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PARIS. LA RENTREE

C'est, de nouveau, la capitale. Déjà la fièvre de la grande ville nous énerve, nous émeut, met des larmes à nos yeux et des battements supplémentaires (qu'on peut nier, mais qu'il est impossible de ne pas constater) dans nos poitrines. Le regret très doux des heures passées monte en nous. Une phrase du tendre d'Esparbès et le vers fameux de l'exquis Haraucourt chantent en moi : « Le voyage est le complément du rêve... » « Partir, cesi mourir un peu... » Il semble qu'on laisse dans les sites que l'on aime ou que l'on admire quelque chose de soi-même; quelque chose qui se rappelle à vous en éveillant le regret des douces émotions éprouvées... il est des heures, comme celle-ci, où tous les coins aimés revivent dans les âmes... Oh! les clochers de ma ville maritime, les mouettes sur l'Amstel dans la splendide Amsterdam, les vignes de Bourgogne sur leurs

coteaux affables !... Tant d'autres régions, et celles, surtout, que je viens de revoir!... Comme ils sont loin déjà les grands eucalyptus et les figuiers crispés du vieux pays ligure !... C'est Paris. C'est la vie folle qui nous mène de « premières » en salons, de librairies en tribunes publiques, de loges d'artistes en expositions... On rentre. On est rentré. Finis les plaisirs économiques et sains des châteaux de province. Mme la Baronne fait emballer les confitures commises avec les fruits du verger : il faut bien vivre ! . . .

A Paris ça n'a pas traîné. Nous avons déjà applaudi à la rentrée triomphale de Wyns à l'Opéra-Comique ; Abel Hermant nous a replongés en plein parisianisme avec la Belle Mme Hébert, qui serait un chef-d'œuvre si le cruel auteur du Cavalier Miser ey avait un peu moins soigné son dialogue et un peu plus « pathétisé » quelques scènes ; les ateliers sont houleux aux approches du Salon d'automne ; l'Odéon répète le Cœur et la Loi de Paul et Victor Margueritte... Le Cœur et la Loi, l'œuvre nouvelle au sujet de laquelle les puissants et généreux romanciers m'écrivent : « Vous y retrouverez les idées des Deux Vies. Mais le roman n'a pas été le moule de la pièce et nous avons tâché de rendre (par des moyens scéniques) sympathique une cause de progrès et de liberté exprimée par des moyens de roman dans le livre. »

Les étalages des libraires se préparent à recevoir les nouveautés d'hiver ; les grands magasins les devancent. Des invitations s'impriment de toutes

parts. Justine retrouve ses plumeaux et Firmin compose ses menus. C'est de nouveau la capitale. Des visages connus. Des coups de chapeau à rendre. Des banalités à distribuer, de l'esprit à faire, des grimaces aimables à esquisser et à supporter... Et le crépuscule en ombres vertes et fauves, en demiteintes violacées, alors que dans les champs la féerie des horizons flamboie!... C'est Paris, — Paris qui nous use et nous tue, Paris qu'il faut fuir souvent lorsqu'on n'a ni la volonté ni la sagesse de le quitter à jamais, comme firent Lucien Besnard, Emile Fabre, le vigoureux Saint-Pol-Roux, Vermenouze qui rêve dans le Cantal, Guillaumin qui demeure dans l'Allier, et Georges Maurevert que les splendeurs méditerranéennes ne rendront peut-être jamais au boulevard... Tant d'autres, dont quelques imbéciles, rivés aux pavés, diraient volontiers s'ils avaient lu Horace :

« Aut insanit homo, aut versus facit. »

Ils font des vers. Ils ont raison. Ils n'ont plus la fièvre. Ils sont heureux peut-être ?... Il y a des fils de la Vierge dans les airs et des colchiques mauves dans les prés...

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