‹ L'heure du Japon:Chapitre 70 sur 85 · AVEC MES AMIS AÉPUBLICAINS · texte numérisé non relu

AVEC MES AMIS AÉPUBLICAINS

Dans un coin de la ville chinoise, j'ai des amis républicains. Je les visite, à la minute du chien et loup, en manteau couleur de mm^aille, car, k cette heure, les actes, les pensées mêmes de ces intransigeants sont surveillés par T Homme en qui ils avaient mis leur confiance.

J'ai frôlé, à Paris, il y a une trentaine d'années, les milieux nihilistes. Il n'y a pas moyen de ne pas être frappé de la ressemblance qui rattache ces Russes de rêve et d'audace à ces Chinois de pensée libre et d'action résolue. Les uns comme les autres sont des exilés, volontaires ou involontaires, qui, dans letu* jeunesse, ont dû quitter secrètement leur pays pour échapper à la prison ou à la mort. Quelques-uns de ces anciens réfugiés ont pris contact avec la France. Le plus grand nombre d'entre eux a passé par les États-Unis. Surtout par le Japon. Là, à quelques heures de distance de leur mère patrie, avec des figures de marchands, ils ont vécu aux aguets de la minute où il leur serait

enfin permis de renverser la tyrannie mandchoue et de restaurer la tradition chinoise depuis tant de siècles obscurcie et déformée.

Il y a de tout dans ces groupes de veilleurs : des hommes d'âge qui ont peut-être trop pensé, trop comparé; de la jeunesse qui est pleine de sens pratique. Les révolutionnaires prononcent même avec des lèvres mystérieuses le nom d'une jeune fille. Issue d'une de leurs familles les plus anciennes, elle a joué, dans les actes de propagande parle fait, un rôle périlleux. Elle rappelle, dans les grandes lignes, la figure énigmatique et gracieuse de Sophia Perovskaia.

Je dois à mes amis républicains l'occasion d'une expérience instructive. Elle ne laisse point que de jeter dans mon esprit quelque doute sur la sincérité du mouvement populaire qui entraînerait la République nouveau-née vers la restauration de l'Empire. Grâce à des complicités sur lesquelles nous jetterons un voile, mes amis me font inviter, ce matin, 6 décembre, à flanquer, en qualité d'assesseur adjoint, un aimable Conseiller du Gouvernement qui a été désigné pour constater, de visu^ la sincérité des élections dont aujourd'hui Pékin est le théâtre. La capitale désigne à son tour les représentants qui, demain, voteront pour décider si la Chine veut demeurer eii République, ou bien si elle désire que son Président prenne figure de souverain.

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