IV PAGES LIMINAIRES
J'ai trop connu la ville et tous ses plaisirs faux, Sa nervosité folle et ses grimaces vaines; Mes yeux ont soif de voir, sur l'or moiré des plaines, Osciller amplement l'acier luisant des faulx.
Paris! tu as flétri mon cœur et mon visage
Et ma chair a connu des frissons interdits.
J'ai vu tant de hideurs dans tes quartiers maudits !
... Les champs m'ont rappelé, je veux mourir en sage.
Je vois une chaumière dans un coin perdu, En plein Morvan, dans l'Estérel ou la Hollande; Peu m'importe la mer, la montagne ou la lande !... L'eau, la terre et le roc n'ont jamais entendu
Les mots abjects, les cris haineux, les affreux rires Des féroces cités !... Je vivrais doucement Comme un simple ignorant ou comme un doux dément. Je cacherais en moi mes intimes délires,
Car je serais heureux, de peu, de rien, de tout, De la gaîté du vent et des bouleaux qui pleurent, Des oiselets naissants et des saisons qui meurent, Des neiges de décembre et du grand soleil d'août !
Être un petit vieillard dans une vieille ville Où des chalands crevés, sombres aux canaux morts, Pourissent lentement, — où des roux campaniles L'heure sanglote et meurt, renaît et meurt encor !