‹ L'heure en exilChapitre 2 sur 5 · AILLEURS · texte numérisé non relu

AILLEURS

Cependant, une musique me disait

.'île d'exil où nous allons, Où coule le flot clair des flûtes, Où va Fâme des violons, L'île est lointaine où nous allons.

C'est un départ harmonieux De voix qui sont des voiles blanches : Voix d'extase élevant les yeux, Voiles au vent harmonieux.

Au clapotis des pianos, La barque indécise du rêve Fuit sur l'eau plate des canaux Aux clapotis de pianos.

Les violoncelles profonds Entr' ouvrent d'étranges abîmes, Mais on s'éloigne au bruit que font Les violoncelles profonds

Vers la rive où l'air rare et doux Alanguit l'orgue des verdures.

Où des palais sont parmi tous Les jardins où l'air rare est doux.

Viens ! leur sourdine assoupira Les trémolos où ton cœur tremble D'aborder l'île d'Opéra :

Là, ta peine s'assoupira ;

S'enorgueillira ton amour Aux cuivres des apothéoses :

Claims des cymbales, clairons pour Le triomphe de ton amour.

Viens ! c'est ailleurs que nous allons. Loin de toi s'affligent les flûtes Et meurt l'âme des violons :

Ailleurs est l'île où nous allons.

i'u miel pour que ma langue ait le goût — et du lait, Qu'elle dise ton nom blanc comme ^4erge l'est ;

Qu'elle le dise encore et plus fort cependant

Qu'il fleure ingénument l'odeur de tes vingt ans,

Ton nom joli de Marguerite qu'elle apprit

Pour qu'à jamais en soit doux mon Verbe — et fleuri.

\l rès-proche cependant que seulement prochaine, Pour embaumer, sans la troubler, l'heure en exil, Parfum de chair et point de chaii-, mais corps subtil Qu'ainsi jamais venue et présente Elle vienne ! Pour embaumer, sans la troubler, l'heure en exil.

Dans mon silence où les syllabes stillent toutes. Aveux que n'acertainent ses lèvres ni rien. Frais lacis de ses bras en gestes de lien. Morsures sans l'arille âpre des fruits qu'on goûte, Aveux que n'acertainent ses lèvres ni rien,

D'un dessin succinct, teinte claire peinte en fresque^

En si folle peur du cœur qu'on pourrait briser

Qu'à peine en amour, à peine un léger baiser.

Et si peu de sexe qu'insexuée ou presque

Par si grande peur du cœur qu'on pourrait briser,

Telle, bien que plus belle peut-être plus vive, Qu'EUe, l'Amie ainsi, l'Ennemie autrement, Vienne ! sans que son pied pèse comme un tourment, Sans que se plaigne même une planche jointive : Elle est l'Amie ainsi, l'Ennemie autrement.

'abord s'en vint l'Ennemie à l'entour De mon corps inerme et seul dans sa Tour Déverse sur sa base de sagesse ;

Puis s'essouffla l'Atabule brumal

Qui, sur mon corps inaccessible au Mal,

Gerça la Tour comme écorce gélive.

Elle, au plus près de moi venue alors,

Ce fut un ineffable corps à corps

Dont geignait et saignait mon corps brehaigne.

Par griève blessure Elle l'émut,

Et m'enveloppa si bien qu'elle m'eût

Brûlé dans sa chevelure ignivome

N'était l'Esprit soudain aide et vainqueur Qui rendit vaine et froide pour mon cœur Sa chevelure détorse, sa force.

Ce ne fut que mon corps qui se damna ; L'Esprit permit que la folle entraînât La fane de mon corps sur son alfane.

Mais depuis mon cœur surveille à l'entour, Et, pour cacher les brèches de la Tour, Plante l'aurone dans les chantepleures.

on cœur est d'une fleur dont tu pourrais du doigt Ecarter comme voiles fermés les pétales Et l'effeuillant, elle exhalant son âme pâle, N'apprendre que ton nom et le parfum de Toi.

Mon cœur est d'une fleur levée à ton aurore, (0 Blonde et Bleue ainsi que soleil et que ciel !) Levée et las ! vouée au hasard des autels Où Toi seule, invisible, es Celle que j'adore,

Vierge lointaine ! Et cependant que je m'en vais, Vierge exorable, Dame reine et souveraine Contre tous maléfice et présage mauvais,

Sois de mousse partout où ma tige s'érige Et d'eau fraîche une coupe au calice épuisé De mon cœur, fleur vers Toi tendue à se briser.

;lgide en son geste ingénu, C'est de rêve qu'Elle veut être Erigée en un beau corps nu Et qu'on dise d'EUe : Peut-être.

Sans jamais l'attouchement vil Des lèvres plutôt en prières Qui la raviraient à l'exil Et l'outrageraient tout entière.

Ange, matérielle, ou pas ?

Le marbre et la chair la diffament

Tant ici-bas rien à son pas

Ne laisse à penser qu'EUe est femme

Ni ô sa voix d'en haut, ni ô Son regard vers moi qui s'incline, Vierge pitoyable à mes maux Par condescendance divine.

Et de toute autre vanité Qui n'est pas l'amour de sa Grâce, Au cœur épris de sa beauté Soucieuse de nulle trace.

'exil des cœurs froids et leur nostalgie Triste de ne pouvoir ici, voulant ailleurs, C'est la vanité de toute magie Née au mépris du rêve intérieur;

C'est de vivre ^déjà passée une existence A contempler l'Idéale — où, mais où?) Si loin de toi, près de toi, comme un fou Amoureux d'une vague ressemblance.

Bt

Si tu ne sais les gestes qu'il faudrait

Pour renouer ce que ta main délie,

Silence au moins ! quand tu me sens plus près

Ne me rappelle pas que je t'oublie.

on cœur est grand comme une plaine, Mais triste et profond comme un bois : Nuit et jour, un troupeau de peines Y bêle à l'appel du hautbois.

Traderi, traderi dera!...

Hélas, c'est l'âme désolée Du berger dont ne reviendra Jamais la bergère en allée.

Traderi, trader! dera !

Une autre, aussi gente et jolie, Viendra qui la remplacera, Mais ne fera pas qu'on l'oublie.

Mon cœur est grand comme une plaine, Mais triste et profond comme un bois, Et toujours un troupeau de peines Y bêle à l'appel du hautbois,

Traderi, traderi dera....

,^(6ar un paiT\Te jour de souffrance, ^ En la nuit de mon cœur descend Un clair de lune d'espérance.

Aussi Fceil de ma conscience Regarde en mon cœur, s'y glissant Par un pauvre jour de soufiPrance.

Et voilà ce cœur dans la transe De l'obscur Remords décLassant Un clair de lune d'espérance....

Franc-Espoir, Amour tout puissant, Soleil! luis au cœur où descend Par un pauvre jour de souffrance

Un clair de lune d'espérance.

P a par ton chemin de tristesse, •pj Ya cueillir l'abrotone verte,

L'abrotone comme l'espoir :

Car Fespoir verdit tôt ou tard.

Cueillir l'espoir où l'amour perce, Va, par ton chemin de tristesse.

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