‹ L'heure du Japon:Chapitre 41 sur 85 · L'EMPEREUR CESSAIT D'ÊTRE UN DIEU · texte numérisé non relu

L'EMPEREUR CESSAIT D'ÊTRE UN DIEU

trer avec ses ornements rituels et ses vêtements sacerdotaux, dans les cérémonies solennelles de Tavènement au trône.

Reste donc le shintoîsme, la pure doctrine japonaise dans laquelle toute la tradition des aïeux a tenu. C'est à lui que l'on recourt, ouvertement, pour sauver ce qui peut être sauvé. On ferme les yeux sur ce fait que pareil effort a déjà été tenté en 1868 et qu'il a* échoué lamentablement. On ne veut pas voir que le shintoîsme n'est plus qu'une ombre, qu'il n'a pas de racines dans le cœur de l'homme moderne.

J'ai dit avec ménagement à mes graves interlocuteurs que l'Université de France avait, elle aussi, au cours du dernier siècle, essayé d'établir une philosophie of&cielle couronnée par une morale officielle. Pendant un temps, ce catéchisme universitaire conduisit au baccalauréat des élèves dociles. Ceux-là même qui l'avaient étudié sur les bancs du collège l'ont vu s'effondrer sous les coups de la critique historique et de la science.

Un Empereur du Japon, un Mikado, un Dieu, est-il accessible à ces inquiétudes? Doute-t-il de son peuple? Surtout peut-il douter de soi-même? Quel pouvait être, au juste, son état d'âme, pendant cette minute de l'avènement, où on l'a laissé seul, en tête-à-tête avec les Ombres de ses Morts ?

Il y avait, en tout cas, bien de la mélancolie sur

son visage, la lassitude d'une montée de calvaire, quand hier, il s'est penché vers nous, ses invités européens, pour nous regarder, au passage, sous le battement d'ailes du Phénix, par la vitre de son carrosse doré.

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