‹ L'heure en exilChapitre 4 sur 5 · LE ROMAN DE LA GUIVRE · texte numérisé non relu

LE ROMAN DE LA GUIVRE

ie, à qui j'ai promis de ravir à la Giiivre f^ Son escarboucle pour prix de ton cœur féal, Pénètre au ménil jardinai Où la Guivre habite et se livre.

Très haute est la haie, En défend l'enclos, Epaisse à traverser l'aunaie Avant que soit le Monstre à ceux que rien n'eifraie, Ames de conquérants, cœurs très hauts De héros

En triomphale joie Dès qu'éclate le chœur des. cuivres en départ, Et qui s'en vont au geste épars des étendards Qu'un vent de victoire déploie.

Or, nous sommes les Fatuaires au grand cœur, Les chemineux hors des chemins plantés d'iVraie Que l'aveuglante Vérité jamais n'effraie ; Et magnifiques, se déroulant comme un chœur, Vont nos âmes délibérées Loin de l'Averne — à l'Empyrée.

ais après quel sommeil De guerriers ivres Ce réveil!

Lendores dédormis par l'œil clair de la Guivre,

Hier nous musions à des chansons, Aux fredons des frelons autour des abeillages, Aux murmures de brise emmi les feuillaisons, Aux roses pâles en effeuillaison...

Fanfare! et s'effare ce verbiage.

Comme oiseau niais dérompu, Le songe est tombé d'une vie au nid, sans but Et le vent fait les roses en efflorescence....

Adieu, l'air connu :

Le jour est venu, Silence !

oiis chanteriez en vain, Sirènes d'autrefois ! Mon âme est un navire au large, vent en poupe; La Guivre appelle, et dans l'or rutile sa voix Claire comme vin dans la coupe :

— " Mon Chevalier que j'ai réveillé, Abandonne l'aunaie en lisière; L'heure a sonné de rompre en visière Aux préjugés déjà défeuillés, Aux préjugés qui te font barrière.

Taille, oh ! travaille pour le néant Dans la forêt où l'Erreur s'anuite :

N'es-tu pas le bûclieron qu'habite Un esprit dévastateur, géant A remplir le Néant — s'il mérite?

L'arme d'hast au fer lancéolé,

C'est ta main au corps bien emmanchée.

Des Chimères à tes chevauchées !

Pour faire l'Ennemi débellé

Ne vaut longtemps l'asine enfourchée.

Ainsi, ne crains nul signe augurai Venu des astres ou de la lune.

Ni dans l'infinitude en lagunes La poursuite du feu lacustral.

Ni telles fleurs et l'odeur d'aucunes.

Plus glacial que mare en hiver.

Plus fatal que poison aux corolles.

Plus puissant que lune malévole, Pour te guider j'ai mon œil ouvert Autant fidèle que flammerolle.

Donc pénètre au ménil, doux chasseur.

Qu'en l'exil du ménil tu t'esseules Avec ton âme lente que veulent Des douceurs que je sais, moi, ta sœur, Douceurs, ô ma sœur, de seule à seule !

Yiens^ au geste musical des fleurs, Parmi les rondes comme enfantines Des zéphyi's ivres qui se lutinent, Voir, sans peur des frelons de douleur. De bonnes abeilles qui butinent.

Mais, surtout ! contre l'Esprit mutin Garde ton cœur vierge en cette impasse, D'or vierge et fin pour qu'enfin s'enchâsse Dans ton cœur mon œil adamantin :

Mon Chevalier, pars donc à ma chasse ! ^ —

[\ ie, à qui j'ai promis de ravir à la Guivre Son escarboucle pour prix de ton cœur féal, Mon rêve est rnénil jardinai Où la Guivre habite et se livre.

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