‹ L'heure du Japon:Chapitre 40 sur 85 · L'EMPEREUR CESSAIT D'ÊTRE UN DIEU · texte numérisé non relu

L'EMPEREUR CESSAIT D'ÊTRE UN DIEU

dans nos fournitures, par la loyauté que nous observerons dans nos transactions commerciales. Les Japonais qui, dans une pensée de lucre, en useraient autrement feraient tort au Japon : ils seraient de mauvais patriotes. »■

Il reste que cette discipline de la famille, du village, du clan, aujourd'hui que le village est abandonné et que le clan tombe en poudre, ne vaut plus pour protéger les générations nouvelles contre les tentations de la vie moderne. Ces jeunes ouvrières, ces jeunes ouvriers qui viennent travailler dans les usines d'Osaka, dans tant d'autres villes industrielles qui appellent à soi la population des campagnes, ne vivront plus comme jadis, sous les yeux de leurs parents, surveillés par le village. S'ils viennent à se marier, les voilà comme les travailleurs de toutes les sociétés ouvrières du monde, isolés et libres. Ils n'ont certes pas pu emporter avec eux les tablettes familiales par lesquelles vivait dans le foyer d'autrefois le culte des aïeux. Ils courent sans protection, sans soutien moral, sans préparation aux responsabilités quotidiennes, la dangereuse aventure de tous les déracinés.

On conçoit qu'un gouvernement qui est fondé sur le dogme de la divinité de l'Empereur, de la divinité aussi de tous ses sujets, lesquels se retrouvent et se perdent en lui, éprouve une inquié-

tude grave à une minute où il ne lui est plus possible d'arrêter son peuple archaïque dans la voie de ce moderne progrès où lui-même il Ta engagé. On comprend mieux les hésitaticms que peut éprouver un homme d'État vieillissant, quand il se demande s'il n'exposera pas le Japon à une aventure dangereuse, en encourageant des jeunes gens d'élite à venir étudier les applications des sciences dans un pays comme le nôtre où le premier effet de la pensée est d'affranchir l'esprit. L'Allemagne lui inspirait plus de confiance : la différence était mince, en effet, entre l'exaltation quasi mystique, la religion du Kaiser, que la « Kultur » travaillait à créer, et cette religion du Mikado, sur laquelle, depuis les origines, le Jap<m a fondé son unité.

A une telle minute, le christianisme apparaît comme suspect. Sa foi n'est pas compatible avec ce dogme de la divinité de l'Empereur, avec cet autre dogme de la divinité des morts, sans lesquels il n'y a pas de Japonais tout à fait loyal à son pays. Le bouddhisme lui-même est une occasion de méfiance. D'abord parce que lui aussi, il est venu du dehors; ensuite parce qu'il a été compromis par cette faveinr que des usurpateurs du pouvoir impérial, les Shoguns, lui ont témoignée. On nous l'a bien fait voir ces jours-ci : à la dernière minute, le clergé bouddhiste n'a pas été autorisé à se mon-

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