‹ L'heure qui passe;Chapitre 61 sur 63 · AU SALON D AUTOMNE · texte numérisé non relu

AU SALON D AUTOMNE

C'est la veille du vernissage. Aristide Briand, ministre, entouré de cent personnes, au plus, vient de faire le tour des salles où toutes les audaces et toutes les sagesses voisinent. Poignées de mains, petits discours, sourires, arrêts devant les Truchet, les Courbet, les Gauguin, Desvallières, les bijoux de Ch. Rivaud, les toiles de Vlaminck, de Ribaucourt, d'au

très... Champagne. Frantz-Jourdain murmure une allocution... C'est l'inauguration en « camarades », à bureaux fermés. Rodin contemple ses œuvres avec un amour de père. Paul-Louis Garnier se prodigue et Valmy-Baysse se surmène... — C'est le retour vers la modeste voiture officielle. Nous sommes une douzaine derrière le ministre, qui descend l'escalier. Après les mots d'adieu, Aristide Briand va monter dans son coupé. Une pauvresse, vieille, laide, navrante, se précipite, paume ouverte. Un huissier l'écarté d'un bras scandalisé. Mais le ministre a vu. 11 va vers la vieillarde et lui met de l'or dans la main rapidement, furtivement... Il s'installe sur les coussins. M. Frantz-Jourdain sourit:

— Ce n'était pas compris dans le progamme. Monsieur le Ministre !

Alors, Briand détend un peu son visage grave et bienveillant, et étouffant sa puissante voix, répond, honteux on dirait :

— C'est de l'initiative privée...

La voiture s'éloigne dans un craquètement de gravier. J'ai trouvé délicats et consolants ce geste et cet esprit qui voudraient être ignorés.

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