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la Prusse, sous peine d'être écrasés par l'armée victorieuse et, lorsque T Autriche se souvient et réclame, M. de Bismarck répond : « Vous me parlez d'alliés I Ce ne sont plus les vôtres I Ce sont les miens I )>
Aussitôt, à ces alliés, il enjoint de forger euxmêmes des armes pour se combattre. Tous reçoivent Tordre impératif de se soumettre à l'organisation militaire prussienne, sous le commandement des officiers prussiens, obligés qu'ils sont de subir non une conquête, mais une fourberie, et plus vaincus par une alliance que l'Autriche ne l'a été par une défaite.
1867 vient d'étonner l'Europe avec la question du Luxembourg et faire comprendre à la France ce qu'est dans l'esprit de M. de Bismarck la formule d'ordinaire si simple : Promettre et tenir I Loyalement, honnêtement pour tout le monde, c'est une seule et même chose. Pour l'homme
fatal, pour le fourbe, ce sont deux choses différentes.
La force militaire des petits Etats annexés ou confédérés croissant de jour en jour, M. de Bismarck voulut resserrer leur union par la haine et la perspective d'une guerre contre la France. Qu'importaient au fourbe ses engagements I ^
Fidèle k son procédé unique, il commença son travail d'isolement de la France, comme il avait fait pour l'Autriche, par les mêmes moyens, ne négligeant pas non plus les troubles intérieurs.
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Nous en avons eu la preuve nous-mêmes aveè les séparatistes de Nice, par la propagande des socialistes de Saxe, parles encouragements donnés aux internationalistes de France et à ceux de Tltaiie. Chez nos voisins, il entretenait l'agitation contre nous, dans le parti d'action, irrité alors contre la France, à propos de Rome et du Trentin.
 la Russie, il conseillait de prendre en Orient des terres comme il avait conseillé à l'Autriche d'en prendre dans la guerre du Schleswig, conseillé à l'Italie d'en prendre en Vénétie, conseillé à la France d'en prendre en Belgique et dans le Luxembourg.
La guerre de 70 éclate comme une bombe sur la France, guerre acceptée follement avec 300000 hommes contre un million de soldats allemands. L'Autriche voit les troupes russes se masser à sa frontière pour la surveiller. La dépêche du Tsar au roi de Prusse : « Comptez sur moi », proclame hautement l'alliance de laRusi^ie et de la Prusse.
Les Italiens sont entretenus dans l'irritation. Malgré le désir incontestable de Victor Emmanuel de venir au secours de la France \ l'Italie est impuissante et ne peut nous secourir à causé de la désorganisation de son armée, réduite à la plus stricte économie par le ministère Lanza qui en a même vendu les chevaux.
1. J'ai conté dans mes Mémoires comment notre am( Nino Bitio m*èû Aoanà li. preuve.
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La France vaincue malgré son héroïsme, parce qtie l'homme fatal a voulu qu'elle fût seule au dehors et trahie au dedans, voilà cfe que fut, pour nous et pour nos vainqueurs, 1871. La fortune de la Prusse est à son comble, Tempire est fait : argent, terres, gloire, tout abonde à Berlin. M. de Bismarck va-t-il jouir en paix du fruit de ses machinations? L'homme de guerre emploie aussitôt l'aient de la paix k la préparation d'autres guerres. A peine gorgé, il songe à la misère future et prépare une autre promenade lucrative à Paris.
' Il va en Russie et reste avec son empereur deux semaines à Saint-Pétersbourg. Il renouvelle les promesses de Potsdam, il y ajoute. Et bientôt après Andrassy, féal serviteur de M. de Bismarck, vient avec François-Joseph à Saint-Pétersbourg. M. de Bismarck a su faire comprendre aux Cours de Russie et d'Autriche que, pour résoudre la question d'Orient, une entente est nécessaire entre les Iroife empereurs, trompant ainsi d'une part le prince Gortschakoff et l'empereur Alexandre et, d'autre part, le comte Andrassy et l'empereur François-Joseph.
Mais au premier indice d'une attaque contre la France, Uil vieux diplomate déjà soupçonneux, sinon éclairé, le prince Gortschakoff, avertit l'Europe et, avec l'Autriche, avec l'Angleterre, coupables comme la Russie d'avoir laissé grandir en Europe la dictature prussienne, tous déclarent à
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M. de Bismarck que c'est assez, peut-être trop!
