JULIETTE ADAM
DES
GRIMES BISMARCKIENS
Janvier 1880
La carrière de M. de Bismarck. — Il entre au Ministère en 1862. — 11 organise l'armée. — Premières manifestations de son procédé politique. — Sa fourberie envers le Danemark, envers la Russie, envers l'Autriche. — Après Sadowa, Bismarck désavoue l'Italie. — 11 enlève à l'Autriche ses alliés, les Etats confédérés, et leur impose l'organisation militaire prussienne. — La question du Luxembourg. — Bismarck travaille à isoler la France. — Dépêche du Tsar au roi de Prusse en 1870 : Comptez sur moi. — L'Italie dont l'armée est désorganisée ne peut nous aider. — La France vaincue, Bismarck emploie nos milliards à préparer d'autres guerres. — Voyage de Guillaume !«' et de Bismarck à Saint-Pétersbourg. — François-Joseph y vient avec le comte Andrassy. — « On ne saura que l'Allemagne fait la guerre à la France que quand on entendra le canon en Champagne y), dit M. de Bismarck. — Guerre russo-turque, paix de San Stefano. — Congrès de Berlin. M. de Bismarck renie ses promesses à la Russie. — Visite de M. de Bismarck à l'exposition de Vienne en 1873. — (n II
est le fo^o\f€tir de la dyna^tU », dit Hinplra^trioe d'Allemagne. — Alliance avec ^Autriche. — Conception d'une Allemagne s'étendant jusqu'aux quatre mers.
Il y avait autrefois un art de gouverner les hommes. Il n'y a plus aujourd'hui a^vec M. de Bismarck qu'un procédé pour les conduire.
L'homme fatal poursuit son œuvre de guerre par des moyens toujours identiques, toujours trompeurs et, chose incroyable, provoquant les mêmes surprises et rencontrant les mêmes crédulités...
Après ses boutades de Francfort, son servilisme à Saint-Pétersbourg, ses méchants propos sur Paris, M. de Bismarck est appelé au Ministère en 1862.
Tout d'abord, avec son amour exclusif de la guerre, il s'occupe passionnément de l'organisation de l'armée. Et en même temps qu'il prépare ses forces militaires, il fait l'épreiiva de son procédé de politique extérieure qui se résumera toujours par ce mot : la Fourberie. Il encourage secrètement l'insurrection polonaise tandis qu'il fait un traité avec la Russie pour l'épraser.
Puis il conclut une alliance g.vec l'Autriche pour broyer le pauvre Danemark. Nouvelle traîtrise, il pousse i^n allié à prendre possession du Lauenbourg, et, après un souper à Gastein, pardessous la table il propose à l'ex-président de la Confédération germanique, le ppmte de Reichberg, l'achat de Lauenbourg povfr 80Q0Û0 thalers, jouant son ancien supérieur à Francfort, désho-
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noraat l'Autriche et prouvant aux petits États que la maison de Habsbourg peut les spolier pour de l'argent. Bon tour dont il se vante avec cynisme I
Après ces essais, il mûrit son plan de bataille contre son alliée de la veille. 11 a depuis longtemps préparé la France en se montrant à elle sous r^pparence d'un faux infirme. La pauvre Prusse difforme, c'est son mot, demande seule« ment à se redresser, il lui faut la ligne du Mein. La bonne France peut prendre la Belgique, ce foyer de démagogie ; le Luxembourg qui n'a aucune raison d'être; elle doit rétablir sa limite naturelle à Sarrebruck. L'Italie réclame la Vénétie, M. de Bismarck lui promet de l'appuyer dapi^ses revendications...
La France était engagée, en cas d'alliance de l'Italie et de la Prusse contre l'Autriche, à ne pas défaire son propre ouvrage. Le seul danger pour le fourbe était que la France réussit par ses bons conseils à Vienne à obtenir la cession de la Vénétie contre des compensations pécuniaires ou autres. Il fallait agir à la cour d'Autriche contre cette possibilité un instant menaçante. M. de Bismarck fit écrire par les bons parents de Prusse à la mère de l'empereur François-Joseph, à la grandeduchesse Sophie, à plusieurs autres princes et princesses de la Cour qu'on ne ferait pas la guerre. L'Autriche, alors tranquille, ne voulut pas céder. La grande-duohesse Sophie est morte
i8 l'heure vengeresse
avant d'avoir pardonné à la Cour de Prusse ce procédé bismarckien, digne de Machiavel ou de Frédéric le Grand.
La Hongrie attendait depuis i849 le moment où elle revendiquerait ses libertés. La fourberie de M. de Bismarck savait jouer des insurrections. Citons son inoubliable dépêche au comte Usedom quand le général La Marmora tardait trop à son gré à organiser le soulèvement hongrois.
Bismarck à Usedom, i3 juillet 1866 : « Insister énergiquement pour qu'on se mette en relations avec le Comité hongrois; le refus de La Marmora nous donne quelques soupçons contre l'Italie et les services qu'elle pourrait rendre pendantla guerre. Nous voulons ouvrir les hostilités dans le courant de la semaine prochaine. Nous sommes frappés des hésitations inexplicables de l'Italie pour une alliance avec la Hongrie. Nos anxiétés sous ce rapport seraient multipliées si l'Italie voulait s'engager dans une guerre stérile dans le quadrilatère. »
. L'armée prussienne bat l'Autriche à Sadowa. Le jour même la Prusse somme l'Italie, sa complice la veille dans le projet d'insurrection hongroise, de se tenir en paix chez elle, sans quoi elle la laisse seule aux prises avec l'Autriche.
Avant que l'Autriche foudroyée se secoue et se souvienne de ses petits alliés, les États confédérés, M. de Bismarck leur prouve qu'elle les a oubliés; il exige d'eux qu'ils fassent alliance avec