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DES CRIMES BI8MARCKIBNS

M. de Bismarck triomphe encore par la mort do priiice héritier d'Autriche. Déjà il trouvait en lin tin insoumis, avant peu il eût trouvé un adversaire. Le grand chancelier d'Allemagne, dont rininlitié est mortelle en pensée et en action, est de nouveau délivré d'un ennemi. La liste est si longue des morts « bismarckiennes » qu'elle se clora d'elle-même avant peu, le combat cessant faute de combattants : Skobeleff, Aksakof, Katkof, Chanzy, Miribel, Louis de Bavière, Frédéric III, Rodolphe de Habsbourg... moi. Fourmi, je l'ai vue passer deux fois à ma portée.

1« mars ^889

Essai de gouvernement personnel de l'empereur Guillaume.

II y a eu bouderie entre Guillaume II, empereur d'Allemagne et M. de Bismarck, Régent.

Mais le chancelier, s'il a repris son influence, reconquis tout son prestige sur Tesprit de son souverain, cette influence et ce prestige sont en baisse au dehors, à la grande joie de ceux qui, depuis quinze ans, le dénoncent comme une sorte d'antéchrist moderne, poussant les peuples à la haine et les rois à la ruine de leurs royaumes; et qui, sans pitié, sans générosité, sans grandeur, par le mensonge et par la force, poursuit le but final de l'extermination des races au profit d'une seule.

L'empereur d'Allemagne a fait son essai de politique personnelle, mais en voyant que le ministère prussien devenait instable, tout comme un ministère français, il s'est rapproché du chancelier de fer. M. de Schelling, ministre de la Justice, le ministre des Finances, M. de Scbolz, le

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ministre Bôttecher n'ont pas fait grande figure, il est vrai, sous l'inspiration personnelle de l'empereur. Pour diriger les affaires de la Prusse dominatrice en Allemagne, il faut ou des hommes de valeur ou une direction supérieure. Or, durant l'absence, ou plutôt durant la bouderie de M. de Bismarck, laissant l'empereur faire son école, l'expérience a été médiocre.

La leçon paraît avoir porté ses fruits. Le jeune souverain s'est enrégimenté à nouveau dans la politique opportuniste de son chancelier. L'essai de détachement, de résistance n'a pas été long. Les vieux conservateurs, s'ils restent les amis personnels de Guillaume II, ne sont plus les représentants de la politique, redevenue la politique bismarckienne.

16 mars 1889

L'empereur allemand songe à la possession de la mer et veut augmenter la flotte.

M. de Bismarck subit non sans quelque inquiétude le renforcement de la flotte. Guillaume II entend que la marine militaire allemande, de même que l'armée allemande est la première du monde, devienne la première marine de l'Europe. Il ne manquerait plus à la Prusse, après avoir provoqué k outrance l'émulation pour l'augmentation des armées de terre, que de recevoir le choc en retour des émulations pour l'augmentation des armées de mer.

Le fils d'un empereur qui n'avait d'admiration que pour les œuvres pacifiques est toujours prêt, lui, à se passionner pour les œuvres de guerre sous les formes les plus multiples. Il songe à tailler à son frère Henri un empire sur les plaines liquides dans la crainte qu'il ne convoite quelque parcelle de terre allemande.

La marine militaire se réorganise donc selon

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les désirs de l'empereur pour se développer, M. de Bismarck y consent, quoique avec des réserves, mais il faut bien occuper l'activité fébrile de Guillaume II.

AvrU 1889

Suppression de la Volks ZeitunÇf journal démocrate. — Lois réactionnaires contre les socialistes et contre tous ceux qui critiquent le gouYernement et la famille impériale. — Voyage du comte Herbert de Bismarck à Londres. — Une alliance avec l'Allemagne serait funeste à TAngleterre. — Conduite des agents allemands à Samoa contre les Anglais. — L'empereur Alexandre m est un grand homme d'État dont le génie bienfaisant s'oppose au génie malfaisant de M. de Bismarck. — M. de Giers, son ministre, gravite dans l'orbite de la politique allemande. — La police prussienne fomente en Suisse des attentats contre le Tsar.

La suppression de la Volks Zeitung^ Journal démocrate, supprimé par simple mesure de police, que M. Richter a qualifiée A*abtis de pouvoir y rentre dans le système des Joies que M. de Bismarck procure à l'affection filiale de Guillaume II. La Volks Zeitung est cette même feuille que Frédéric III lisait assidûment, et de laquelle il écrivait dans son journal : « La Volks Zeitung y comme toujours, met dans le mille. »

Ni le chancelier ni son auguste élève ne pouvaient laisser vivre une feuille qui avait mé-

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rite un tel compliment de Tempereur défunt.

M. Richter a dit au Reichstag : « L'ère de la réaction est ouverte. » La loi qui doit être votée visera non seulement les socialistes, mais tous ceux qui se permettront une critique sur les faits et gestes delà famille impériale, qui réclameront le droit entier de la liberté de réunion, qui discuteront sous une forme quelconque les bienfaits de la politique des, HohenzoUern. Aucune « idée subversive » ne sera tolérée en Allemagne.

