‹ L'heure du Japon:Chapitre 27 sur 85 · LE JAPON N'A PAS VOULU · texte numérisé non relu

LE JAPON N'A PAS VOULU

blessés, il nous faudrait porter notre envoi à 500 000 hommes. Un effort plus considérable que notre guerre russe! Ce serait jouer la force du pays.

Un autre général expose :

— Certes, si le Japon envoyait dix divisions en Russie, la Russie serait en état de porter à l'Allemagne un coup terrible et sa position en deviendrait très forte. Aurions-nous à nous en féliciter au point de vue politique et au point de vue stratégique ?

Si, d'autre part, je groupe les confidences que m'ont apportées des officiers japonais, je constate que deux courants circulent au Japon dans les milieux militaires. La jeunesse, qui ne s'est pas battue en Asie, voudrait donner sa mesure. L'aventure la tente. Le haut commandement, au contraire, réfléchit que la guerre actuelle se fait sur la terre, sous la mer et dans l'air, avec des moyens nouveaux dont le Japon est encore insuffisamment outillé. On ne voudrait pas risquer le grand nom que les armées japonaises ont acquis dans une occasion où les circonstances pourraient les empêcher de paraître avec tous leurs avantages.

Je dépouille les dossiers que forment tant d'articles montés à la surface de l'opinion publique en des heures de polémique ardente. Certes, on doit s'incliner, quand, pour refuser leur concours,

les Japonais invoquent ce qu'ils croient être Tintérêt bien entendu de leur nation. Mais il arrive que de Tironie se mêle à ces refus. Sans doute, l'Allemagne a compté dans ces contempteurs des Alliés, des clients qui n'étaient peut-être pas entièrement désintéressés. Elle a connu aussi des admirateurs de sa force. Ils escomptent encore son succès final et craignent sa vengeance.

« Supposons, écrit un leader de la Re(fue diplomatique^ que l'Allemagne soit complètement écrasée, certains pays pourront alors se tourner librement vers l'Extrême-Orient. N'oublions pas que l'ami d'aujourd'hui est souvent l'adversaire de demain. » (Janvier 1915.)

M. Tokutomi, membre de la Chambre-Haute, im homme d'une intelligence supérieure et d'un grand talent de polémiste, est encore plus précis. Il lui est arrivé de parler de l'Alliance anglo- japonaise dans des termes qu'il vaut mieux ne pas reproduire, même à titre de document. (Kokumin^ février 1915.)

On le sent, d'ailleurs, les questions de politique, intérieure, les passions que déchaîne rapproche des élections générales interviennent pour obscurcir un débat qui aurait demandé plus de recueillement.

Un secret court les rues : le gouvernement, que préside le comte Okuma, veut que le Japon soit

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