L'homme fourbe, voyant ses calculs déjoués, s'emporte, s'écrie qu'une autre fois on ne saura qu'il fait la guerre à la France que quand on entendra le canon en Champagne et il ajoute, en parlant de l'Autriche et de la Russie : « Ah I vous vous mêlez de mes affaires, eh bien I je vais vous donner de l'ouvrage. »
La question d'Orient, latente jusque là, surgit tout à coup. Le Comité slave, instrument inconscient de l'ennemi et qui se croit mû par son patriotisme, oblige l'Empereur à faire la guerre. L'armée russe en pleine réorganisation est jetée sans ordre à la frontière et subit un échec devant la bravoure de l'armée turque en Asie et en Europe.
Des lamentations hypocrites sont envoyées p^y* dépêche de Berlin à Saint-Pétersbourg après chaque défaite; des félicitations pompeuses après chaque victoire. M. de Bismarck crie haut que, si l'on touche à la Russie, il en sera le gendarme.
L'armée russe bat l'armée turque et se présente devant Constantinople. Nous apprenons la paix de San Stefano.
Les articles du traité ne contenaient pas la moitié des promesses faites à Saint-Pétersbourg par Méphistophélès-Bismarck : on l'a dit et nous le croyons.
Mais voici que la scène change. Le gendarme se retire dans sa guérite : il en sort agneau timide,
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bêlant que toute l'Europe est contre la Uussie, qu'il faut la calmer par un congrès à Berlin : l'Italie comme toutes les autres nations, attirée par des promesses secrètes, y vient joyeuse et le ministre Zanardelli confiant en M. de Bismarck crie au comte Corti en pleine gare de Rome :
« Souviens-toi que le Trentin est à nous I » Bismarck à cette nouvelle s'écrie ; « 11 est possible que je leur aie promis le Trentin, mais ils l'auront ou ne l'auront pas, suivant mes besoins. »
Le congrès de Berlin est une dernière lueur d'espoir pour la Russie, qui croit que l'alliée envers qui elle a tenu tous ses engagements n'a pas de son côté oublié ses promesses.
Le trompeur en a bien ri.
Mais après ce procédé ceux-là mêmes qui étaiemt aveuglés en Russie ont eu les yeux dessillés à tout jamais. Il n'y avait plus pour Bismarck lui-même, malgré l'audace de ses ruses, l'espoir de reprendre le prince Gortschakofl* à quelque glu. C'est alors qu'il fallut se tourner complètement vers la bonne Autriche et Ton s'y est tourné quoique cela ne semblât pas facile après les fourberies de
En 1873, quand M. de Bismarck vint à l'exposition de Vienne avec son empereur, il se sentit plus curieusement regardé que tendrement accueilli par la population. L'Impératrice s'était enfuie pour ne pas recevoir l'empereur d'Allemagne et il avait fallu la surprendre pour ainsi
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(lire à sa résidence d'Ischl pour qu'elle consentit h le voir.
Les femmes en Autriche ont plus de divination que les hommes, ce qui arrive quelquefois ailleurs. Marie-Thérèse, au moment du partage de la Pologne, refusa d'abord de signer, répétant : « Impossible que du roi de Prusse vienne quelque chose de bon pour l'Autriche. » La grande-duchesse Sophie ne pardonnait pas 1866.
En Prusse même, une femme, l'Impératrice, eut un jour l'intuition de l'avenir, lorsque parlant de l'homme qui a usé et abusé de tous les gouvernements, do toutes les nations, de tous les partis, elle disait : « Il est le fossoyeur de la dynastie. »
Quel spectre rouge a évoqué M. de Bismarck à Salzbourg? La Russie qui, pour faire diversion au nihilisme, cherchera un dérivatif extérieur en soulevant en Autriche vingt millions de Slaves, l'Italie irrédentiste toujours prête quand M. de Bismarck veut l'agiter, la France « lancée sur la pente du jacobinisme » et où notre cruel ennemi possède tant d'éléments de désordre conscients ou inconscients. Tout cela certainement dans les mains de l'habile escamoteur prit assez de consistance pour faire voir à un politique ou naïf ou soumis comme le comte Andrassy qu'il n'y a de possibilité d'union européenne qu'entre l'Autriche, jetée hors de la Confédération germanique et l'Allemagne, cariatide admirable dont les ro-
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bustesr épaules soutiennent ^équilibre du monde entier.
