YUAN-SHI-KAI VU DU DEHORS
Yuan-Shi-Kai est photographié au milieu de ses vingt-quatre enfants. Ced filles et ces fils sont nés, bien entendu, de mères différentes. Il en est de jeunes, et ce serait la raison pour laquelle le Président les aurait tout justement installés dans le Palais qu'il habite, à portée de ses rentrées de pêche.
Entre tous ces enfants, Yuan-Shi-Kai passe pour aimer d'une tendresse particulière une jeune fille qui a hérité de son caractère et de ses traits. Afin d'assurer un sort brillant à cette belle jeunesse, et de fortifier sa propre position politique en réglant les désaccords qui peuvent encore naître dans le pays entre les partisans de l'Empire et ceux de la République, Yuan-Shi-Kai aurait songé ;
P A adopter le chétif Eliacin qui dans^ le Palais représente la dernière étincelle d'une lignée mourante ;
2^ A marier sa fille préférée à cet héritier détrôné.
Si cette combinaison n'aboutit pas, elle aura eu du moins pour elle le charme d'une originalité bien pékinoise. Telle elle fournit un thème à d'innombrables causeries dont j'ai recueilli l'écho dans la ville chinoise, aussi bien que dans la Cité des Légations.
Malheureusement, en dehors des républicains
farouches que Ton ne peut espérer rallier à un projet si imprévu, le rêve ingénieux de Yuan-Shi- Kai a contre soi un ennemi fougueux, domestique* Il prend dans l'occasion la figure de la femme légitime du président Yuan-Shi-Kai. Cette épouse vieillie n'habite pas le Palais. Elle est installée à la campagne dans le domaine personnel de Yuan-Shi-Kai. Elle l'administre avec une supériorité à laquelle le Président lui-même rend hommage. Cette vieille dame est une maîtresse femme. Elle vient quelquefois au Palais de Pékin. Alors elle parle haut et la chronique affirme ceci : Yuan- Shi-Kai, qui ne craint personne sur la terre ni dans le ciel, Yuan-Shi-Kai, qui n'a jamais hésité à faire voler les têtes de ses ennemis, Yuan-Shi-Kai tremble quand il entend résonner dans le Palais la voix courroucée de sa vieille épouse. Il sait ce qu'elle veut et il n'est pas sûr qu'il aura le courage de lui désobéir.
Or, voici ce que la vieille épouse veut :
Si Yuan-Shi-Kai a eu d'une jeune concubine une fille délicieuse qu'il favorise, la vieille épouse a engendré autrefois des œuvres de son ambitieux et volage époux, un fils qu'elle adore. Par un de ces jeux dont l'hérédité est coutumière, ce fils aîné et légitime de Yuan-Shi-Kai est justement doué tout à l'opposé des supériorités de son père. Il a manifesté pour l'étude, particulièrement
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pour Tétude des langues, autant de goût et d'aptitudes que le Président a, dès son enfance, fait preuve de répugnance pour ces futilités. Il est aussi incertain dans ses sentiments, ses jugements, son éclectisme, que Yuan-Shi-Kai est trempé dans son caractère. Une malencontreuse chute de cheval, dans laquelle la tête trop friable de cet héritier présomptif a porté contre une pierre trop dure, a déterminé chez le fils du Président une fâcheuse hémiplégie. De mauvaises langues affirment que ce serait là le signe extérieur d'une atteinte plus grave.
C'est cependant de ce beau fils que la vieille épouse de Yuan-Shi-Kai voudrait faire un héritier présomptif. C'est afin de préparer à un enfant chéri de glorieuses destinées, que, de tout le poids de sa volonté, elle pèse sur le Président, pour le pousser au coup d'État qui, de lui, ferait un empereur.