‹ L'heure vengeresse des crimes bismarckiensChapitre 10 sur 13 · DES CRIMES BI8MARCKIENS · texte numérisé non relu

DES CRIMES BI8MARCKIENS

se préparer à Genève ; écrivez-moi, j'attends des nouvelles de vous. »

Être Tami de TAIlemagne, pour un homme d'État russe, c'est donc inconsciemment sacrifier la vie d'Alexandre ITI, q\ie M. de Bismarck abhorre depuis qu'il a rencontré en lui un rival en diplomatie. Le Tsar, s'il s'était laissé persuader par M. de Giers que M. de Bismarck devait lui être persona grata, aurait donc justifié le proverbe : « Apprivoisez un corbeau pour qu'il vous crève les yeux. »

Mai 1888

La loi en faveur des invalides du travail. — L'Angleterre répond aux manifestations de Guillaume H en votant un demi-milliard pour l'amélioration de sa flotte.

M. de Bismarck, s'il a encore des formes avec les conservateurs et les nationaux-libéraux qui constituent sa majorité, c'est parce qu'il attend de ses mameluks une bonne loi sur les socialistes et sur la presse, arme défensive qui lui permettra une fois pour toutes de faire taire journaux, brochures, parole, tout ce qui se permet en Allemagne une opinion autre que la sienne.

Les mameluks comprennent si bien le rôle que leur fait jouer le chancelier qu'ils s'abstiennent même d'assister aux séances du Reichstag et que M. de Bismarck ne sait comment faire voter sa fameuse loi en faveur des invalides du travail. Le dilemme est posé : ou subir une loi embryonnaire parce que le chancelier le veut et se désintéresse des discussions, ou discuter le projet de loi à peine ébauché et ne pas voter la loi.

Pendant que le chancelier essaie de prouver à la hâte et à la diable que le sort des ouvriers

l'heure vengeresse d^:s crimes BISMARCKIENS. 223

touche son cœur sensible, la grève sévit en Westphalie, le sang coule et le gouvernement allemand récolte les fruits des excitations entretenues par ses agents à l'étranger; que M. de Bismarck y prenne garde, Dieu punit par où Ton a péché.

Revenons au Reichstag. Maintenant que l'assimilation des États allemands est faite au profit de la Prusse, assimilation qui a demandé certaines concessions libérales antipathiques à la dynastie des Hohenzollern (Frédéric III, enserré comme dans un étau entre son père et son fils, est une exception qui confirme la règle), maintenant que le libéralisme a fait son temps dans l'antichambre bismarckienne, il peut être mis sans honneur à la retraite. L'empire d'Allemagne dans sa forme définitivement césarienne et centralisatrice, a trouvé logique l'autoritarisme au dedans et l'expansion au dehors, dérivatif qui saisit tous les Empires et les conduit à l'abîme, a saisi Guillaume II, saisi M. de Bismarck malgré les apparences de résistance de ce dernier, sous la forme coloniale. Voilà le chancelier, non plus dirigeant par des fils télégraphiques ses agents à Paris, à Londres, à Vienne, etc., mais livré à des Peters, à des Knappe, à des Tsaver. L'infatuation légitime provoquée par les victoires prussiennes devient aujourd'hui un danger, car les dépositaires du glorieux drapeau seront tentés de le planter partout.

C'est ce qu'a compris l'Angleterre. L'affectation

22i l'heure vengeresse DES CRIMES BISMARCKIENS.

de Guillaume II de se costumer en amiral allemand, de remanier, de transformer les commandements de la flotte, de prouver hautement qu'il veut une marine digne de son armée, avertit la prévoyante Albion déjà inquiète de l'habileté', de l'audace, des traîtrises de la politique bismarckienne à Samoa, k Zanzibar, qu'elle ait à craindre un rival plus roué, plus hardi, plus dédaigneux des droits acquis, moins scrupuleux que ses ennemis séculaires. Ce rival ne respectant que la force, la Chambre des Communes, sans distinction de parti, a compris qu'il fallait lui prouver qu'on disposait de cette force et elle a voté en bloc un demi-milliard pour l'amélioration et l'augmentation de sa flotte.

Ce vote obtenu par lord Salisbury 'et qui élève, dans la politique de courtage, inaugurée par le chancelier d'Allemagne, la valeur marchande de l'Angleterre, ne va-t-il pas éveiller les insatiables convoitises d'alliance de M. de Bismarck et lui faire promettre, au détriment de ses alliés précédents, pour le plus grand mal de ses ennemis, quelque pot-de-vin formidable qui attirera l'Angleterre dans là coalition austro-allemande?

Sojaln IMiB

Loig des invialides- 'du travail ; les ouvriers rentiers dp rÉtftt.i'l î

. . ;1 1 • il . . .■ .

