‹ L'heure du Japon:Chapitre 77 sur 85 · UNE AUDIENCE DE TUAN-SHI-KAI · texte numérisé non relu

UNE AUDIENCE DE TUAN-SHI-KAI

actuelle de leur organisation militaire les laisse à découvert. Cette certitude est, aux États-Unis, en train de transformer les hommes les plus pacifiques en partisans d'une résistance armée. J'ai dans une suite de dépêches, que la presse a commentées, signalé à mon Gouvernement la certitude où nous devons être que, d'ici un temps très court, les États-Unis prendront position de belligérants dans le grand duel qui, en ce moment, partage le monde (1). Et il n'est pas permis de douter qu'à ce moment-là, on les verra se ranger, avec toutes leurs ressources en hommes, en argent, en ravitaillement, du côté des Alliés.

Brusquement le Président m'interrompt :

— Quand nous quittez- vous ?

— Ce soir même.

— Il ne le faut pas I Je veux que vous alliez à Hankow. Nous vous ferons tout voir, tout, les richesses naturelles et la richesse organisée sur lesquelles la Chine peut appuyer ses décisions.

En jetant ce nom de Hankow dans la conversation, le Président me donne, malgré son mal de gorge, une réponse assez directe. Il souhaite que l'on me montre l'organisation toute moderne de cette ville industrielle qui, d'heure en heure, grandit sur les bords du Yang-Tsé. Il voudrait

(1) Ces dépêches furent envoyées de New- York et de Washington entre mars et août 1915.

que je rende visite à ses hauts fourneaux, à Farsenal d'Hanyang, enfin que j'aie le spectacle de toute cette puissance métallurgique qui, demain, pourra mettre une énergie disciplinée au service de la Chine et de ses Alliés.

Je dis les raisons qui font mon départ nécessaire.

— Soit, dit le Président, mais alors reveneznous bientôt. Vous m'avez dit au commencement de cet entretien, que, depuis plus de cent ans, vos grands-pères étaient en relations commerciales avec la Chine? Vous avez ajouté que, pendsmt ce long espace de temps, où toutes les affaires se faisaient sur parole, les vôtres n'ont jamais eu ime seule fois à se plaindre de la loyauté chinoise? J'ai bien peur, que si vous renouveliez aujourd'hui l'expérience, vous n'ayez à subir quelques déceptions. Nous avons fait trop d'affaires avec trop d'étrangers, de tout ordre 1 Mais passons. Ainsi que vous le disiez tout à l'heure, il n'y a entre la France et nous, pas une seule question qui soit irritante. Nulle part, nos intérêts ne sont en contradiction.

Je répète au Président le mot que m'a dit, l'autre jour, un coolie qui me sert :

— Nous aimons notre tradition, nous voulons aller au progrès de l'autre côté de la rivière, mais sans tomber à l'eau.

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