Guillaume II, en échange de ces mesures d'un autre âge, promet à son peuple une industrie aussi florissante qu'avant la guerre de Trente ans. Il semble à cet esprit idolâtre du passé que le retour en arrière puisse seul abriter les nations modernes contre les dangers du progrès.

Gomment mettre d'accord cette ténacité dans le recul du jeune souverain Qt $a passion, des engins de guerre les plus nouveaux sur terre et sur mer? La contradiction est le moindre, des soucis de Guillaume II, il la provoque, la sème, la cultive et bientôt la récoltera partout. Notons encorQ, que Guillaume II déclare à ses intimes que tout est, sinon à refaire, du moins entièrement à remanier dans le système de défense et d'attaque de TAUemagne et que son idée fixa est de supprimer un à un tous, les généraux qui ont plus d'un demisiècle.

A noter que la famille des HohenzoUern a coûté pour sa défense 9 milliards 450 millions. .

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Les conservateurs, dont toute cette réaction pourrait servir les idées, sont écartés par M. de Bismarck.

Le bilan de la politique du chancelier au dehors n'est guère brillant ni en Serbie, ni en Bulgarie, ni en Hongrie, ni en Italie, ni même en Angleterre quoi qu'on dise, ni en Amérique, ni en Afrique.

A force de voir des choses inattendues, le public européen en soupçonne partout. C'est ainsi que le voyage de M. de Bismarck k Londres pendant quatre ou cinq jours servit de prétexte aux nouvellistes et aux cercles politiques pour ergoter sur la possibilité d'une quadruple alliance. Les ennemis ou les rivaux de l'Angleterre ne pourraient que souhaiter à lord Salisbury un aveuglement assez complet pour faire entrer son pays dans l'orbite de la politique allemande.

Que M. de Bismarck ait proposé une alliance offensive ou défensive contre la Russie, cela n'est point douteux, mais qu'un seul Anglais, dans la politique ou dans le négoce, parmi les bourgeois ou chez le peuple des campagnes et des villes, ait songé qu'en un tel cas, « proposition peut être tentation », on ne me le fera jamais croire.

Il suffit de lire le Livre Bleu, pour voir quelle audace il a fallu à M. de Bismarck pour déclarer le 26 janvier dernier que l'Allemagne et l'Angleterre « marchaient la main dans la main » à Samoa, au moment où les agents allemands qui s'y trouvaient traitaient les Anglais en

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prisonniers de guerre. Nous avons la preuve que lord Salisbury jugeait fort sévèrement les violences allemandes et la publication du Livre Blanc à Berlin prouve que le premier ministre de la reine Victoria était autorisé à ce blâme puisque M. de Bismarck lui-même constate officiellement que son consul, M. Knappe, appliquait k Samoa l'état de guerre à des citoyens anglais.

Enfin il a surgi en face du chancelier d'Allemagne un grand homme d'État, génie bienfaisant contre un génie malfaisant, qui a relevé le drapeau de la justice, du droit, et qui a dit au mensonge, à la turpitude, à la trahison : « Je vous surveille »; & la tyrannie, à la morgue dominatrice : (( C'est assez I )> L'empereur Alexandre, s'il est accessible à un grand orgueil, doit être satisfait. Il a pour ennemis violents, d'un bout à l'autre de l'Europe, tous les journalistes décidés à ne pas reconnaître — et souvent payés pour cela — d'autre supériorité que celle de M. de Bismarck. Leur acharnement prouve, plus encore que notre admiration , combien le Tsar grandit et inquiète l'homme qui prétend être seul l'arbitre des destins du monde.

Si les actes de la politique d'Alexandre III, incontestablement personnels, n'ont pas provoqué en Europe toute l'admiration qu'ils méritent par la puissance et par la prévoyance de leur conception, c'est à M. de Giers qu'en revient la responsabilité

M. de Giers a pris de longue date T habitude de graviter dans Torbite de la politique allemande. Son désir est de prouver à tout prix que c'est lui qui dirige la politique de la Russie, prétention habilement stimulée par M. de Bismarck.

En France la logique oblige nos gouvernants à considérer comme un danger perpétuel, comme une menace constante, tout ce qui émane de M. de Giers et de ses agents les plus dévoués. .

M. de Bismarck, qui aime à rendre visible la trace de sa griffe sur Tépaule de ses esclaves, qui a marqué à son chiffre les Andrassy, les Kalnoky, les Crispi, les Salisbury, s'est plu aux fioritures du tatouage avec M. de Giers. Nul n'ignore en Europe que M. de Bismarck le veut ainsi et que M. de Giers a les faveurs particulières de la Wilhelmstrasse.

M. de Giers sait-il par son ministre de Suisse que plusieurs attentats contre le Tsar ont été perpétrés par la police allemande? Il lui suffirait, pour en acquérir la preuve, de demander au gouvernement de la Confédération helvétique communication de l'enquête sur les socialistes, des lettres de M. Kruger, conseiller de police de Berlio» à ^Gs agepts en Suisse, en particulier celle adressée h l'agent Haupt, chargé de s'attirer par la flatterie la confiance des Polonais et de leur fournir du travail, dans laquelle on lit ceci que je livrfî aux médij,ations de M. de Giers : « Le prochain attentat contre Tempereur Alexandre doit

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