M. de Bisàiiarck, après un nombre incalculable d'années, courbé lui et ses fidèles sur les problèmes des questions sociales, vient d'y trouver une solution de la loi sur les invalides du travail. Il fait des « rentiers de TÉtat » de tous les ouvriers industriels septuagénaires, et lui, l'ex-ami des premiers novateurs du socialisme allemand, après cet os rongé jeté à la misère de cette classe, — car combien d'ouvriers industriels arrivent même k soixante ans et sont fixés par le travail dans les mêmes lieux, — il se loue, s'applaudit et déclare, lui dont les fonds reptiliens alimentent les plus mauvaises passions du socialisme anarchiste dans toute l'Europe, qu'il a désormais la « conscience tranquille » et qu'il vient de donner aux ouvriers « des garanties autrement substantielles que le mirage socialiste ».

Bien maigre palliatif cependant à la ruine d'un continent tout entier, ruine due à la politique du

226 l'heure vengeresse DES CRIMES B1SMARCKIEM8.

chancelier allemand, car lui seul a livré Tindustrie, le commerce, l'agriculture de l'Europe k la concurrence des autres continents qui n'ont aucune des charges d'impôts nécessités par des armées sur le pied de guerre en temps de paix. Et encore le .peu qui reste des ressources commerciales et industrielles, agraires, dévorées par le militarisme, M. de Bismarck le draine au profit de l'Allemagne. Et c'est ainsi que, dans la paix même, la Prusse fait payer à la France, à l'Angleterre, à la Russie, à l'Autriche, k l'Italie, la i^^nçon de sa victorieuse domination.

15 Juin 1889

Visite du Shah de Perse & Saint-Pétershourg. — Fiançailles de la princesse Militza de Monténégro arec le grand-duc Pierre, cousin de l'empereur Alexandre. — Toast de Tempereur au prince de Monténégro, « le seul sincère et fidèle ami de la Russie ». — Propagande malfaisante de M. de Bismarck dans les Balkans. — M. de Bismarck veut la disparition de la France en tant que grande puissance. — Discours de François- Joseph r « L'ordre règne en Bulgarie », dit-il. — La Triple Alliance est une menace continuelle de guerre. — La sagesse de la politique russe maintient la paix. M. de Bismarck menace la neutralité suisse. — Discours du pasteur Wissman à la fête anniversaire de Moitat. '-^ Il est faux de croire qu'on n*'a pafd la guerre qutJid on ne veut pas l'avoir. — Premières manifesta* tions .des «excellentes relations entre la Russie et la France ». — M. de Bismarck cherche & détruire en Grèce les sympathies françaises. — Nouvelles révélations sur la police secrète de M. de Bismarck. — L^ gv^err^ éclate quand un Hohenzollern prononce de^ paroles de paix. — Paroles de M. de Moltke sur la pro» ehaine guerre : (c Nos ennemis ont le nombre, l>rmement et le courage. Notre supériorité est d^ns )e cornrnaudepaent. »

Ml A^ Bismarck qui fait graviter Thiatoire fispuia flu9 de vinçt ans autour de }a PrusiB^

2â8 l'uëuke vengeresse

accumule laborieusement tout ce qui pourra empêcher de l'écrire avec sincérité. Je ne connais pas de façon plus égarante que la sienne d'obliger l'Europe à se reg^ rc^jfj^p^e^-; 4^ tel ou tel événement. Il faut à tout prix qu'elle juge à la prussienne, que dis«*je, à la bismarckienne et qu'elle ne, se perme.tjtei paip de contr^^re, à adjugeaient car aussitôt la paresse of&MeUe. ou officieuse, jpenseignée^^tt inoonsoiente, qu'alimente la Wilhelmstrasse;^(^lii récherche?, reçoit, âceèpte, où fe6J)ie le mot d'ôrdjré du chancelier, pousse des cris de paon, crie à. la cfl^lomme^ àij'^b^iqi^at^oj^, è^Ja Sa du inonde.I .; .. , .. .4. inii

En ce moment toute revue militaire; i toute réception de souverain, tout diséoiits où ■ tout toast gt)uverriemeritaux qiit ^ri^oht ^as poûi^'ISut de recevoir et de glprifieir Gv^jila.ViinV ït,; ej[^^,pi?rsoniie, ou ne soniipas visnà-yisideJ'iAileiAQipie d'une platitude pairfAÎ te, devieiinent des menâmes de guerre,' tandis qufe les rèVùeëles pluèl éfnthoùsiasles pâsséefe paï* ùii allié'' qu'on j^ulse à la guerre, les iréçjéptions les pl.u^^^^^^ discours le^ pjiua «igAifiçattfs, l^, j)lm§fi ^uligp^s, les, toasts qui > sont dei^ckiBiatâ de. br£^vôuféyt s'ils ont Berlin pour théâtre, doivent être cenn^idërés cottime ' des ' vols dèr' colôriibé, ' 'dèà bèle^ëftts d'agneau, des romances sentimentales, (fes litanies de la paix.

