‹ L'heure qui passe;Chapitre 22 sur 63 · PICRATE ET SIMÉON · texte numérisé non relu

PICRATE ET SIMÉON

M. André Beaunier est un critique habile. C'est incontesté. Après la publication de Picrate et Siméo?i, il demeure ce qu'il fut, ce qu'il est, ce qu'il sera. AI. André Beaunier est exquis, énergique, perspicace, tranchant, roué. Il ne fait pas rire. Il ne fait pas pleurer. II veut faire penser. Il réussit souvent.

Il manque des jambes à Picrate. Le cheval de Siméon n'a pas d'ailes.

M. Beaunier n'écrit que des pages définitives. Il n'évoluera pas. Je regrette de ne trouver en lui ni le lyrisme à rebours de M. Charles-Louis-Philippe ni la fougue rageuse du maître Octave Mirbeau. Car si M. André Beaunier n'est pas « prodigieusement sublime », il demeure un écrivain précis, craignant d'être trop savoureux; et d'avoir fréquenté les poètes, il garde suffisamment le souci du mot et le tourment de la phrase.

M. Beaunier se rencontrera bientôt avec M. Jules Renard.

M. Beaunier ne sera jamais populaire pour deux sous, — ni même pour trois francs cinquante. Il s'est trop attardé dans les cénacles ésotériques où quelques talents (qui le regrettent) martyrisèrent la métrique et la grammaire au point de faire de la Littérature une déplorable clownesse « les pieds cruciés en X autour de la nuque », disloquant « ses membres syntaxiques », faisant craquer « ses vertèbres pronominales », « fléchissant sur ses flexions, tordant ses muscles vocabulaires », luxant « ses articulations lexicographiques », épanchant « d'imprévues synovies désinentielles », pour employer le violent style acrobatique de Romain Coolus, qui depuis... nous donna Antoinette Sabrier, le chef-d'œuvre.

Mais M. Beaunier produira quelque jour un équivalent de Poil de Carotte. C'est fatal. — Nous attendons. Nous espérons, — beaucoup.

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