UNE AUDIENCE DE TUAN-8HI-KAI
ment placés en face des Puissances Centrales. Il a si souvent entendu répéter que la victoire des Austro- Allemands est certaine, qu'il convient sans doute de lui présenter la vérité sous un autre jour. Je n'y manque pas, et si le Président reste muet, je constate que, du moins, ses yeux ne cherchent pas la pendule sur laquelle il doit arrêter son regard, quand il estimera que notre conversation aura. suffisamment duré.
Je tiens aussi à profiter de la connaissance assez complète où je suis, de la vie du monde musulman, pour attirer l'attention du Président sur la façon dont la propagande allemande est en train de travailler la catégorie de Chinois qu'une tradition ancienne rattache à l'Islam.
— Ils sont là, dis-je, des millions de musulmans dont plus de trois cent mille ont fait le pèlerinage de la Mecque. Tout le monde sait que ces Chinois qui forment une chaîne sans rupture de caravanes à travers les populations musulmanes de l'Asie poussent jusqu'à Constantinople. Nous avons appris que nos adversaires exploitent à leur avantage ime coïncidence si heureuse. Des Jeunes Turcs, munis de faux passeports, délivrés par l'Allemagne, occupent, à l'heure actuelle, les écoles où ces musulmans chinois reçoivent leur enseignement religieux. La France, qui est une grande puissance musulmane, ne peut pas
ne point se préoccuper d'une telle propagande»
Le silence se fait très profond et j'aperçois de la détresse sur la figure de l'interprète qui est assis à ma droite. Ce n'est pas lui que je regarde, roais l'amiral Tai, et comme l'expression de cet ami demeure encourageante, je continue mon exposé sans me préoccuper de savoir s'il plaira ou déplaira.
Évidemment, c'est chose assez délicate, pour un passant, de dire au Président de* la République chinoise que le pays qu'il gouverne ne saurait, sans péril, demeurer dans l'isolement où. aujourd'hui il semble se murer, et qu'un choix ~ naturellement le bon choix — s'impose.
Je me sers de l'attitude actuelle des États-Unis, en forçant quelque peu les choses, pour mettre en lumière des vérités que je ne saurais exprimer directement.
■— Nous avons là, dis-je, le spectacle d'un réservoir d'hommes immense, d'un magnifique trésor d'énergie, de force et d'argent. Ils avaient cru pouvoir se maintenir dans une neutralité- stricte, mais voici qu'ils s'aperçoivent que les Allemands violent cette neutrahté loyale par d'inqualifiables menées. A la minute où ils se demandent s'ils sont en mesure de mettre leur droit à l'abri des entreprises d'un voisin très armé et prêt à. l'attaque, ils sont obligés de reconnaître que l'insuffisance