‹ L'heure du Berger roman de Cl. le PetitChapitre 11 sur 17 · FLEUR · texte numérisé non relu

FLEUR

Quand d'un saint deslr transporté Je fas hier à la Charité

D'un estrange accident mon ardeur fut suivie: Car par un mal-heureux et favorable sort, Le jour que le grand Pan reprit sa belle vie

Pensa bien contre mon envie

Devenir celui de ma mort.

Sur mon âme peu s'en falut

Que la perte de mon salut, Ne lit un jour de deuil de ce jour d'allégresse : Mais si cette disgrâce alors avoit eu lieu, J'aurois pù me vanter et publier sans eesse,

D^estre mort pour une déesse,

Dans la garde robe d*un dieu.

Lorsque la force me faillit

Je voulus demander un lit Aux pères dout Thabit est différend du nostre : Mais quand leur charité m'eut comblé de bienfaits JPaurois beau me coucher deda&s le lit d'un autre,

A moins que d*estre dans le vottre»

Je n'en releveray jamais^

Voyez en quel estât m'ont mis

Vos beaux yeux, ces chers ennemis, Reparez leurs rigueurs par vos soins charitables, Prenes autant d'amour comme on en a pour eux, Pousses en ma fayeur quelques rœuz ilayorables.

Et parmy tant de misérables,

Je seray le seul bienheureux.

Je règle mon ambition

Aussi bien que ma passion Et sans tous appauyrir pour cesser de prétendre : Adorable Phills tous poures beaucoup mieux»

Nous donner d*un seul mot plus qu'on ne tous peut

Et Yotre bouche me peut rendre (prendre,

Ce que m* ont dérobé vos yeux.

Si mon cœur garde le secret.

J'appréhende qu'en indiscret, Vous disant qu'il tous ayme, il ne tous importune : Philis, c'est toutefois la pure vérité, Et si vous n*en avez encor de preuve aucune,

C'est manque de bonne fortune

Etnon de bonne volonté.

De grâce songes à cela, Et lorsque tous me Terres là:

Jugez de mon ardeur par mon profond silence,

L'Amour ainsi qu'aveugle est muet quelquefois,

Et quoy qu'un beau discours ait beaucoup de puissance

Les regards ont plus d'éloquence

Que Téloquenoe de la Toix.

PiLBTTB.

Il vit bien qu'il y avoit de l'amour sur le jeu, et que son inconniie ou son hôtesse en avoient donné dans l'aile au poëte, le goût qu'il trouva

à ces vers fit qu'il visita les autres papiers avec plus d*einpressement, car oulre qu'il les aymoit furieusement fort, et les faisoit horriblement bien (pour parler à la mode), il connoissoit particulièrement l'auteur de ceux-cy dont il estimoit les ouvrages comme des pièces plus naturelles et capricieuses que polies et esiudiées : celle-cv luj tomba à propos entre les mains comme s'il l'eust long^temps cherchée, son titre bizarre plut à son humeur qui l'estoit un peu et il ne pût faire moins que de voir ce que ce pouvoit estre. C'estoit :

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