‹ L'heure en exilChapitre 3 sur 5 · MON CŒUR D'AUTREFOIS · texte numérisé non relu

MON CŒUR D'AUTREFOIS

mmense parc de ville morte :

Ê^ De rares passants se saluent, Se saluent devant des statues Qui sont des femmes qui sont mortes.

Des plumes de paon vont dans l'air, De paons qui volèrent jadis En des jardins de paradis Disparus aux brouas de l'air.

Et l'eau plus ne s'épleure en pluie De diamants aux girandoles ; Et, déceints de leurs banderolles, Si calmes les bassins s'ennuient.

Leurs cygnes sont en allés, où?

Placide mare au cœur songeur, Nul soleil qui voie en ton cœur :

Les cygnes ont plié leur cou.

Eternité délibérée.

Sépulture perpétuelle,

0 plus même un nom qu'on épelle

Sous la neige délibérée !

es voix de l'âme, toutes les voix )y Se concerteut dans nos chœurs divers : Lorsque les bois chantent en mes vers, Mon âme aussi chante dans les bois:

Et les pierres qui sont sur ma voie, (Oh ces pierres sur mon long calvaire ! ) Comme toutes ont mon air sévère, Toutes sauraient rire de ma joie.

Bois et vos voix, Symboles ! ô tous Nos cœurs, toutes nos âmes partout !

Mais le pur Symbole ésotérique

S^enferme, — hors de la métaphore

Qui s'ouvre au jour et comme une amphore

Verse aux profanes sa rhétorique.

es Filles de Joie et celles de Peine Pour baigner leur corps vont à la fontaine,

Pour baigner leur corps amer ou déchu Suivent côte à côte un chemin fourchu.

Puis, comme deux monts ferment la bivoie, Le Diable adirant les Filles de Joie,

Elles mirent leur soudaine pâleur

Au pied d'un calvaire, au lac de Douleur.

Mais un dieu qui sait où sourd l'Hippocrène Mène à l'Hélicon les Filles de Peine.

.e Génie était la statue avant Dédale, Les yeux clos sur son rêve, en l'immobilité, L'immarcessible, froide et chaste nudité Du corps indiôérent d'être ou femelle ou mâle.

Et les pieds joints, et pendantes les vaines mains, De pierre comme un mur pour tenir à distance De l'espace et hors le souci des lendemains. Tourné vers soijl'Esprit— très loin de l'Existence.

Las! depuis que la vue a creusé son front plan, Le Génie, avec les faux gestes du talent Se fourvoie au travers des sentes où l'Idée

Esseulée en allée à jamais des sommets, Au monde extérieur ouverte désormais, Se meurt d'une douleur de vierge fécondée.

a compagne de traversée, Folle qu'êtes prise au remous D'un monde où se meurt la pensée, Mon âme, ah, je suis loin de vous.

Ça tournoie et ça noie à croire Ou qu'on est saoul ou qu'on est fou.

Pourtant, c'est d'eau salée à boire....

Ma vie, ah, je suis las de vous.

Tant las et vous si loin, l'Idée, Qu'ayez pitié, venez à nous :

Le monde a notre âme bridée....

Mon rêve, ah, je suis plein de vous.

es rêves alouvis d'Espoir Flairent de vaines abattures En la solitude du soir.

La solitude est dévastée Où mes rêves inassouvis Dlulent, meute dépistée.

Ailleurs l'Espoir a trépassé.

De grands vols blancs d'Esotériques,

Leur chef tout de noir cavecé,

S'effarent par le ciel lunaire :

Alors mes rêves affamés

Que nulle odeur ne vient at traire,

Par les accourres, loin du breuil, Grâce à la nuit aérophane, Suivent cette envolée en deuil

Clamant sa peine cantabile Et s'apparessant à vouloir Emouvoir l'espace immobile.

Eux, telle d'Espoir est leur faim.

Qu'elle les tient en alalie.

Et quand ils arrivent enfin.

Ils ne trouvent douce allégeance Qu'à s'enfuir ou mourir devant L'universelle alcalescence.

feour la première fois, à l'aube, quand la Terre ^ Reçut l'échai'pe aux sept couleurs et la ceignit,

Pâle reflet jaloux du Flambleau solitaire;

De subites rougeurs la Lune se teignit.

Dès lors. Elle rêva d'un amoureux mystère. Avec le jour, liélas! son rêve s'éteignit, Et c'est depuis qu'Elle a gardé ce masque austère : Car ce fut, chaque soir, l'Ombre qu'elle étreignit.

Devant le Soleil mort à l'horizon sans voiles La douleur dut noyer son cœur désespéré Pour que, tragique avec son grand air éploré,

Après s'être drapée en de funèbres toiles Emplissant l'univers de son sanglot navré, Cette veuve du Ciel ait pleuré les Etoiles.

outes lunes à leur décours Et les nuits dévorant les jours.

Monte en l'air froidi du ciel morne, Monte la Mare malitome.

Cependant que le vent sans voix S'efforce à pleurer Autrefois.

— " Ah, voix des Lyres heptacordes, Que ma main encor vous accorde

Et retienne, fût-ce qu'un jour, Toutes lunes à leur décours,

Toutes lunes dans le ciel morne Dessus la Mare malitome.

Car, nul soleil n^éclairant plus Ce monde où je suis malvoulu,

A la nuit ma main mal idoine Pour fleurs ne cueille que limoine.

Où verrai-je ce que je crois? „ — Mais le vent demeure sans voix.

— " Doux vent des Lyres en souffrance, Reprenez-vous d'inespérance ;

Décongelez l'air hyalin Qu'adhalent de souffles malins

Pour causer méchefs et le pire Les licornes et les lampyres. „

Mais le flot pestilentiel Envahit le Noir éternel.

os déconforts et notre peine surhumaine, Et la mine, ô mineur, ra]}pelle-toi ce soir. Et brûle ce charbon dont nous étions tout noirs Quand nous sortîmes de la benne.

Brûle le seul trésor que la nuit enveloppe : La lampe de Science à nos fronts luit, depuis Que la Vie a plié nos corps au fond d'un puits Pour l'inane progrès d'un labeur de Cyclopes.

Car, d'arracher an sein creux de l'humaine roche L'or de nouveaux espoirs et de nouvelles fois..., Nous avions trop aimé trop d'objets à la fois : Plus d'or aux cœurs, la houille est proche !

La houille, ah, brûle! c'est l' Autrefois des vieux hommes; Et telle chaleur soit, tels rayons si vermeils Que toutes les âmes crédules que nous sommes Croient voir luire Héraclès, gloire de l'air, Soleil!

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