui auront, demain, le courage d'alïronter le Parlement sur le terrain national.
Ce courage, il faut l'avoir jusqu'au bout. La loi de trois ans, votée cette année, n'agira pas immédiatement; tout le monde s'en rend bien compte. Et pourtant le danger est à nos portes. Ce n'est pas en 191/1, c'est dès cette année qu'il faut être prêts. Eh bien ! je n'hésite pas à le dire, quoiqu'il en puisse coûter, si la loi nouvelle n'est pas rétroactive, c'est-à-dire si la classe libérable en 1910 n'est pas conservée pendant un an, nous n aurons fait notre devoir qu'à moitié.
Voilà toute la vérité, du moins la vérité essentielle. Car, sans parler du matériel, de l'artillerie de siège et des obusiers, sans parler des dirigeables, pour lesquels la France s'est laissée, si malheureusement, dépasser par l'Allemagne, sans quitter, enfin, la question fondamentale des effectifs, il y aurait encore d'autres mesures immédiates à réclamer, sur lesquelles je reviendrai. Mais je ne veux pas aujourd'hui détourner 1 attention publique.
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Ayons d'abord les trois ans et ce sera une victoire ! Une victoire, non seulement pour notre étal militaire, mais pour notre état moral. Car nous ne pouvons pas, sous peine d'abdication, rester muets et immobiles devant la formidable manifestation de 1" Allemagne. Qu'on ne parle pas de provocation, ni d'imprudence ! L'Empire allemand fait ce qu'il croit nécessaire pour sa sécurité. La nation française, à son tour, fait ce qu'elle croit, elle aussi, nécessaire à la sienne. L'un et l'autre usent de leur droit. La question est simple et ne comporte aucune autre explication .
J'ai dit que je faisais appel au sang-froid du pays, en même temps qu'à sa résolution. Il le conservera tout entier, s'il sait grandir son âme à la hauteur de ses devoirs. La puissance d'une armée n'est pas seulement dans le nombre : elle est dans la force morale. A mesure qu'on connaîtra mieux l'histoire de la guerre balkanique, on verra que ce fut là, pour elle, le grand levier de la victoire. On dirait que le maréchal von der Goltz avait le pressentiment de l'avenir qu'il préparait sans le savoir, quand il écrivait, dans la Nation armée .((In nouvel Alexandi'e surgira
qui, à la Icle d'une petite troupe d'hommes parfaitement armés et exercés, poussera devant lui des masses énervées...».
Dieu nous garde-t-il un Alexandre P C'est son secret. Notre devoir, à nous, c'est de préparer la troupe d'hommes qui saura, l'heure venue, répondre aux desseins providentiels ; c'est de la préparer, non seulement en lui donnant, par la force de ses unités, toute sa valeur offensive, mais, par sa force d'âme, source de la confiance, toute sa valeur morale. C'est ce que M. le Président de la République exprimait admirablement hier à l'Hôtel de ^ille, en parlant «des meilleures vertus françaises, l'esprit de sacrifice et de désintéressement , la générosité chevaleresque , le patriotisme à la fois ardent et réfléchi ». La loi de trois ans aura un double effet. Elle sera une loi d'effectifs, mais, plus encore, une loi de virilité. Puisse le gouvernement de la France, ce de la France immortelle», comme dit encore M. Poincaré, se pénétrer de cette vérité ! Alors, il osera parler au pays, et, comme tous ceux qui lui parlent, il sentira vibrer son ame.
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