Ji^iketlbraiti^'propiôif' àéid^ ^^ii^i^'^éli !^ali^de Fepre'i à iSaintf-{^ét8rsbo«r§^): 1/3 Ban^ «f'iéitî

qui s'est i^ise à se lamei^tier,, à jç^enoux^ .à,,parl$ir| d'alliances dangereuses, de, conventions seçr^tfi^, seipn l'e,3çpre^îon <É Is^ Gf^zefiff' de Cologne. ^ .

.Q^el yacarip^ sit^ sujet, ^deip fiançailles, ,<lef la princesse Miliiza a,veç^ le grand-duc ÎPierre, fils d!uij oncle jje l^empereur, le .grand-difc^ Nicplasl Les^a^ajiseussçnt^été mis à feu et h sang par lesar^mée^ ri^sse^gue la presse al][çiTiande n'aufait p^s trouvé u;i autre j vocabulajre pour parler d'abord du premier accueil du prince de Monténégro, k Gatchina, ensuite, de la splendide hospitalité reçue au Palais d'Hiver par un simple chef de clan montagnard « et qui s'adressait, à n'en pas douter, à celui qui porte dans ses armes l'aigle double de Serbie, surmonté de la couronne impériale d'Etienne Douchan ».

Quant au toast de l'empereur Alexandre : « Je bois à la santé du prince de Monténégro, le seul sincère et fidèle ami de la Russie », la presse allemande à cette heure encore y découvre tous les jours une signification agressive nouvelle.

Ce toast a paru, à tout ce qui est anti-prussien en Europe, admirable dans sa brièveté, il est à la fois très doux pour l'ami qu'il proclame et très fier vis-à-vis de ceux qu'il renie. Il résume toutes les situations artificielles créées par la politique bismarckienne, en montre l'inutile échafaudage.

L'empereur Alexandre, dès qu'il croit à Tunique amitié, à Tunique fidélité, à Tunique sincérité du

Î^O L fiKURE VENGERESSE

prince Nicolaâ, prouve qu'il ne croit plus à toutes les hypocrii^ies de la Prusse, sous couvert de èes mots sacrés. Il juge les intrigues bismarckiennes en Autriche, en Bulgarie, en Roumanie, en Serbie, en Turquie^ non telles qu'un imposteur sans scrupule les présente, mais telles qu'elles sont.

Le Tsar blanc parle peu, écrit k peine, ne torture pas les faits pour les obliger & signifier exactement le contraire de ce qu'ils démontrent.

Calme, résolu, il attend, il juge, il se souvient. Un Romanoff n'oublie pas. Aussi grandit-il de toute la distance qu'il a mise entre lui et M. de fiismarck. Il décourage le menâoûge, rend inoffensive la fausseté, arrête l'effet deâ ruses les plus habiles.

Le toast du Tsar dit kl' Europe : « Je ne suis pas le jouet des flagorneries, des protestations de dévouement qui me viennent de Berlin. Je les reçois comme la preuve qu'on me craint assez pour me flatter et qu'on croit devoir prendre la peiiie de me ménager, de m'amadouer; toutes les politesses du monde ne parviendront plus ni à me séduire, ni k m'aveugler. >> .

Ce toast dit encore : « ^e possède, moi, un ami sincère et vrai; s'il est petit, j'aiié pouvoir de le faire grand; il est dévoué et fidèle. L'empereur Guillaume pourrait-il en dire autant de son allié l'empereui^ d* Autriche ou du roi d'Italie ^ »

i>ans les Balkans, M. de Bismak*ck se livre k une 'propagande malfaisante, affi*èùse. Leâ deux

bES ClVIMEâ BtSMARGÉlENd. 2U

tactiques traîtresses du chancelier, envelopper et harceler r^nnemi^ ne luMaisser ni trêve, ni issue sont aujourd'hui en plein exercice dans les Balkans. Si résolu que soit le Tsar à la patience, à l'attente, il sent les populations slaves, soeurs du peuple russe, sur lesquelles il veille paternellement, à la merci de la malfaisànce bismarckienne. Diviser pour régner est trop noble pour lé premier ministre de Guillaume II, il préfère^ la for* mule vulgaire : troubler Teau pour y pêcher. Ce qu'il exploite lé plus, c*est le compérage sous toutes les formés conscientes bu demi-bOnscientes. Le dit compérage est, il est vr^ai, facile k démasquer,' car il a pour preuve et pôtir 6n là lutte contre la France, celle contre la Russie 6u contre les déûx nations à la fois.