Alors il a été facile, T Autriche-Hongrie persuadée, abusée, de reprendre pour elle l'ancien traité conclu avec la Russie et de faire avec ce vieux cliché de nouvelles conventions que M. de Bismarck paiera avec la seule monnaie qu'il ait jamais à la main et à la poche : l'ingratitude.
Mais l'ingratitude a son danger. Tôt ou tard les griefs oubliés, les outrages dévorés en apparence surgissent dans la mémoire des peuples, l'expérience de l'Autriche en 1866, l'expérience de la Russie plus récente leur prouvent que le prince-chancelier, en les poussant à la guerre, sait qu'il a tout à gagner h la victoire de l'un des deux peuples et qu'il n'a rien à perdre ni dans leur défaite, ni dans la ruine de tous deux.
L'Europe n'a-t-elle pas enfin assez travaillé pour le roi de Prusse? Comprend-elle ce qu'a voulu, ce que veut M. de Bismarck? Les armements de l'Allemagne, l'augmentation de l'effectif qu'elle exige de ses alliés, son emportement lorsque ses adversaires se fortifient, tout cela ne prouve-t-il pas surabondamment h ceux qui ont la passion de la paix qu'il n'y a qu'un danger de guerre européenne : l'Allemagne, et qu'un danger de troubles intérieurs pour l'Italie, la Russie, la France : les procédés de M. de Bismarck?
En tout cas nous croyons avoir démontré qu'une alliance avec l'Allemagne est toujours
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une duperie, que le prince-chancelier usera, sans scrupules, sans remords de tromper, de tous les moyens pour réaliser une conception fantastique : l'Allemagne entre quatre mers : celle du Nord, la Baltique, la mer Noire et l'Adriatique,
Mars 1881
Le rêve du chancelier : Une monarchie de soldats. — Théorie de M. de Moltke sur la guerre. « JamaU, dit-il, V Allemagne n'a déclaré la guerre, »
Deux personnages donnent leur avis au commencement de 1881 : M. de Moltke prêche la sainteté de la guerre ; le maréchal de Manteuffel la beauté des annexions, les ressorts de Tunité germanique fondée sur le militarisme. Cette unité se perpétue par la haine de Tennemi héréditaire et l'orgueil de la conquête commune, incessamment remise sous les yeux des confédérés, voilà donc le ressort.
Elle aboutira, si l'histoire prête vie à M. de Bismarck, au rêve collectiviste d'une monarchie de soldats et d'armée sans parlement, sans liberté, sans initiative, caserne phalanstérienne sous la garde d'une aristocratie jalouse et d'une famille souveraine belliqueuse, tel sera l'aspect de la grande Allemagne.
M. de Moltke écrit à M. Bluntschli :
<( La paix perpétuelle est un rêve et ce n'est pas un beau rêve. La guerre est un élément de la vie du monde établi par Dieu. Les plus nobles vertus
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des hommes s'y développent : le courage et le renoncement, la fidélité au devoir, Tesprit de sacrifice. Le soldat donne sa vie. Sans la guerre, le monde croupirait et se perdrait dans le matérialisme. » Dans cette lettre il demande le moyen d'anéantir rapidement les forces et les ressources de l'adversaire. Il déclare légitime l'extermination d'une population non organisée qui défend son foyer contre l'étranger. Comme développement à cette théorie implacable, la Semaine militaire de Berlin affirme, avec un étalage de science barbare, l'utilité de l'esprit d'offensive; elle ppône l'escrime à la baïonnette comme moyen certain d*exciter l'amour de la lutte, du sang.
Dans une lettre à M. GoubareflF, M. de Moltke dit : « Je vous prie de lire l'histoire de notre siècle, jamais l'Allemagne n'a déclaré la guerre. » Pour M. de Moltke, l'Allemagne n'existant que depuis le couronnement de l'empereur Guillaume, comment explique- t-il l'invasion du Danemark? Quant à la guerre de 10, c'a été le triomphe de M. de Bismarck de nous provoquer en nous présentant comme les agresseurs.
Septembre 1883
L'Allemagae n*a jamais désarmé, ni cessé de nous craindre. — Nous ne lui fournirons pas le prétexte de nous attaquer.
