PAR LE < SANS FIL
les lignes de la main. Devançant les renseignements du baromètre il annonce que nous ne rencontrerons pas de typhons. Jusqu'ici il ne s'est pas trompé et je remarque qu'auprès de notre équipage jaune, son crédit égale assurément les affirmations du « sans ûl ».
Ce « sans fil » là est, comme le reste, au service de M. Asano. Il ne nous apprend que les nouvelles qui ont passé par sa censure.
Le bulletin d'hier résonnait de fierté. Il disait : « La retraite de la « Pacific Mail » offre à la « T. K. K. » une chance magnifique de développement. Conformément à la décision de M. Asano, son président, et afin de conquérir tout le trafic, elle va immédiatement augmenter sa flotte de six navires. Ils seront mis en service aussitôt qu'on les aura requis. »
Le soir de ce même jour, nous avons aperçu sur notre droite, au ras de la mer, une longue rangée de lumières.
Notre Commandant, qui est Anglais, me dit :
— C'est le Sibéria, de la « Pacific Mail ». Il retourne à San-Francisco pour la dernière fois. 11 va passer dans l'Atlantique et ce sera fini.
Ce marin a des larmes dans les yeux. Nous échangeons avec le Sibéria des fusées. Un télégramme nous vient de lui par l'antenne de notre mât. Dedans il y a le mot « adieu ». Et ce que nous
sentons à le lire, ce n'est pas seulement la mélancolie que le poète a peinte dans les vers célèbres où il parle « de navires qui se sont croisés dans la nuit ». C'est la pensée que ces lumières, une fois éteintes derrière nous, le Grand Océan sera vide de navires portant, d'un continent à l'autre, l'activité de l'homme blanc ; — c'est la vision de ce canal de Panama que notre génie français voulut créer pour des œuvres de paix et qui, d'abord, sert à faire passer les outils du travail sur le versant de la guerre européenne ; — cependant que, sur la mer Pacifique, toute la place reste libre pour les développements d'une « Tokio Kisen Kaishanqui, en élargissant, dans sa face jaune, son iadéchiflrable sourire, nous annonce : « Afin de prendre en main tous les transports... (In order '- handle ail of tke traffic)... « Le d sans fil » nous devait une revanche. Nous Eivons eue ce matin, à déjeuner. Il faut être perdu ans cette immensité de la mer, sans nouvelles B ce qui vous passionne, pour comprendre l'émoon que, nous autres Français, nous avons ïrouvée à lire ces lignes :
( HoQolulu, 5 septembre.
u Dans une lettre qu'un officier autrichien écrit a front à un ami, il est dit que la retraite des
PAR LE « SANS FIL » il
Russes est un chef-d'œuvre d'art militaire très digne de la manœuvre qui arrêta Napoléon. »
Où sommes-nous, je vous prie? Et qu'est-ce que les hommes ont fait des vieux obstacles que leur opposaient autrefois le temps et l'espace? Un officier autrichien, qui se bat en Europe, écrit à un ami polynésien pour lui donner des nouvelles du front germano-russe. Comme il a prononcé le nom de Napoléon, Honolulu en jette l'écho dans le ciel. Et nous le recueillons, nous, au cœur du Pacifique par la mâture d'un steamer japonais. On imprime la dépêche en anglais. On nous la sert sur notre couvert, à table, avec le menu du jour, rédigé en français I
Oui, le globe qui nous roule est petit, petit, mais sa destinée spirituelle est infinie.