Mentir, faire metitir est la tègle dé là profession dés âgentâ dé la politique dé M. de Bismy,rck depuis le souverain jusqu'au reptile, affirmer que ce qui est faux est vrai, que ce qui est Vrai est faux, démoraliser, détromper, intimider l'adversaire, l'obliger au quî-vive perpétuel, Tatlitér sur ' la piste d'une certitude, l'égarer dans sa rec^herche, le létirprendre pat Timpudenfee, le stu-; péfiér pàt l*âudace, le lassel*, l'aliùrir par la répëtitîoti dés ùiêmés procédés et des mêmes înuiilités'de la rësîstancè, Tàffoler, miner toutes les routes pour le précipiter, de quelque fe'ôté qii'tl se tourne, 'dans un piège sloLtàniquëhient signklé à Tavance, lelïes sont le^ hautes occupations dans

2a2 . l'heure venger.jçsse

lesqueUls? ^e complaît je maître ,6/^,, l'Europe.. L organisation de.3on œuvre est telle, qu'jeïle e.st indostructible et que c'est à Die^, seul qu'il faut demander de. la réduire*

., Seigneur, Seigneur, délivrez- nous du ^éaiil Vcius le. voyez*. la puissance, terrestre est toute prise elvous savez que jes re^sou^rces tiyma.ip,e^ 4^.n^al pèspnt ui> poids plus l^ourd gue çjeiles du bien quand yoij^s ho jetei^ pas votre volonté dani? la balance.

À propos d'un livre sur M. de Bismarck, j'écrivais ce post-scriptum à ma lettre sur la Politique Extérie^re du 12 juin 1889 :

..«Après avoir lu le livre de M. Charles de Maur^l> on sait h n'en pas douter quelles sont les inspirations réelles de la diplomatie de M. de Bismarck. Elles n'ont qu'une seule ambition, celle d'achever l'œuvre de 1870 qui a été manquée et de saignera blanc notre pays de France, dont la disparition sur la carte de l'Europe comme grande puissance est considérée, par M. de Bismarck comme le gagç d'une longue paix. Il s'agit donc de savoir si cette théorie est de notre goût et gi, par amour des convenances diplomatiques, nous laisserons carte blanche à M. de Bismarck et lui permettrons de poursuivre, sans l'inquiéter d^ns ses manœuvres, sous prétexte de paix, l'entreprise qu'il médite.

« Toutes les preuves que produit ce livre; toutes les révélation^ dont il abonde sont autant de

DES CRIMES^ B^SMARC^IENS. 23S

documents attestant qu'il s'agH, <^e Favenir de }a nation française et (j^ç, si nous n'y preipiQns gar^ç, cet avenir peut être compromis et réduit au>ç dernières extrémités. » . ' r . :

Je connais près ^e Naples une sqUat^ijç 9°^.]^ Triple Alliance nae. rappelle sans cesse.. jl^*p.a})rit diç feu lui a donné l'apparence ^IjxtïGi coupe) cojp^fale du /fblanc le plps puy^ Elle a quelque cljipse de n uptial, 'cette cpupe, sous son badigeonnée de stuc et elle, fait rêver ai de perpétuelles hyiAénée^. Qn ose à peine y poser le pied, craignant que la moindre trace ne soit une souillure pour tant de virginité. Cependant. on fait un pas, puis deux, le, sol tremble, résonne, tant la croûte en est mince; mille fissiires, des crevasses fumeuses avertissent le visiteur de la jfrâgiiité de la coupe. Tout à coup, un bruit épouvantable sort d un antre incandescent. Toutes" les menaces du feu et de la flamme sont vomies par le trou béant et vous prouvent que le blanc stuc, la poussière virginale, ne sont que de la vie calcinée, détruite jusqu'à F incoloration.

Dans la partie de la coupe qui , sous sa couche épaisse de stuc bîsmarckien, a encore nom r Autriche-Hongrie, l'esprit de feu berlinois vient de lancer l'une de ses fumerolles. Un passage du discours de François-Joseph aux Délégations répond au toast du Tsar adressé au prince de Monténégro.

Parlant au comte ï'ran? Zichy, élu. président de la délégation hongroise, Vempereur d'Autriche a

Sd4 L^tiECftfi VÈNC^EftKSâlâ

dit : (( L'ordre et la tranquillité régnent en Bulgarie ; il est intéressant de constater les progrès que fait ce pays hialgré sa situation difficile. »

Ce qui revient à dire à l'empereur Alexandre : Mon cher voisin, vous compter sur le Monténégro et la Serbie semble vous revenir, mais sur les conseils et sous la direction de mon grand allié, j'ai pétri de mes mains eh Bulgarie une situation gênante pour vous, car si, par la Serbie et le Monténégro, vous dressez un obstacle sur mes routes orientales, j'en dresfie un formidable sur les vôtres.

M. de Bismarck vient donc, parla voix de François-Joseph, d'apprendre à TEurope que les progrès de la Bulgarie sous le règne du prince Ferdinand de Coboiirg intéressent la Triple Alliance et que rheure a sonné d*y applaudir.

Eh bien I les documents bulgares, ces faux documents^ sont-ils assez hautement reconnus vrais par cette phrase de l'eftipereur d'Autriche ?

François-Joseph à dans son discours constaté une chose dont mon humble clairvoyance avait, de longue date, averti mes lecteurs : c'est q^ue la Triple Alliance est si peu une garantie de paix qu'elle oblige l'un des trois alliés, à éri convenir publiquement.

