LE CHARME DE PEKIN
On ne descend pas pour la première fois sur le quai de Pékin sans une émotion légère. En effet, les contes, l'art, l'histoire, semblent s'être entendus pour décrire la Chine sous les traits d'un empire où vivraient des hommes à peu près aussi différents de nous que les habitants d'une autre planète.
J'ai entendu jadis le général Tchen-Kitong déclarer dans une conférence qu'il nous donnait à ce cercle d'étudiants, de professeurs, que l'on nommait le Cercle Saint-Simon :
— On nous accuse, nous autres Chinois, de prendre en toutes choses le contre-pied de vos habitudes. Illustrons cette querelle d'exemples qui l'éclairent : en Europe, vous attachez vos chevaux contre un mur. Ce faisant, vous les rendez stupides, peureux, à demi aveugles. Vous entrez dans vos écuries du côté des coups de pieds et des mauvaises odeurs. Nous autres. Chinois, nous tournons les naseaux du cheval par-dessus une porte basse. Il
regarde passer le monde. Il devient familier comme un chien. C'est, bien entendu, le contraire^ de vos habitudes. Est-ce nous qui avons tort? En France, quand un régiment passe, tambours battants daiï3 la rue, les petits enfants montrent à leurs mères le colonel sur son cheval. Ils déclarent : a Nous serons soldats 1 » En Chine, quand un lettré de haut rang s'avance, balancé dans son palanquin, toute la foule s'incline. La jeunesse se jure à soimêpie, dans le fond de son cœur : « Un jour je serai cet homme ! » Ainsi de suite.
Ces propos rejoignent dans ma mémoire des souvenirs encore plus anciens. Tout le long du dernier siècle, les trois-mâts qui battaient le pavillon de mes grands-pères et puis de mon père, ont fréquenté les mers de Chine. Ils passaient par le cap de Bonne-Espérance. Ils allaient charger à Canton et à Shang-Haî des milliers de coolies chinois. Ils les portaient à San-Francisco et puis, par lé cap Horn, ils rentraient au Havre, d'où ils étaient sortis. Il arrivait qu'ils fussent attaqués dans les Mers. Jaunes par ces innombrables pirates qui égorgeaient les équipages et s'emparaient des navires. Pareil sort faillit advenir à un de nos voiliers qui est resté célèbre dans les annales de la marine française. J'ai déjà dit un mot de la complainte qui fut composée sur l'aventure de notre Caroline. Le mois dernier, je l'ai entendu chanter