‹ L'heure du Japon:Chapitre 26 sur 85 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

LE JAPON n'a pas VOULU

Les Japonais sourient quand on leur dit que sous la redingote moderne et l'uniforme à l'européenne, ils ont conservé l'esprit chevaleresque des samouraï. Cet enivrement, qui n'est point sans quelques rapports avec le don-quicbottisme, subsiste en effet chez eux ; mais il alterne avec un bon sens très rassis et qui rendrait des points à la prudence de Sancho Pança.

Ces deux dispositions se sont manifestées, entrecroisées, combattues, pendant ces mois de fièvre où la question d'im envoi de troupes en Europe était l'objet de toutes les conversations. Il y avait des heures où les Japonais n'en distinguaient que les avantages. Il y en avait d'autres où ils n'en percevaient plus que les difficultés.

La première interrogation des gens qui, disaientils, ne voulaient point s' « emballer » a été cet examen de conscience :

— Si c'est notre devoir de nous porter à l'aide

de nos amis, la question est entendue. Mais est-ce tien notre devoir?

On a relu les traités, les textes d'ententes. On n'y a pas trouvé la trace d'une obligation.

« Raisonnons avec notre sens commun. C'est une bonne règle de ne pas chercher un profit qui dépasse les ressources dont on dispose. Un petit homme doit se contenter de petits gains. Certes, le Japon gagnerait en prestige s'il aidait les Alliés à battre les Allemands. Mais est-il à la hauteur de cette tâche? Dispose-t-il de l'argent, des ravitaillements qui sont nécessaires pour soutenir ses soldats sur une terre étrangère? Suggérer que les soldats japonais seraient payés et nourris par les Alliés est une idée insupportable à la dignité de l'Empire. Notre Souverain ne vend pas à prix d'argent le sang de ses sujets. » (Yomiuri^ décembre 1914.)

La Reçue de la Guerre publie une suite d'articles où se réfléchissent leâ sentiments des hommes techniques.

Le général vicomte Soga qui, en récompense de ses hauts services, fut, un temps, précepteur militaire du Prince Impérial, dit :

— Il nous faudrait envoyer de 300 000 à 400 000 hommes. C'est un effort auquel je suis opposé. Il y a des difficultés d'argent, de climat, de mœurs. Pour remplacer nos malades et nos

Page 1