« Mon gouverneriient, dît François-Josepii, en coniplète union avec mes alliés, s'emploie à développer dans le sens pacifique la situation toujours incertaine^ de l*Eùr<ipè. Knourfit le fermé espoir

DES CRIMES filSMAtlCKlENS. âd5

que les bienfaits de la paix pourront êtye conservés malgré raugmentatiôn croissante en tous pays des' forces militaires qui nous oblige à ne pas interrompre les perfectionnements de notre puissance défensive. »

Et pourquoi donc, Sire, raugmentatiôn des forces militaires croît-elîè en tous pays, si ce n*e^t parce que la Triple Alliance, dont le pivotest l'Allemagne, n^a cessé, ne cessera ^ (J'être une menace de guerre et que, bien plus, sans la sagesse delà Russie, sans son calme j sans ses efforts pour né pas laisser TEtiirope se déséqui-, lîbrer davantage encore, la guerre aurait depuis longtemps éclaté.

Tous les argunients de la presse allemande, autrichienne et hongroise, dévouée k M. de Bismarck et qui n'a cessé de réclamer pour la Bulgarie. le bénéfice de la formule : la Bulgarie aux Bulgares, prendraient un^ signification étrange et singulièrement claire, si la Serbie pouvait être aux Serbes. La politique balkanique pour la Triple Alliance serait donc plus autrichienne que balkanique !

Des bruits persistants venus d'Allemagne nous montrent tantôt le général Waldèrsee signalant à Guillaume II la concentration des troupes russes et lui persuadant que, plus tôt il engagera l'action contre la Russie, plus il sera certain de vaincre; tantôt M. de Bismarck soy levant à la fois toutes les questions qui doivent être fixées avant le jour de la batatlIeV ' '

336 l'hEU?^,^ VENC^^RESSE

J'ai, ailleurs, t^-aité avec des.iiocumei^te i^oqtestables^ la question de la neutralité belge et les audaces de M. de Bismarck à cet égard, t^ ,Xoil^ maintenant qui menace la nev^tralité apisse dans, la Gazette de f Allemagne du Nord. Moi, qu'un patriote vaudois accusait d'être exce^^ye. contre M. de Bismarck (on sait qu^ ma li^^ne du chaj^-^ celier est plus forte que la mort), je n'ai pour, répondre qu'à citer les admirables paroles du pastai|r, Wissman à Zurich, le jour delafête commémorative de l'immortelle bataille de Morat :

« Si l'œuvre diplomatique avec laquelle les traités ont été signés venait à manquer, les Suisses sont prêts à les écrire de nouveau avec leur sang en défendant leur foyer contre toute ingérence étrangère et en mourant plutôt que de subir le déshonneur. »

En contestant à la Suisse les droits de sa neutralité, le but de M. de Bismarck est de réduire, heure par heure, les possibilités de défense de la France.

Ce qu'il faut ressasser à ceux qui croient qtCon n'a pas la guerre quand on ne veut pas V avoir ^ c'est que le chancelier d'Allemagne, s'il peut n'être pas d'accord avec M. de Waldersee .pour attaquer la Russie, l'est toujours avec ses rivaux et avec ses alliés, pour attaquer la France. Il la circonscrit, l'enserre, l'enferme, la bloque chaque jour davantage. Il la laisserait peut-être encore quelques années cuire dans un jus qu'il ne cesse d'as-

DES CRIm'eW BisMÀÀcklENS. ^37

sajsohiiér de condihients dan'géireùx s*îl lîe voyait la Russie fsîire deâ pVogrèié' constants dans l'idée crue 'la 'France intacte é^ 'nëcessaire à la sécurité déTEurojiè. ta'Prahcél de son 'côté, ëroit que sa diésti/iée ■'è'àl attache^ à l'iritërôt ^ti'a le grand empire dti''No'rd à ne plats laisser dé itiélntelef le dernier rempart de Tàintî-germanisnié. '

La Gazette de JKfô^côi/' formulait nettement la situation en disant que <( fes excellentes relations existant eiitre la France et la Russie font partie oâôentSèYfe de ce qu'on appelle rè(](uîlibire européé'ii' ëï letir iihportatice éàt telle que ces' i-èlati'cJhs sont au-dessus dé toute attalG[U€l ». ' '' ^•Malntbfaant 4^e ^Italie' est publiquement riéùAîè'i FA^Ïèmagne!^r des dodunfïfenté officiels, qiié' là BMçi<)ue"ést sec'rètèriiérit sôfùinise;, que la Séisse est livrée' ^u^ afngoièàes dé' son inkinct de cohse^àtSdh^'ihenàcdé danssaî'sfecuiritéVquè l'^Ail'gleterré^ô^ iirconveriiié et'qiié là l^'i'ancé esibién enfermée de touteé'' parts à Taide de tous les moyéttàj^'âë toutes leè' Vei^oui-ces que fôuriiîssent là Miîie, Tenvie, la lutte' pdùr reiisténbe, Thôslllitô deè^ intérêts, M. de BîsmarcK^croiWr enfin ié^ià de T Allemagne asièurër ést-lleiifih'cdn te nt?

