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CHAPITRE VIII

L*SMPEREUR-DIEU

Ces deux Japons, en apparence si différents, ne sont pas, en fait, très éloignés l'un de Pautre. Le vide qui nous semble régner entre eux est rempli par le « Mikado », lequel occupe, par surcroit, tout l'espace entre la Terre et le Ciel.

Ce qui nous intéresse à l'heure présente, quand nous prononçons ce mot de « Japon », ce ne sont, hélas 1 ni sa beauté pittoresque, ni son art prestigieux. Une heure de l'histoire sonne où il nous faut juger tout ce qui est force à ce point de vue unique :

— Quelle qualité de collaboration ou quelle menace d'hostilité, ce facteur japonais repré- 8ente-t-il, pour aujourd'hui ou pour demain, dans les oppositions de poids qui feront osciller la balance ?

Les nations européennes représentées à Tokio par des Ambassadeurs, des Ministres, des Charges d'aiTaires, ne les accréditent point auprès du peuple japonais, représenté par son gouverne-

ment. Ils nous sont un lien direct avec ce personnage mystérieux, sacré, que, nous autres gens d'Occident, nous continuons à nommer le « Mikado », alors que ses sujets, ses ministres, le désignent par ce vocable plus moderne : « l'Empereur ».

Quelle réalité se cache derrière cette fiction ?

Au centre de cette capitale de Tokio, plus étendue que Londres, il y a une ville sainte. D'immenses avenues sablées, larges comme des places, lui font d'abord une marge de silence et d'isolement.

Sa seconde défense est un fossé plein d'ime eau verte et bleue, merveilleusement pure, toujours frissonnante et qu'une suite de canaux empêche de stagner.

La troisième défense du palais est un mur en pierres sèches. Le mot de « mur » est ici inexact. On a plutôt devant soi un quai de pierres grises ou bleues, surgies des eaux vertes du canal. A trois ou quatre mètres au-dessus de ce miroir, ce quai supporte des pelouses dont la ligne d'émeraude suit le faite. Mais le charme incomparable de cette belle image, n'est pas seulement la fraîcheur des gazons au-dessus de la fraîcheur de l'eau. Toute la crête de ce soutien de terrasse est bordée à perte de vue par ces pins aux aiguilles sombres, qui, dans les dessins japonais, forment un premier plan obscur, derrière lequel fuit le paysage pâle.

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