DEVANT UN PAYSAGE
Wilde a prétendu que la nature est nue, monotone, inachevée, qu'elle manque de -plans. Quelle hérésie pour qui sait voir tout simplement! Quel mensonge pour qui conserve son âme à l'abri des théories artificielles, et (sans médire de Gustave Moreau cachant la femme sous les joyaux) peut encore préférer la nudité à la parure ou, au rebours du grand « Théo», la chair au marbre !... La nature est variée à l'infini. Elle se renouvelle de site en site, et les sites euxmêmes se différencient à l'infini suivant les points de vue, les heures, les éclairages, le temps... et aussi suivant l'état d'âme de leur spectateur.
Vouloir chercher les lois de l'esthétique du paysage,
est une vaine fantaisie cérébrale. Il faut admettre que tout ce qui est naturel est beau comme tout ce qui est supérieur à l'homme, comme tout ce que l'homme ne peut pas créer. On peut, à peine, dans cet ordre d'idées, indiquer que la splendeur du paysage devient d'autant plus grande que le développement des éléments qui le composent est intégral et normal. Rien de plus.
La hideur n'est que l'œuvre de l'homme. Elle résulte d'un état d'âme discordant spontanément avec le paysage, ou bien elle est la conséquence d'une mutilation ou d'une transformation artificielles. L'œuvre humaine a sa beauté, une beauté que l'homme doit, fatalement, juger supérieure. Mais quelle que soit la grandeur triste et formidable d'un paysage d'usines ou la joliesse maladive d'une banlieue de grande ville, l'épanouissement libre de la nature les dépassera toujours. L'homme est à plaindre qui, prisonnier d'habitudes prises ou de codes qu'il rédigea, ne la comprend pas.
Vivre loin de toutes les hypocrisies contemporaines, dont nous sommes les victimes, quelles que soient notre lucidité et notre indépendance, quel rêve!... Mais il existe un devoir social auquel il est criminel de se soustraire... Nous avons derrière nous des siècles. Nous devons être l'addition de notre race. Ayons du courage... Demeurons...