Ndti, \\ y à là-bà^/à^rextrémité de-rEiropé^un pétià 'îrétijpl^,' Igx^and, lion "i^lemlént par seé ti*aditions mais par ses destinëeâ^ futures : le peùjile ^téc:l\ ndus est reiété fidèle ef aiÀi; unéf fraterliiibë nl'oî^Ie, ihfeAectliielle, krti^tîqUe; iin^ syiiiie dè^raèëi des inttSrêts (le politiqtrei interna^

238 L HEUHK VENGERESSE

tioaale sinon similaires, au moins nulle part eon< tradictoires, de9 relations individuelles entre ses héros et nos hommes illustres nous ont unis et liés. Lee Grecs fixés en France «>'y sentent réellement dans une seconde patrie. Eh bien, M. de Bismarck entend et veut que cela cesse. La campagne est ouverte, la Gazette de la Croix a commencé le feu.. Il sera prouvé que notre affection pour la Grèce, notre amour de son indépendance n'ont été, ne sont que des faux-semblants, c'est pour mieux l'asservir que nous avons aidé à son affranchissement. Aujourd'hui, nous la voulons esclave. D'autre part, un grand danger menace jia nation hellénique, l'appui de la Russie qui cqnvoite de la ranger comme favorite, derrière le prince de Monténégro, Heureusement l'Allemagne veille 1 Elle efface entre l'Autriche et la Grèce des haines qui datent de la guerre de l'Indépendance, elle oblige M. Grispi à. 3e montrer courtois, elle fait entendre à M. Tricoupis qu'un seul État en Europe est assez redoutable pour protéger la Grèce contire Tune de ses protectrices, la Fraiiic^ ou l'Angleterre, assez riche pour que les financiers grecs puisent à pleines mains l'or sur ^es marché^;

En échange detçi.nt.de services, que deo^ande l'Allemagne? Rien. Que den^aRdait la France pour moins que cela? Tout, ■ , .

Les révélations k propos de la poUce hismaroHieune se succèdent, et ell^s deviennent do plus gnplus éccçu.î:apt$s. Ui} article de i'ufl d^. ni;^S:Ç9t7

DES CRIMES BISMARCKIENS. 239

laborateurs, M. Charles de Maurel, sur la neutralité belge et Jia neutralité suisse, dénonçait les traîtrises <ie M. de Bismarck dans les deux p^ys, et relatait avec détail la part de la police allemande dans Tune des plus grandes grèves de Belgique, celle de Charleroi.

Une polémique entre le duc d'Ursel et moi, en ce qui concerne la Belgique, polémique extrêmement courtoise, m*a laissé le dernier mot à propos de documents qui prouvaient l'impuissance du ministère belge à se dépêtrer de l'emprise de M. de Bismarck sur les affaires intérieures de la Belgique, le ministère se courbant sous cette emprise. En Suisse, au contraire, il trouvait des résistances indéracinables.

Une publication venue à point pour ajoutera l'indignation que causent lep procédés policiers bismarckiens est celle de l'un des agents de M. Kruger, directeur de la police de Berlin, Max

Traùtnet4

Ce Trautner raconte la longue et savante trame ourdie par la police allemande de Berlin, — lisez police bismarckienne, ~ pour s'emparer du mallieureux ouvrier, le célèbre anarchiste John Neve, et sa remise illégale aux autorités allemandes, le 2\ février 1889, à Liège, La longue et savante trame ourdie par la police allemande pour s'emparer du n^all^6iirei|x ouvrier est un G^^iç^x tissu de petites malpropretés qui révoltèreut jttsqu'4 ^ QQagi^i^AQ^ 4^ Tra\^tn9r, laijueUe deva|t fttf^

i40 l'heure vengeresse

pourtant bien élastique. Il y' aurait de la naïveté à demander à l'Allemagne policière 'une honnêteté même relative dans sa conduite. Il n'en est pas moins révoltant ^de voir que son unique procédé, en fa:it de police, c'est l'achat des consciences. Ces petites sociétés anarchiVtèè comptent ainsi {Jtffi de traîtres que dé vrais frères. Dans chaque converrticule, il y a plusieurs agents provocateurs. John Neve, pour sa part, en avait au moins trois, ~ ses meilleurs amis naturellement, — attachés spécialement' à sa personne, et chargés de le noirëïr auprèà des anarchlMes véritables. Parmi eux se distingue surtout uki nommé iosbpli Penker, qui ^'efforce de faire pass'e/NèVe poiik» ùri agent provocateur et de se âUb^tituëi* à llii dans la direction du parti: (?ést à'là'%fg sîinpie' et origihàK Cé^ révélations^ '^ënarii après plui^teùts procès retentissàiVtà, achèVerbnt-ellès ' d*é'cljairfer î'o'j^inidn- èuropéetihe sur là'Valeùt de cel'^ouvantail de l'anarchie, que l'empire alleiiiàilA'^Àrt si'bîëh agîtfer en tfiiisaht fabriquer 'sUrorore des fcômplots* àri^afchîstes' paîr la pôlîcè 'k se^ gag^s?

