A LA BELLE PHILIS
FLBUBON
Puisque vous voulez que ma plume
Confidente de mes mal-heurs;
Avec de plus vives couleurs Vous peigne encore un coup le feu dont me consume
Geluy de vos beaux yeux vainqueurs :
Quoy que Fatnour rende ma muse
Honteuse, timide et confuse, i)e voir sa liberté captive dans ses fers, J'obeys à vos loix en faveur de ma flàme ;
Comme amant vous aurez mon ame^
£t comme poëte mes vers.
l^oTir TOUS ftkire donc un modellâ D'une chose qui n'en a point, Et TOUS tracer de point en point Un amour qu^ayec Tor d*une chaine si belle,
Le ciel et le hazard ont joint, Sans vons dire qu'il est extrême, Philis consultez-vous tous mesme, Dedans rostre miroir examinez-vous bien Il fera bien pour moy ce qu'il fait pour un autre £t par la puissance du rostre Jugez de la igrandeur du mien. *
Voyez avec quel advantage
Vostre père vous a formé,
£t si l'on peut estre charmé Par les traits naturels d*un plus charmant risage^
Où Ton Toit Talbàtre animé :
Vous seule dedans rostee chambre
Retsardez tous en chaque membre Considérez Philis si c'est chair ou poisson £t dites-moy sans fard voyant toute l'affaire
Que ne voudriez-vous point faire
Si Dieu vous avoit fait garçon.
Touchant la plus belle partie
St la plus petite du corps.
Pour qui dans mes ardens transports
J*ay tant de passion et tant de simpatie,
Que n^oseriez-^vous point alors ?
Diriez-vous pas c'est un stupidOi
K aie goust plus qu'incipidé, Et le cœur de molesse ou de honte abattt»
Si dans Temportement que son aspect anime
Je ne ftûsois pas ce doux crime
Dont je fais toute ma rertu.
Vous sçavez tout faire à merveille Mais surtout Tamoureux métien
£t qtioy que je sois rienz routier.
Mon cœur ne s'est point fait longtemps tirer Foreille, II demanda d'abord quartier; Vous sçayez quand Je tous eus yeuë
Que de ma liberté perduô Je ne fis pas chez vous le fier ny le méchant : Que dis-je? vous pouviez vaincre avec plus de gloire
El, si vous m'aviez voulu croire,
Je TOUS l'aurais fait sur le champ.
Voila le récit yeritable
De ce que je vous ay promis
Agréez qu'il me soit permis D'espérer de l'amour d'une personne aimable,
Et d'estre au nombre des amis :
Songez, obligeante maîtresse
A me tenir vostre promesse Puis que je tous tiens celle où j*estois engagé Considérez la loy que mon mal-beur m'impose,
Si je TOUS donne peu de chose
Je TOUS donne tout ce que j'ay.
Vous pouTez agir sans contrainte
Confidemment aTccque moy,
Je suis homme de bonne foy.
Et qui très-Tolontiers paye diopine et pinte :
Fhilis, alors que j'ay de quoy,
Je sçay la manière de vivre
Et la méthode qu'il faut suivre Afin de vivoter dedans ce monde-cy; Mais sans trouver mes soins et mes transports estranges
Souffrez qu'ayant fait tos loUanges
Je fasse les miennes aussi.
Je crois que je suis bien vostre homme.
Je suis amoureux comme un chat, Et quoy que gueux comme un gros rat, Dans Paria» dans Madrid,
J*ay passé mon temps en furelat; Je ne leAs qner^le ny frande.
Et n'ayez peur que dans la chaude Vos petits interests ne soient bien soûtenus , Je sçais rendre, Fhilis, alors que Ton me donnet
£t je connois l'art de Bellone,
Autant que celai de Venus*
Tandis que tous pouyez encore
Et plaire et donner du plaisir.
Satisfaites vous à loisir, £t souffrez qu'en liecret un amant vous adore,
£t TOUS conte son chaud désir.
Aussi bien les lys et les roses
Qui sur Tostre teint sont écloses, Perdront en peu de jours réélat qui les maintient; Les rides et les plis viendront prendre leur plaee,
La jeunesse et la beauté passe
£t la vieillesse et la mort vient.
Alors TOUS Toyant rebutée, Et tous yos amans retires ; Cent fois tous tous repentirez ; D'avoir ayecque moy tant ftdtla dégoûtée,
Cent fois vous en enragerez r Mais vos plaintes mélancoliques N'auront responses ny répliques, Vous me ferez plus lors de peur que de pitié, Mes yeux ne vous yerront qu'à peine £t vous porteront plus de haine Que présentement d'amitié.
Ainsi, songez-y de bonne heure:
Sans attendre à l'extrémité, Aymez par générosité, Puis que le passe-temps Philis tous en demeure, Le plaisir et Futilité, • Laissons là la cérémonie.
Il me semble qu'on me dédie Le bien que Ton méfait arec qb eomplimeiit; En matière d*am(mr dont la lovce ett lî grandé
Lorsqu'on donne sans qu'on demande, On donne presque doublement.
Piusnv*
Ce fleuron Iny plût extrêmement pour esite
une des plus belles fleurs que le poète eust cueilly dans le jardin des muses, et le laissant en bonne odeur de sa renommée, luj donna quatre fois plus d*envie qu'il n'en falloit pour voir la Fleurette qui sembloit Tinviter d'elle mesme à la prendre : ce q^ue £rent ses mains par le consentement de ses yeux et ce que je croy que tous ferez auBsi sans vous faire tirer roreille.