AU LITTLE-PALACE
Les invitations, dessinées par-Abel Faivre qui se souvient parfois d'être mieux qu'un admirable caricaturiste, nous convièrent à la réouverture. Les corvées recommencent donc!... Les invitations! Elles sont aussi nombreuses que les feuilles mortes. Le spectacle que nous offre M. Marcel Berny n'est pas aussi triste que celui de l'automne. Il est gai, très gai, follement gai. Il est aimable; il est brillant; il est exquis. Il a obtenu le plus éclatant succès devant le public des premières.
Il se compose d'abord d'un acte d'ironie très fine de M. Maurice Leblanc, qui avait, jusqu'à présent, publié surtout des romans et des nouvelles tragiques. Nous commencions à l'appeler l'« André de Lorde du roman » lorsqu'il s'achemina vers la littérature sportive. Le voici au théâtre rosse. Il réussit partout. Son acte a pour litre : Monsieur Candaule... Tout un programme !
L'œuvre principale représentée ce soir estune revue. Titre: Une... au sucre!... Elle est un des chefsd'œuvre du genre. Il est vrai que l'interprétation peut être classée parmi les meilleures. L'extraordinaire parodiste Gibard,que nous avons pu applaudir dans tous nos grands music-halls, fait preuve d'un talent de psychologue. Je ne crois pas qu'il soit possible d'être plus cruellement sagace que lui dans ses imitations de Sarah Bernhardt et de Jaluzot. Emile WolfT, beau comme un dieu, retrouve au Little- Palace ses succès de la Renaissance et des Menus- Plaisirs. Mlle Gaby de Naval est fort jolie. Elle ressemble à Mata-Hari comme Coppée ressemble à Sardou. Mais\Mariette-Sully ne ressemble à personne. Elle est toujours différente sans jamais cesser d'être elle-même. Vive, gracieuse, élégante, spirituelle, jolie à emparadiser tous les damnés du septième Cercle et à damner tous les saints du huitième ciel, elle pétille comme une mousse de Champagne. Son rire tinte ainsi qu'un carillon de cristal et sa verve jaillit telle une pluie d'étoiles. Elle nous a prouvé que l'inoubliable créatrice de la Poupée et de Véro-
nique était plus que jamais digne de sa renommée. Mariette Sully c'est une volière d'oiseaux des îles qui chante !... Des autres acteurs je ne dirai rien.
Mais les auteurs de : Une... au sucre.' : le romancier Maxime Formont, le courriériste Max Viterbo et l'auteur dramatique Jules Berny, eurent raison de collaborer. 11 se sont mis à trois. Ils ont de l'esprit comme quatre.