Uattitùde de M.' dé Bismarck^ Vis-à-vis dé la Suisse et été dertainetnetit furie 'déâ çàùàës 'des trôWMes, des inquiétudes qui pèsen't à nitiveîalilsAr l'Europe depuis quelques semaiîïéî^; ^h Sëfat qtfe îà prédominance absolue de'HAIleTïië^héV'ktue^-àdh eésyrbtirè'internatiohâl dblvént Un JoliV otf rkfiti^e trrtter.cëux '^i le subissent depuis tarit ^Tan-

DES CRtMÊS ËISMAUC&IENS. 24i

Il sonne une heure où les faibles, ayant épuisé les ressources de leur soumission, perdent en un instant cette prudence à laquelle ils ont tout sacrifié et se livrent à quelque acte de dése&ipoir ; une heure où le tyran lui-même sent qu'il ne peut plus rien obtenir par l'adresse et veut imposer parla menace ses dernières exigences; cette heure, il semble, approche, et le trouble qui la précède a déjà pris possession de bien des esprits.

Partout, en Europe, les journaux à la solde de M. de Bismarck ou dévoués à sa politique tiennent en éveil par des nouvelles troublantes, selon le mot h la mode, la nervosité générale : (^ les temps sont proches, de grands événements se préparent », le moindre fait est un sujet d'appréhension, quQ ce soit, à Vienne, le discours du Trône, en &rlgarie, une audace de « Tomithologue », une noté nouvelle du chancelier li la Suisse, quelque impru*» dence de langage du comte de Waldersee, une supposition du commandant général de la Prusse orientale... L'imagination des peuples que M. de Bismarck maintient journellement affolée conclut sans cesse h une guerre prochaine.

Le chancelier d'Allemagne n'a cessé de désigner à l'Europe comme grande agitatrice h, Russie, le grand troublé-paix, quand, jusqu'aujourd'hui, elle a prouvé qu'elle était résolument pacifique. Il est vrai que son Tsar n'a cessé d'avoir les yeux ouvert» et que le recueillement de la Russie n'a jamais eu l'air d^une abdication.

342 l'.HEUR£ vengeresse

M. de Bi»marck essaie de faire croii*e que, lui, ne désire pas la guerre ; c'est là, dans la tradition de la politique prussienne» un fait qui semble indiquer de graves événements, car c'est toujours au moment où un Hohenzollern donnait sa parole qu'il ne voulait pas la guerre qu'il l'a faite. Il faut donc que, le nouvel empereur désirant la guerre, le chancelier feigne de s'accrocher désespérément à la paix.

En 1866, Guillaume I^ écrivait à l'archiduchesse Sophie qu'il ne consentirait jamais à déclarer la guerre à l'Autriche.

u, En 1870, le même Guillaume déclare ne vouloir la guerre à aucun prix et y être acculé par une insulte. C'est au tour de celui qui a fait jouer la comédie aux autres à la jouer lui-même. Donc le chancelier allemand veut la paix, la Russie veut la guerre, la France veut la guerre! Alexandre III et M. Garnot sont d'accord pour prouver au monde avant peu, le premier, qu'il est le plus grand pourfendeur de nations, et le second, le plus grand des agitateurs et des bravaches. On voit mieux, n'est-ce pas, quoi qu'en disent les feuilles allemandes^ autrichiennes et anglaises, M. de Bismarck sous ces deux aspects. L'hésitation de l'empereur Alexandre III à rendre à l'empereur Guillaume sa visite est, avec un accord touchant, dénoncée par les journaux reptiliens comme la preuve de résolutions suprêmes. Cette hésitation ne marquerait-elle pas

DES CRIMES BISMARCKIEMS. ^43

le peu de goût de l'empereur Alexandre pour la parade au profit des autres? La presse officielle et officieuse allemande commente les visites souveraines avec une si parfaite insolence, l'empereur Guillaume a une façon si singulière de recevoir ses cousins, que les préludes de cette visite peuvent blesser la haute dignité du souverain d'un grand empire résolu à ne pas faire acte de vasselage, comme l'empereur d'Autriche et le roi d'Italie.

Notons, en passant, à l'heure où l'on parle de guerre à ce point, les paroles de M. de Moltke, notre vainqueur en 70, l'allocution qu'il prononce à l'anniversaire de ses quatre-vingt-sept ans, et peu après l'affaire Schnaebelé :

« La prochaine guerre. Messieurs, sera surtout une guerre où la science stratégique, où le commandement aura la plus grande part. Nos campagnes et nos victoires ont instruit nos ennemis, qui ont, comme nous, le nombre, l'armement et le courage.

