‹ L'heure vengeresse des crimes bismarckiensChapitre 8 sur 13 · DES GRIMES BISMARCK IEN · texte numérisé non relu

DES GRIMES BISMARCK IEN

à sa veuve pour être déposées sur sa tombe ^ qu'elle a pieusement sauvées de la destruction.

Couronnes des Basses-Pyrénées, des Landes, de 1« Presse française, de TAllier, du Lot-et- Garonne, de la Somme, de la Corrèse, de la Dordogne, du Lot, de TAveyron, de l'Alsaee-Lorraine, de Moscou, de la colonie française d'Odessa V

M. de Bismarck et sa politique ont, cette semaine, accaparé l'attention de l'Europe sur tant de points qu'il me faut procéder avec méthode, commencer par le commencement et parler de la grande colère du chancelier h la nouvelle de l'arrêt de non-lieu rendu par la Haute-Gour de Leipzig dans l'affaire GefiFken.

« Je finirai par une grosse bêtise », a dit un jour M. de Bismarck. Cette fin, avec son coté proverbial, eût pu avoir encore un certain air pour un homme d'esprit, mais le chancelier d'Allemagne finira par bien plus qu'une grosse bêtise, il finira par des vilenies et il a déjà commencé.

Est-il rien de plus révoltant pour le simple bon goût, à défaut de noblesse de cœur, que ces piétinements sur un cadavre, que ces corps à corps avec une ombre, que cet acharnement à détruire dans l'âme d'un peuple le culte d'un mort?

De même que M. de Bismarck voulait à tout

ti. Je le répète^! je dirai, sans qu'on puisse m'&pposer un démenti, le genre d'assassinat de Ratkof choisi par M. de Bismarck.

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prix que fut constaté, reconnu, établi, que le fils de son Empereur était cancéreux, qu'il devait mourir d'un cancer, — le plus tôt possible, — de même il veut à cette heure que Frédéric III ait été un lépreux au moral, fils répudié, patriote criminel, souverain ayant à tel point le mépris de ses sujets et la h&te du pouvoir qu'il fit, sur une syncope de Guillaume I*^ rédiger, par le fou Geflken, des proclamations au peuple allemand.

Cette accusation de folie jetée à un homme sage, modéré, conscient de son devoir envers une amitié auguste, restera l'un des crimes les plus vils du chancelier.

Que M« de Bismarck, ennemi du Kronprinz, haïssant Frédéric III, n'ait pas autrefois senti qu'en poussant à la cautérisation à outrance de l'impérial malade, ne sente pas aujourd'hui qu'en soulevant chaque jour la pierre d'une tombe pour y jeter l'insulte, il a fait jaillir la pitié de toutes les âmes, qu'il révolte la conscience universelle et sanctifie un martyr, cela peut à la rigueur se comprendre sinon s'admettre, étant donné la figure brutale pour laquelle pose le chancelier et son mépris du respect humain.

Mais que M. de Bismarck, après avoir excité un fils contre son père mourant, après avoir encouragé ses convoitises proches du crime, oblige ce fils, peut-être repentant, à condamner tous les actes de son père, à persécuter les amis qui sont restés fidèles è^ sa mémoire, en vérité, c'est braver le ciel!

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Comment le chancelier pourra-t-il exiger maintenant que le peuple prussien honore en Guillaume II celui qui refuse d'honorer son propre père? Gomment M. de Bismarck attendra-t-il de rAllemagne qu'elle se dévoue et se sacrifie à la gloire d'une famille quand un membre de cette famille flétrit lui-même l'honneur dont il a reçu par héritage la garde suprême?

On s'imaginait en Prusse que Guillaume II prenait enfin souci du nom de Hohenzollern lorsque cessèrent les poursuites contre M. de Geffken et que Vami de son père fut remis en liberté. A ce moment, l'oubli ne pouvait plus s'imposer, mais l.e silence pouvait encore se faire. L'amour d'un peuple, pour un souverain devenu légendaire en quelques mois, eût été la garantie de ce pieux silence. Bientôt, il n'eût plus été question de M. de Gefîken en Allemagne et l'Europe affairée ne s'en fût plus souvenue.

Mais M. de Bismarck parait et Guillaume II, s'il s'est rappelé un instant qu'il est le fils de Frédéric III, ne se rappelle plus qu'une chose : c'est qu'il est le premier sujet de son chancelier.