L'article menaçant de la Gazette de l'Allemagne du Nord ne nous a pas surpris. Nous suivoilfi la politique de M. de Bismarck avec assez de persévérance pour être exempts d'illusion comme de panique. L'Allemagne n'a jamais désarme; elle n'a pas non plus cessé de nous craindre. Chaque fois qu'elle médite une grande combinaison européenne, elle se retourne avec inquiétude du côté de l'Ouest et lance d^s provocations, elle essaie de mesurer notre relèvement, résolue à la guerre sans être pressée de la déclarer... Nous n'avons plus la naïveté de croire a l'apaisement des haines allemandes, mais nous savons mieux la valeur de certaines calomnies... Cette fois la menace a pour but de masquer une grande opération diplomatique dont l'objectif est la péninsule des Balkans.
Les plus violentes agressions de la presse allemande dans cette dernière quinzaine ont été réservées à la France.
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L'œuvre entreprise par le chancelier en Europe, SOUS couvert de compléter Tunité de Tempire germanique, est la plus troublante et la plus dissolvante qu'homme d'État ait jamais tentée. Détourner les nations de leurs voies naturelles; paralyser les progrès de la liberté; maintenir tout un continent en armes dans la perplexité constante de guerres imminentes, c'est un jeu que pouvait se permettre jadis un souverain toutpuissant aux heures de lassitude ou de faible&se des peuples. Il devient dangereux aujourd'hui que les peuples, forts de leurs droits, sont moins enclins à la patience. Trop d'intérêts essentiels, historiques, légitimes, sont lésés par cette domination h outrance pour que la révolte ne jaillisse pas enfin du cœur des opprimés.
M. de Bismarck est trop perspicace pour ne pas voir le changement qui s'est fait dans les esprits et celui plus important qui se prépare. C'est pour cela sans doute qu'il rêve de brusquer le dénouement, mais il s'est trompé s'il a cherché dans une imprudence de la France le prétexte d'une solution violente h défaut de la solution ' pacifique que sa diplomatie n'a pu lui fournir. La provocation de la Gazelle de f Allemagne du Nord 9. laissé la France indifférente. Mal renseigné sans doute, M. de Bismarck croyait à l'immobilité des événements et jugeait Tannée 1883 d'après 1873.
Novembre 1884
Rapprochement de M. Jules Ferry et de M. de Bismarck. — M. de Courcel est l'instrument de cet accord. — La conférence du Congo et nos premiers sacrifices à l'Allemagne. — L'immigration allemande en Alsace- Lorraine.
Le rapprochement de M. Jules Ferry et de M. de Bismarck offre un douloureux sujet de comparaison avec la campagne électorale des candidats de la protestation en Alsace-Lorraine. Tandis que le vénérable M. Dollfus, à Mulhouse, toujours fidèle à ses sentiments, à ses vœux, à ses espérances, depuis quatorze années; tandis que M. Kablé, à Strasbourg, se prononcent nettement contre tout compromis, c'est de Paris, par-dessus les provinces annexées, que vient la réconciliation avec l'Allemagne.
M. de Courcel, instrument immédiat de cet accord, est Thomme de confiance du chancelier, plutôt qu'un ambassadeur de France. Séduit par les caresses de M. de Bismarck, qui grandit à volonté ses adversaires décontenancés et leur facilite le rôle de renégat en leur exagérant leur
importance, il se flatte d'inaugurer une grande politique, peut-être de marquer une ère nouvelle. Son zèle se déploie gratuitement, car c'est encore une des habiletés de M. de Bismarck de savoir se faire rendre par les hommes ambitieux et médiocres tous les services qu'il attend de leur condescendance.
La conférence du Congo est un prétexte pour démontrer l'étendue de l'amitié qui unit laFralice et l'Allemagne, dont la guerre de 1870 devait rendre l'alliance impossible. Les petits sacrifices auxquels notre gouvernement consentira au détriment de la mission de Brazza ne sont pas l'objet des préoccupations principales de M. de Bismarck; mais ils ont le mérite d'attester notre docilité. L'Empire met sa griffe sur le domaine de la République, et celle-ci lui répond par un cadeau de joyeux avènement.
Il est douteux que M. Jules Ferry devine toute la portée des négociations qu'il a entaméeiB. Son espoir empirique, incapable de prévoir à longue échéance, se contente d'avantages personnels et pratiques. Certain que le pays ne saurjait se passer de sa dictature, associant avec une fatuité naïve les destinées nationales au souci de sa perpétuité, il a pris des arrangements pour être le candidat préféré de l'Allemagne, lorsque la présidence de la République deviendra vacante. Il est évident que M. de Bismarck servira avec empressement la politique intérieure de l'homme qui a mQné