‹ L'heure qui passe;Chapitre 49 sur 63 · SUR LA ROUTE. — CROQUIS · texte numérisé non relu

SUR LA ROUTE. — CROQUIS

La voiture traverse le pont d'où je revois une fois de plus, avec une joie toujours nouvelle, le panorama de verdure et d'eau de ce tournant du Rhône. La lumière est si intense que l'on pourrait presque compter les feuilles immobiles et luisantes, — entaillées, on dirait, — et que je discerne, au flanc des Alpilles lointaines, le ruban de soie d'une route escaladant des pentes en velours mauve. Puis, c'est le canal, stagnant, presque désert aujourd'hui, sur

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lequel quelques « cadolles » pesants et clos sont rangés côte à côte. Dans un jardin voisin, des lauriers tirent l'interminable feu d'artifice de leurs floraisons roses. Des pierres de taille sont si blanches qu'elles paraissent n'avoir plus de poids, et, sur le bord de la route, d'inquiétantes humanités sommeillent, pieds nus, bras nus, faces congestionnées. Oh ! ces visages sur lesquels se lit un inconcevable mélange de races, visages où des yeux sont sublimes au-dessus de nez royaux et de maxillaires d'assassins, visages dans lesquels l'indolence italienne se mêle à la sauvagerie des « chulos » espagnols et à l'ironie paisiblement cruelle des rôdeurs de Toulon, — population changeante, équivoque et cosmopolite, mettant des loques pittoresques et sordides dans ce somptueux décor tout ruisselant de soleil !... Puis, c'est la route de Fourques, la traversée d'une « roubine » où se fige une eau d'un étrange céladon, hérissée de roseaux et peuplée de grenouilles. La Croix-Couverte dresse dans la campagne environnante son architecture mutilée. Des jardins, clos de tamaris irréels, à la Corot, du côté du fossé. Des figuiers douloureux et des vignes resplendissantes, — la joie des champs fertiles... Des moissons déjà fauchées et mises en monceaux d'or, des rideaux de cyprès, des oliviers, plus loin... Et, déjà, sous un ciel bleu, si bleu, rosé vers l'horizon, Arles paraît s'avancer à notre rencontre...

LU

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