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L'EMPEREUR SOUPE AVEC DES OMBRES

complissement de cette chorégraphie expiatoire, l'Empereiir est assis à Pintériéur de la Châsse : il a devant lui les joyaux sacrés. Des prêtresses sonnent des cloches à la volée. L'Empereur s'absorbe dans la contemplation du Miroir d'Isé. Le fait est qu'il ne tient ici que sa réplique, la pièce miraculeuse dont Amatérasu fit don à ses aïeux «st conservée dans un temple lointain où l'Empereur ira, plus tard, porter son adoration. Bien plus, cette réplique est un écrin qui .ne s'ouvre pas. Cependant, à travers ces difficultés, le symbole subsiste dans sa pureté. Dans ce miroir où il est censé voir ses traits réfléchis, le nouveau Souverain aperçoit derrière son propre visage la face de tous ses aïeux, et, dans le plus profond rectd de ces apparences, la Divinité elle-même.

Certains théologiens chrétiens croient voir ici une image de l'hostie où Dieu serait présent. Des philosophes modernes ont pensé que le Miroir d'Isé n'était que le symbole de la conscience personnelle de l'Empereur et de sa conscience ancestrale sur laquelle le Souverain est invité à se pencher, au moment où lui-même il va devenir la représentation réelle d'un peuple qui se croit incarné en sa personne. Le Japon n'a pas dit ce qu'il pensait de ces explications ingénieuses. A supposer qu'il en ait une troisième à nous offrir, il garde son secret.

On ne peut imaginer rien de plus modeste que le cénacle dans lequel s'abrite la mystérieuse entrevue du Souverain et de ses Aieux. Ce sont, à proprement parler, deux buttes de bois blanc recouvertes de cbaume. Les commentateurs de ces rites, si discrets qu'ils soient, affirment que l'on a voulu reproduire ici l'habitation de l'homme primitif, du premier colon des Iles, données par Amatérasu à sa race immortelle. Dans chacune de ces maisonnettes rustiques, l'Empereur accomplit exactement la même cérémonie. On ne voit qu'une raison plausible à cette dualité : on suppose que le rite est consommé deux fois de suite, afin que l'on ait une certitude plus parfaite de n'avoir négligé aucun détail du formalisme compliqué et immodifiable.

Les soucis avec lesquels ces cabanes ont été construites sont graves. Les bûcherons qui ont abattu les cryptomérias dont ces cloisons sont formées avaient été d'abord purifiés par de l'eau lustrale. Le premier cryptoméria mis à terre a été brûlé, offert en sacrifice au Dieu du Bois. Les rites du transport, la construction des charrettes qu'on y emploie, le choix des animaux qui les

inent ont été les objets de minutieuses preserip-

ns.

^ue se pasae-t-il à l'intérieur de ces tabernacles l'Empereur, éclairé par les torches de pin, pé-

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