Celui-ci, avec son entêtement, hier superbe, aujourd'hui aveugle, quitte Friedrichsruhe et vient ressaisir le dossier jugé insuffisant par une haute cour allemande pour condamner un ennemi de l'esprit bismarckien. Ce dossier, le chancelier le rouvre, le livre au monde entier pièce à piècç ;

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acte d'accusation, lettres de M. de Geffken et de M. de Roggenbach, etc., etc.

En vain, la Gazette Âe la Croix gémit'-eile sur les atteintes que subissent les traditions de respect de la maison de HohenzoUern à voir la monarchie s'abaisser jusqu'à faire appel d'un arrêt de non-lieu rendu par Tautorité judiciaire compétente; en vain, la National Zeitung, blâmant l'analyse cyniquement tronquée faite par la Gazette de Cologne des lettres de M. de Roggenbach et de M. de Geffken, lettres qui n'ont pu être communiquées à ladite Gazette que par la Wilhelmstrasse, conclut-elle que « ceux qui s'amusent h donner à des cancans politiques l'apparence de documents historiques, ne contribuent pas pour leur part à élever le niveau des mœurs politiques en Allemagne )>. Rien n'arrête M. de Bismarck, ni la lassitude des indifférents, ni le dégoût des adversaires, ni l'indignation des amis de Frédéric III.

Non seulement il* crie à l'univers son blâme des décisions du tribunal d'Empire, dont la prévoyance et la sagesse sont plus appréciables encore après la publication du rapport de M. de Bismarck à Guillaume II sur l'ordonnance de non-lieu dans ^affai]^e Geffken, mais il accule un honnête homme, le ministre de la Juâtioe, M. Friedberg, entre sa démission et deux lâchetés : une association à son blâme contre la hautecour de Leipzig et la présentation au Reicfastag

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d'une loi rendant impossible un nouvel arrêt de non-lien dans un cas semblable à TafTaire Geffken. M. Friedberg inflige à M. de Bismarck une leçon de moralité en choisissant sa retraite.

M. de Bismarck se « moque des pédants )>, mais il s'affole. Un jour il fait couvrir de venin dans ses feuilles reptiliennes une fois de plus la mémoire de Frédéric III; un autre jour il fait publier, par sa dévouée Gazette de r Allemagne du Nord, une lettre banale de l'Empereur défunt datée du 25 mars 1888 et dont il se glorifie comme d'un brevet de capacité ; or, cette lettre ressemble à tous les certificats qu'on donne, lorsque l'occasion s'en présente, h un serviteur dont on n'a pas eu encore l'occasion de se débarrasser.

D'ailleurs il ne s'agit dans cette lettre que de services rendus par M. de Bismarck h l'armée, ce qui est un fait connu et incontesté.

De l'acte d'accusation de M. de Gefifken dicté par M. de Bismarck, il ne résulte d'une part que ceci : que MM. de Geffken, de Rogenbach et sir Robert Morier étaient tous trois les amis sincères de Frédéric III, qu'ils étaient liés entre eux, qu'ils étaient les confidents politiques de l'Empereur défunt et détestaient M* de Bismarck, lequel- n'a jamais, qu'on sache, montré au Kronprinz l'un de ces dévouements qu'il est souverainement injuste de méconnaître.

De la publication du fameux Tagebuch dans les Rundschau, il était d'autre part résulté cela, que

M. de Bismarck est un homme surfait, qu'il n a pas pris à la fondation de l'empire d'Allemagne la part qu'il s'attribue, ce que l'avenir et les documents secrets nous prouveront mieux encore.

Donc le chancelier a perdu par la publication des Mémoires de Frédéric III une partie de son prestige. Par ses révélations, par ses rapports, par ses accusations, par ses poursuites il n'a brisé ni M. de Geffken, ni M. de Roggenbach, ni sir Robert Morier. Tous trois demeurant les fidèles amis de l'empereur défunt', sont plus autorisés que jamais h le défendre, plus encouragés à l'aimer, plus excusables de haïr M. de Bismarck.

Les colères de l'ennemi mortel de Frédéric III n'ont servi qu'à prouver l'authenticité du Togehuchf h en souligner l'importance, à en faire reprendre la reproduction, à en commenter l'influence.

Une fois de plus le mort s'est dressé devant son meurtrier, il l'a blessé à son tour. Insaisissable, il frappe. Invisible, il égare. Impalpable, il vaincra...

