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TRIPTYQUE. A PROPOS DES LIVRES RECENTS

DE Mme VALENTINE MERELLI, DE M. JACQUES d'aDELSWARD-FERSEN ET DE Mme LIANE DE POUGY.

Dans ses Cotifessions d'un Homme de Lettres^ livre terrible et beau où le monde littéraire étale toutes ses tares. Jules Hoche, auteur du Vice Mortel et de Guillaume II intime, écrit: « Trop de feuilles, de feuillets, de feuilletons, trop de papier gâché par les éditeurs et aussi par les écrivains, trcp d'écrivains de tous les genres, y compris le genre amateur qui, lui-même, est un compromis entre le genre crétin et ce que les musiciens appelaient autrefois le style fleuri décole. » Les trois livres que je viens de recevoir ensemble paraissent donner raison à Jules Hoche, — un surtout : c'est Mérélia que je veux dire. Mérélia, l'avant-dernière manifestation publique de Mme Valentine Mérelli. Nous avions vu faire dans les prisons des chaussons de lisière, des dentelles, des lits de fer. L'auteur de Mérélia innova. Elle écrivit son livre à Saint-Lazare. « Babiole nimbée d'illusion et de rêve », dit-elle. Après cela vous n'attendez point de moi une critique ni, même, des constatations autres que celle-ci. Soucieuse de compléter l'œuvre de la

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réclame insensée qui lui fut faite, l'étoile nouvellement apparue sur la scène de la Gaîté-Rochechouart (1.000 francs par jour!) a su choisir son titre et insister spécialement sur quelques-uns des enviables ébats qu'elle prit naguère. « Serre-moi, serre-moi plus fort ! Regarde-moi bien, je t'aime ! »... écrit-elle. Les monologues peuvent encore partiellement se citer. 11 n'en est pas de même pour les descriptions. Oh ! certes, je n'ai pas une âme de calviniste et je ne songe pas à reprocher à une courtisane d'avoir des talents voluptueux dans un temps où le mercantilisme ravage même le monde des descendantes de Laïs. Pourtant était-il bien nécessaire que la maison Juven et Cie fît connaître à l'univers cette alcôve — avec trois francs cinquante de détails?... Valentine Mcrelli ne manque point de talent comme comédienne. Le théâtre vit de spontanéité, de momentanisme, si j'ose dire, d'imprévu. Le roman en, particulier et la littérature en général nécessitent plus de travail, de réflexion, d'étude. Il serait ridicule de demander à toutes les jolies femmes qui furent « lancées » parla Cour d'assises d'avoir la dignité et la réserve de la gracieuse Liane de Lancy, maîtresse du financier Mary Raynaud. Mais Mme Mérelli aurait pu se contenter d'avoir un joli talent de concert et d'être belle à outrance. Les autres outrances sont plutôt mal portées, même quand elles sont instinctives. M. Jacques d'Adelsward-Fersen le sait trop bien depuis le retentissant scandale de l'avenue Friedland, dont il fut le héros. En tout cela, la presse est criminelle.

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Ces affaires mériteraient, au plus, un écho judiciaire. L'américanisme journalistique est tel que les catastrophes récentes de Courrières, de Naples et de San- Francisco prennent une place à peu près équivalente à celle des histoires navrantes. La mort de M. Curie occupa moins l'opinion que celle d'Edmond Magnier. Ne regrettons rien. Regretter, c'est perdre du temps. M. d'Adelsward-Fersen publie un livre de vers : Le Danseur aux Caresses. L'auteur de N.-D. des Mers Mortes et des Cortèges qui sont passés, a du talent, beaucoup de talent. Edmond Rostand l'a publié avant moi, au temps où des égarements d'oisifs pervers n'avaient pas fait d'un enfant poète, porteur d'un nom historique, un damné. Ah ! ce fut un spectacle !... Adulé, adoré, sollicité la veille. M. d'Adelsward fut abandonné le lendemain de son jugement. Il est demeuré seul. Il a publié trois livres depuis : la conspiration du silence s'est généralisée autour de son nom. Pourtant il y a de grandes qualités dans ces pages. Les lignes présentes sont les premières que je publie sur l'auteur de Lord Lyllian. Je suis heureux qu'elles paraissent au moment où tant de timorés se détournent de lui. Je voudrais que l'indulgence et la pitié s'unissent pour aller vers cet enfant dévoyé, qui ne veut pas pleurer et qui se joue les Wilde, comme j'aurais voulu voir aux tristes obsèques de Wilde plus de poètes et plus d'amis. Je vais peut-être choquer des susceptibilités, mais il me semble que (surtout pour des égarés de talent) les affaires de mœurs, lorsqu'il n'y a eu ni violence ni crime.

