AU « MATIN )). LA COURSE ALGER-TOULON
Les expositions!... Voici que le hall du Matin, le plus américain des quotidiens français, nous sollicite. Les objets d'art décernés lors de la course Alger- Toulon sont offerts à l'admiration générale. Je suis partisan des sports, mais avec des restrictions. J'aime que l'homme fasse de son corps, s'il le peut, un chefd'œuvre, mais je ne vois point l'utilité de voir suer, sur une piste, pendant des heures, quelques brutes humaines. J'admire les animaux sélectionnés qui fournissent des sensations d'art. Je ne reconnais point, malgré cela, la légitimité des courses de taureaux ni celle du pari mutuel. En particulier les sports peuvent renouveler les arts. Les pelotari dessinent parfois des gestes neufs et ils dressent des attitudes d'une beauté inattendue. L'élégance de certains patineurs mérite d'être fixée. La course Alger-Toulon devait donner aux artistes des inspirations toutes neuves. A dire vrai il y a plus de somptuosité que d'art dans cette exposition.
Quelques œuvres retiennent le regard. « La Coupe » elle-même, non décernée, démontre que son auteur, M. Rozet, est un ouvrier habile et consciencieux. Nous le savions. Mais il a commis la faute lourde de vouloir faire tenir toute la Méditerranée dans un mètre d'argent. Le canot prend beaucoup trop de place. C'est le défaut de la majorité des œuvres exposées. La Catherine Ségurane de M. L. Picault, offerte par la ville de Nice, a de l'allure. Mais c'est de la sculpture industrielle, — meilleure, pourtant, que celle de l'absurde monument Grosso qui dresse son néant pesant dans le cimetière ou Gambetta repose. Cette Catherine Ségurane ferait un splendide « dessus de pendule ». Je préfère la fougue dont M. Le Turcq fait preuve dans l'objet offert par M. Berteaux, notre excellent ministre de la Guerre, et, plus encore, l'admirable académie, siexpressive, qui eut pour auteurle sculpteur Bouval et pour acquéreur S. A. le prince de Monaco. Ce n'est point la première fois que le Prince montre quelque compétence artistique. — M. Froment-Meurice m'a déçu. Sa Victoire peut être considérée comme un modèle de banalité et de gaucherie. Elle voisine, pour son malheur, avec la meilleure œuvre de cette exposition. Le sujet simple (la France et l'Algérie suivent, du rivage, la lutte qu'un canot soutient contre les flots), est traité avec une ampleur et une délicatesse qui accrochent tous les regards. Ce bronze a pour auteur le sculpteur Georges de Ribaucourt qui n'exposa jamais, à ma connaissance, d'œuvre quelconque. Je comprends qu'il est mieux qu'un orfèvre, car ses bijoux
fameux pour Sarah Bernhardt (rôle de Théodora) et pour la cour de Vienne me le faisaient considérer comme tel . Son succès aux derniers Salons forçait l'attention. Cette nouvelle œuvre consacre définitivement le talent de M. Georges de Ribaucourt.
J'attendais plus de l'initiative du Matin. Une seule œuvre absolument belle, c'est beaucoup... et c'est très peu, car l'élimination fut très importante. — Je me retrouve sur le boulevard.