‹ L'heure du Japon:Chapitre 39 sur 85 · SI L'EMPEREUR CESSAIT D'ÊTRE UN DIEU · texte numérisé non relu

SI L'EMPEREUR CESSAIT D'ÊTRE UN DIEU

tons SOUS le bras, quel est pour eux Tidéal de la vie.

Par'^milliers ils ont répondu à Tunisson :

— Mourir pour notre Empereur sacré, La guerre russo- japonaise a témoigné d'une manière éclatante que cette forme héroïque du patriotisme est demeurée dans la nation japonaise, au moins jusqu'à l'heure de sa première et grande victoire, non pas un mot mais un acte,

A cet acte, certes supérieurement estimable, se limite la floraison du système de culture shintoïste. Ceux qui ont pénétré le plus profondément Pâme du Japon d'hier et d'aujourd'hui nous disent quelles tortures de cœur et d'esprit se sont dissimulées, pendant des siècles de respectueux silence, sous cette politesse souriante, qui, de la maison au village, du village au clan, donnait à la sociabilité japonaise l'apparence d'un sacrifice perpétu^lement heureux.

La faiblesse intime du shintoîsme c'est que, dédaigneux de l'individu, il n'a jamais fait appel à la conscience morale. A ses adeptes il a inculqué la vertu du dehors^ comme un rite, comme une révérence supérieure aux autres. Il a dit ce que l'on devait faire, comme il a décidé de quelle façon on devait s'habiller, selon son âge et sa situation sociale. Il a contraint, il a façonné. Il n'a ni éduqué ni assoupli.

Ses insuffisances éclatent curieusement aujourd'hui dans les pratiques auxquelles sont tentés de s'abandonner les marchands. Ils étaient, dans la hiérarchie militaire du Japon, placés au dernier rang de la société, à côté des acrobates et des histrions. Se sachant au-dessous de Testime, ils voulaient avoir le profit de leur discrédit. Ils dupaient. Lorsqu'ils ont commencé de commercer avec les Occidentaux, ils n'ont point pour cela modifié leurs manières d'agir. De là le mauvais renom qu'ils ont eu, tout d'abord, sur lé marché mondial de l'offre et de la demande. Quand la Russie est venue leur acheter des armes, ils n'ont pas résisté au plaisir de lui revendre les fusils récoltés sur les champs de bataille de Mandchourie, un peu plus cher que ces armes n'avaient coûté à leurs anciens propriétaires, dans l'état de neuf. Mœurs de transition. J'ai sous les yeux des articles publiés dans les journaux de Yokohama dont la sincérité est touchante :

« Cette guerre, disent-ils en substance, est pour nous une occasion unique de nous corriger d'un défaut qui tient aux mœurs d'autrefois. Nous avons mérité l'estime du monde par la façon dont nous avons combattu sur le champ de bataille, par l'humanité avec laquelle nous avons traité nos prisonniers. Nous devons aujourd'hui conquérir son respect par la probité que nous apporterons

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