dépendent de la médecine et non de la justice. Wilde, à côté des assassins les plus immondes, vêtu, comme eux, du broad arrow et soumis à la peine atroce et stérile du tread mill, m'apparaît comme une monstruosité légale. — Hugues Rebell écrivait, dans la préface posthume que l'éditeur Carrington vient de publier avec les Intentions de l'auteur du Portrait de Dorian Gray : « Jamais l'artificiel ne se mêla à un tel point au naturel et à la passion dans un même homme. » Je crois pouvoir appliquer cette remarque à M. de Fersen. Le Danseur aux Caresses célèbre tantôt tristement, tantôt férocement les voluptés interdites, mais il est possible de trouver, parfois, parmi ces erreurs, de beaux cris de désespoir, de regret, de douleur, atroce. Le masque de cire que le poète se compose descend et son vrai visage pleure. L'enfant malheureux reparaît, et il avoue sa maladie :

Je suis sans force encor pour lutter contre moi, Contre cette âme immonde et lâche qui me tue...

11 espère la mort, il l'appelle comme une libératrice. Jacques d'Adelsward est encore trop jeune pour atteindre la pathétique « humilité absolue» du De profundis de Wilde. Pourquoi ceux qui le peuvent n'éviteraient-ils pas à ce jeune homme un aussi terrifiant calvaire ? Hélas ! il est d'irréparables fatalités!... Le nouveau livre,de Liane de Pougy : Yvée Lester, le constate aussi, d'une manière agréable. Ce livre est très supérieur aux précédents. Il paraît

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révéler toute l'âme de celle qui, avec l'admirable Yvonne dTonville.si franche, et avec Ariette Dorgère, un peu bien « théâtre », peut être appelée : la plus jolie femme de Paris, — et seule : la plus célèbre. Notre chère Séverine la décrivait ainsi l'autre jour : « Elle est fine, elle est souple ; elle a véritablement l'élancée du lis et la diaphanéité de l'iris. Nulle rose pâle, au coeur en émoi, ne saurait lutter contre la douceur de son teint. Elle évoque l'idée de toutes les blancheurs connues. Elle a, dans son fourreau flottant de souple étoffe qui s'enroule autour d'elle et la drape comme un péplum, la démarche que Virgile prête à ses déesses, la grâce chaste des statues grecques. Elle est la soeur attardée de Phrvné... » Le portrait est-il assez adorable ? Le miracle est qu'il n'idéalise point la réalité. Le style et la conception d'Yvée Lester sont d'une tonalité semblable. C'est l'histoire poignante, tendre, et jolie, d'une petite américaine, aux fabuleux cheveux rouges, dont l'âme sensible s'éveille à la vie magnifique et décevante. Cet ouvrage est écrit sous forme de journal intime — ce qui est commode et permet de jolies négligences et d'aimables fautes de composition. Il vaut surtout par des détails délicats, présentés dans un style neuf débordant de simplicités savantes et d'afféteries gracieuses. Témoin ceci :

« C'était comme si je me séparais du tangible moimême pour m'infiltrer lentement dans la vie charnelle de Reggie, comme si je m'enfonçais dans sa chaleur, dans son odeur et dans ses habitudes, comme si je

m'y insinuais mollement avec béatitude, sans merci, pour, ensuite, ne plus pouvoir en revenir.

« C'était une fraîcheur vivante. C'était comme si je mourais de froid en plein soleil. »

Liane de Pougy travaille. Elle s'efforce à conquérir son public. Elle y parvient. Ne la décourageons pas. 11 y a en elle trop de beaux dons d'esprit et de cœur pour qu'elle ne persiste point dans son attitude digne de Sapho, fille de Cléïs, la grande Sapho !

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