‹ L'heure du Berger roman de Cl. le PetitChapitre 14 sur 17 · A LA B£LL£ PHILIS · texte numérisé non relu

A LA B£LL£ PHILIS

FlâEURETTE

Agréable objet de mes yœux^ Belle Fhilis, qui de nous deux*

A plus sujet de se poursuivre) Et de s'écrier au voleur, Vous d'avoir perdu vostre livre, Ou moy» d^ayoir perdu mon cœurf

Ne faut poÎAt tant faire de brutti Ny m'appeller Tokar de nuit

Cet infâme et honteux reprocbe»

Vous perd malgré tous vos efforts ; Si j'ai fouillé dans vostre poche, Vous aves foiiillé dans mon eorps*

Avec Marquis sur le Pont-Neilf Environ entre huit et neuf.

Nous allions promener pour riie :

Lày TOUS fifttet r&ire beaa coap, Si bien qoLfm pent Jaitement dire.

Que ce ftit entre chien et lonp.

Dedans un endroit si passant, Contre l ame d'un innocent Faire cet attentat énorme Avecque vos yeux inhumains :

N'est-ce pas estre en bonne forme Larronnesse de grands chemins?

Il ne faut point que vous disiez Que ce qu'alors vous en faisiez N'estoit point par mauvaise envie ; Cette raison est sans couleur»

Ce n'est pas espargner la vie.

Lorsqu'on donne tout droit au cœor.

Si vous l'eussiez alors voulu, Peut-estre peu s'en eust fallu Que nous n'eussions vuidé querelle ; Et par un surprenant retourf Aymant déjà la criminelle.

Le crime n^eust été qu'amonr.

Tout le mal auroit esté bien, Je n'aurois plus parlé de rien, Et dans une candeur si grande, Estouffant mon màuTais dessein, Je Yons aorois fait une ofiûrande, Au Ueu de tous faire un larcin.

1 C'est la nom d« ton ytiH chien.

Mais enfin voyant sans soucy

Vostre cœur au vice endorcy

Me foir loin de me satisfiiire :

Je crûs que le pire estoit mieux,

Et que mes mains me pouvoient faire

Satisfaction de yos yeux.

Toutefois (dont j'ay grand regret), Moins yindicatif qae discret,

Je parus encor magnanime; Et quoy que tout me fut permis»

Je vous advertis de mon crime Avant que de Tavoir commis.

Je me coulay donc contre vous, Mais ignorant l'art des filoux, " Je me vis frustré de ma proye Et ne pris, pour trop toupier, Au lieu d'argent et de monnoye Qu'un peu de bois et de papier.

Un méchant livre sans fermoir Avec un vieux chapelet noir Fut le sujet de ma vengeance 5 Dites, Piiilis, devant les cieuz, Connustes tous jamais en France Un Toleur plus devotienx?

Pour deux crimes si differens»

Si l'on nous mettoit sur les rangs Ce seroit une chose rare* De voir danser sous un pivot Une voleuse si harbare. Avec un larron si dévot.

Mais mettez-TOUS à la raison, Puis qu'il est encor de saison,

Car malgré tout yostre artifice Et Tostre eau beniste de cour,

J'obtiendray tout de la justice Si je n'obtiens rien de l'amour.

Ne m'obligez point à m'armer.

Comme tous m'obligez d'aymer,

Et ne forcez point ma clémence, Avec votre dévotion, De prier Dieu pour ma Tengeance, £t pour yostre punition.

Demeurons comme nous Toila»

Vous gagnerez plus à cela,

Qu'à vous plaindre et qu'à me poursuivre

Il vous est plus aisé, ma sœur,

De prier Dieu sans yostre liyre

Que moy de yiyre sans mon cœur.

PlLBTTB.

* Il aimoit tant ces sortes de galanteries qu*il

s'entrelenoit ainsi avec la muse fantasque de Pilette comme si de riea n'eust esté, et sans songer à ce qu'il alloit devenir. 11 s'estonnoit plus de trouver ses escrits dans le lieu où il estoit que de s'y voir luy mesme ; il ne pouvoit s'imaginer qui estoit cette Philis, ny croire que ce fut quelqu'une de ces deux Inconniies. Ce n^est pas qu'il n'enst esté bien aise de se l'imaginer, et qu'il n'eust donné quelque chose de bon pour en sçavoir la vérité ; mais qui diable lai auroit dit? mais que diable, veux-je dire plustost? Quand il en auroit eu un alors, l'esprit de mensonge dit-il jamais un mot de véritable? Comme il estoit dans cette rêverie, il vit

encore un papier sur la table plié en poulet, ce fut 8ur ce mal-heureux qu'il deschargea sa mauTaise humeur, et sur qui je vous donne aussi permission de descharger la vdire*

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