‹ L'heure du Japon:Chapitre 62 sur 85 · COUP D'OEIL DANS L'ÂME CHINOISE · texte numérisé non relu

COUP D'OEIL DANS L'ÂME CHINOISE

a Un colonel de la Légion française, qui a pris part à la répression des Boxers, m^a, lui-même, conté cette anecdote.

« Il était entré avec ses hommes dans un vil* lage de la banlieue de Pékin. Les habitants de ce bourg n'avaient pas tiré un coup de fusil. Il ne s'agissait donc pas de prendre d'assaut ce carré de maisons, mais seulement de les occuper. En conséquence, le colonel français dit à ses soldats :

« — Je ne permettrai pas qu'un seul des habi*tante de ce village soit molesté. S'il y avait mort d'homme, je traiterais le fou qui aurait commis ce crime inutile comme un meurtrier de droit commun. C'est bien compris ? »

« Là-dessus, la troupe s'engage dans une ruelle montante.

« Devant sa boutique, derrière une table sur laquelle un peu de marchandises était étalée, un Chinois était assis. C'était un homme extraordinairement obèse. Il faut croire que cet embonpoint a tenté un légionnaire.

« Il se sera dit :

« — Ça serait drôle de dégonfler cette outre-là I

« Et, alors, en passant, il a enfoncé sa baïonnette dans le ventre du marchand.

« Une heure plus tard, le mourant était apporté sur un matelas et déposé aux pieds du colonel.

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a Cet ofBcier avait peine à maîtriser sa colère. II dit à r agonisant :

a — Es-tu sûr que tu reconaaîtraifi l'homme qui t'a porté ce coup de baïonnette?

« -- Oui, dit le marchand. .

« — En ce cas, je vais faire défiler devant toi les soldats qui ont passé par ta rue. Tu me désigneras le meurtrier.

« Ce qui fut fait. Les soldats défilent devant le matelas l'im après l'autre, le Chinois ne bronche pas.

« Le colonel demande :

« — Tu as retrouvé ton homme ?

« ~ Oui.

« — Et tu ne l'as pas nommé?

« — Non,

« — Pourquoi?

« Alors l'homme au ventre crevé a prononcé :

« — On m'a dit que vous alliez passer par les armes le soldat qui m'a porté ce coup. C'est long de faire un homme ! Ce qui m^est arrivé est déjà assez bête. Il ne faut pas que deux hommes meurent pour cette sottise. »

Là-dessus, il y a eu une seconde de silence, et le narrateur a conclu :

— Je sais ce que vous autres, chrétiens, vous nommez la charité. C'est un mouvement d'amour^ c'est parfois un pardon du cœur. Ce que je vous

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