« Notre force sera dans la direction, dans le commandement : en un mot, dans le grand Étatmajor, auquel j'ai consacré les derniers jours de ma vie.

« Cette force, nos ennemis peuvent nous l'envier, mais ils ne la possèdent pas. »

18 Août 1889

A propos des articles sur la neutralité belge publiés par la Nouvelle Revue, — La France a un intérêt suprême à ce que TEspagne, la Suisse, la Belgique, soient neutres dails un conflit avec TAIlemagne, la neutralité de ritalie semblant devenir impossible. — Les Belges sont profondément attachés & leur neutralité.

L'article de M. de Maurel : « Neutralité belge et neutralité suisse » a complètement réalisé le but poursuivi par son auteur et par moi. Il nous a fourni la preuve incontestable, aussi bien par la violence de contradiction des uns que par l'approbation des autres, de la passion avec laquelle la Belgique est attachée à sa neutralité.

Or, notre ambition unique étant de prouver à la nation belge le danger que court cette neutralité, la question est aujourd'hui nettement posée, nous la comprenons ainsi.

La France a un intérêt suprême à ce que FËspagne, la Suisse, la Belgique, soient absolument neutres dans un conflit entre elle et l'Allemagne. Quant à la neutralité de l'Italie, elle est devenue, hélas I une impossibilité depuis que

M. de Bismarck, qui avait jeté de ses propres mains la pomme de discorde de Tunis saisie au vol par la France, a profité de l'irritation du roi Humbert pour lui faire signer un traité d'abord secret, puis approuvé par le Parlement de Rome, puis exalté par M. Crispis

Donc l'Espagne défend sa neutralité avec toute la fierté qu'on peut attendre du gouvernement qu'elle s'est donné.

Donc, le peuple suisse et son Grand Conseil viennent de prouver une fois de plus avec quelle énergie ils refusent de laisser entamer l'indépendance delà Confédération helvétique.

Il reste à entraver en Belgique la réalisation de hautes et basses œuvres de M. de Bismarck et c'est, je le répète, le but que nous poursuivons.

Pour atteindre ce but, qui me semble aujourd'hui plus facile depuis que j'ai constaté l'attachement sans réserve de la nation belge à sa neutralité, les articles de la, Nouvelle Revue doivent prendre le caractère de rapports diplomatiques au peuple belge.

16 Août J889

Encore les articles de la Nouvelle Revue sur la neutralité belge. — Politique de la Belgique depuis 1870. — Hésitations du roi Léopold à entrer dans les vues chères à M. de Bismarck. — Le peuple belge ne ratifierait pas les engagements pris par la couronne, si elle en avait pris. — La grande revue navale de Spithead. — L'Angleterre entrera-t-elle dans Talliance allemande; elle n'y a nul intérêt.

La hâte des publications a fait prendre aux écrits de M. de Maurel un ton agressif pour la personne du roi Léopold, ton que plusieurs de mes amis belges lui ont reproché, trouvant qu'il était blessant pour le loyalisme de la nation.

En continuant ses articles, et par les raisons que j'indique précédemment, je sais que M. de Maurel compte restituer à ses publications le caractère dans lequel il avait premièrement conçu leur ensemble. Il commencera dans le numéro du 1*' septembre, à l'aide de la série complète de ses documents, la genèse de la politique suivie par la couronne belge depuis la défaite de la

l'heure VENGERESSET des crimes BISMARCKIENS. i47

France, qui, il faut bien en convenir, créait une situation nouvelle à examiner, à débattre, mais imposait d'autant plus de la résoudre dans le sens des vœux du peuple belge et d'une neutralité jalouse.

M. de Maurel aura Toccasion de constater les hésitations du roi Léopold, hésitations qui peuvent être considérées comme une espérance de l'avenir, lorsque le peuple belge, en connaissance complète de sa situation diplomatique et dynastique vis-à-vis de l'Allemagne, aura manifesté son irrévocable résolution de ne pas lui être livré.

Entre l'Espagne et la Suisse, où peuple et gouvernement résistent crânement, selon une expression souvent employée par la presse, aux entre^ prises dominatrices de l'Allemagne; entre le gouvernement du roi Humbert abandonné à la volonté bismarckienne et, sinon approuvé, du moins absous par son peuple, il y a une situation intermédiaire, celle du peuple belge qui n'a pas ratifié les engagements pris par la couronne.

Si les libéraux, dont tous sont fermement dévoués au principe de la neutralité, arrivaient au pouvoir, ils pourraient ou obliger le roi h se dégager des griffes de l'Allemagne ou l'y aider, selon l'expression qui plaira le mieux aux patriotes belges.

Il y a, vous le savez, cher lecteur, dans la politique internationale, d'étranges contradictions;

Page 1