‹ L'heure qui passe;Chapitre 52 sur 63 · NICE · texte numérisé non relu

NICE

Huit heures du soir. Avenue de la Gare. — C'est l'arrivée désolante dans la Nice d'été... C'est, après la joie calme et ensoleillée de Golfe-Juan et du Var.

après l'accablement harmonieux des palmiers, des dattiers, des lauriers trop fleuris et des agaves aux hampes sèches, « Nizza-la-Bella », dépourvue de l'auréole de luxe et de folie qui la transfigure, l'hiver... Grandes auberges closes et petits hôtels entrouverts, villas mortes et rues mornes : Nice d'été !... Bourgeois jouant à l'exotisme, complets blancs à deux louis et cravates à trois cinquante, attitudes fallacieusement exténuées et visages griffés de luxures fatales, dégrafées trop cordiales et promeneurs trop attentifs : Nice d'été, décourageante, qui fait oublier à plusieurs le pittoresque et la couleur intenses de ses vieux quartiers très italiens !... Quand comprendra-ton que la Cote d'Azur peut continuer à vivre l'été comme elle vit ï hiver ?

Je passe devant les bureaux du Petit Niçois. Un béjaune à profil de brochet, la cigarette professionnelle collée à la lèvre inférieure, menace, avec des coquetteries de crabe, un Anglais glabre. Celui-ci, tout à coup, après un geste du... protecteur, lui brise sa canne sur le 'visage, arrête la main qui va quérir le « surin », puis, méthodique, comme à la salle de boxe, fauche et martelle, aux applaudissements des badauds. Un agent, appelé, fend la foule, empoigne le petit mâle livide, saignant, rageur... Une jupe blanche fuit, là-bas, à toute vitesse...

Et les commentaires vont grand train. — Province ! Paris ! Vivent les champs !... Nice d'été ! Je retrouve ici, implacables, les langueurs napolitaines de Capua et les épilepsies « parisiennes » de Borel-Clerc qui

sévit autant que Goublier. Oublier Goublier ! Rêve !... Et la mer, tout près, est si douce et si bleue ! Elle chante pour les palmiers exilés, inclinés, approbateurs... et poudreux.

La première heure de la prochaine journée me trouvera dans le rapide qui s'élancera de toute la puissance de sa «coupe-vent» luisante comme le corps en sueur d'un géant noir, à travers les splendeurs injustement désertes de la Côte fabuleuse...

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