PAR LE « SANS FIL
En dehors de deux diplomates fort distingués, et dont la conversation m'intéresse à des titres divers, le Ministre des États-Unis à Pékin, le Ministre d'Espagne à Tokio, la plus considérable des personnalités japonaises que le Shinyo Maru ramène au pays du « Soleil Levant » est l'honorable M. S. Asano, le président de la Compagnie de paquebots la «Tokio Kisen Kaishawdont le steamer qui nous porte est l'orgueil. On m'a donné des lettres pour ce Japonais considérable et pour son fils, un élève distingué de l'Université américaine de Harvard, que je retrouverai à Yokohama.
C'est un bon procédé, pour tâter le pouls à un peuple, que d'étudier la monographie d'hommes en qui une race, un temps, une heure d'histoire se reflètent. J'applique cette méthode, que Taine préconisa, au président actuel de la « Tokio Kisen Kaisha ».
Le hasard me met en présence d'un personnage très représentatif de son pays et de sa génération,
un fils de cette révolution de palais qui a ôté la force à une aristocratie par laquelle le Mikado était annihilé, afin d'inaugurer une ère de progrès et de chances démocratiques.
M. Asano est venu de la campagne à la ville comme artisan. Aujourd'hui, il contrôle dans son pays l'exploitation et l'industrie du ciment. D'autre part, le commerce du charbon l'a conduit à l'organisation de ces lignes de paquebots qui, momentanément, commandent le Pacifique.
En cours de route, nous lui voyons acheter d'autres steamers par le « sans fil ».
Son nom retentit d'une rive à l'autre de l'Océan comme une victoire japonaise. Il invite tous les passagers du Shinyo Maru à venir, après le débarquement, prendre le thé dans la demeure magnifique qu'il s'est bâtie aux portes de la capitale. Cependant, à bord du paquebot, cet homme d'affaires si moderne, si pratique, voyage en compagnie de deux personnes qui le suivent dans ses déplacements à l'étranger : son prêtre et son astrologue.
Son prêtre est une sorte d'ascète qui ressemble à un ivoire ancien. Il demeure étendu, des journées entières, immobile, dans des poses de méditation. Son astrologue (le mot de « devin » serait plus exact) est un jeune homme à face large, très hirsute. Pour trois dollars il dit aux dames anglaises