M. de Bismarck aurait dû s'en tenir à déshonorer, h supprimer ses ennemis vivants et laisser en paix ses ennemis morts; il devrait se contenter de réduire les peuples de l'Europe en esclavage.

Février 1889

Mort de l'archiduc héritier d'Autriche. — Le prince Rodolphe ne s'est pas tué par amour. — Il a probablement été assassiné. — Les lettres qu'on a publiées annonçant sa résolution de se tuer sont fausses. — Portrait de l'archiduc Rodolphe. — « Guillaume et moi nous ne nous aimons plus^ et nos politiques commencent à ne plus s'aimer », écrivait l'archiduc peu avant sa mort. — Les événements qui suivirent provoquent la conclusion. — La mort de l'archiduc est un triomphe pour M. de Bismarck.

Un événement tragique a jeté dans la douleur la plus sincère et la plus profonde les peuples de la monarchie austro-hongroise. Cet événement est la mort du prince héritier de la couronne des Habsbourg. Je ne pus croire à son suicide^ et je dirai plus tard comment il eût fallu s'y prendre pour amener la conviction sur ce fait. Mais quel qu'ait été l'accident occasionnel de la mort du prince Rodolphe, un homme de sa valeur n'abandonne pas la vie et ne disparaît pas de ce monde sans qu'on ait le droit de s'interroger sur les causes qui ont provoqué cette disparition ou cet aba,ndon.

Je n'hésite pas à dire que la politique y a sa part, la politique extérieure. Et pour que le plus chrétien des monarques ait à peine hésité, malgré ses scrupules religieux, h laisser affirmer que son fils, que l'héritier du trône s était suicidé par amour, il faut que la vérité sur cette mort, si elle était connue, risque de compromettre un bien plus précieux encore que le sentiment religieux, que rhonneur d'un nom : qu'elle compromette enfin la politique d'un Empire. La part que le père, que le chef de famille a faite au souverain dans ces derniers jours, nulle autre que l'impériale conscience de François-Joseph ne saurait la mesurer.

Le suicide de l'archiduc Rodolphe a provoqué des explications si nombreuses qu'elles ont, en se succédant, détruit l'apparence de réalité que chacune d'elles semble contenir, et fait mieux ressortir les contradictions de toutes. Pourquoi un tel prince se serait-il suicidé? Son caractère où la belle humeur viennoise, où l'enthousiasme dominaient, exclut tout d'abord l'idée préméditée du suicide. Ses mœurs de grand seigneur, quelque peu légères, le nombre même et la diversité des passions auxquelles on' attribue une influence funeste i sur ses réisolutions suprêmes donfiteat un dépoiènti flagrant aux informations offidenses et prounreiit que leé galanteries R^ence de la grande vie de l'archiduc n'ontjpu suffire à lui inspirer le goût d'une mort d'étudiant de

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première année. L'aventure. A..., la double aventure W..., l'aventure S.*., l'aventure princière G..., par leur multiplic^é, sont la preuve com,plète qu'aucune n'est vraie.. Ce dont je suis cc3rtaine c'est que, -s'il y. a eu tentation, perdition, trahison et même guet^apens, une princesse W. . . , autre que celle qu'on a désignée, et suppôt de M. de Bismarck',' y a pris part. L'assassinat du prince héritier d'Autriche reste donc probable. Une ou plusieurs femmes ont pu y être mêlées comme instruments et non comme cause. Quant au suicide, s'il a eu lieu, l'amour a. pu en être, avecle dégoût de la vie, un des motifs, mais non le principal et le déterminant.

Ce n'est pas k lettre ridicule et banale à M. Soegyenyi, publiée par Jokai, Tami dévoué de M. Tisza, ami dévoué lui-même de M. de Bismarck, qui peut influencer l'opinion publique et L'obliger. à croire au suicide du prin<5e Rodolphe» Gomment le brillant auteur du lijvre, que l'Antriche*Hongrie a dévoré et que l'Europe admire, comment le prince exceptionnellement instruit, brillant, spirituel, l'être délicat et vibrant, dont la phrase était à la fois large et sobre, 1-imagc élevée, comment ce prince écrivant sa dernière lettre à son ami se serait-il servi de cette exprès^ sien sèche et bourgeoise- : <c Je dois quitter la vie, faisan part à nos amis et connaissances » ; n'est-on pas tenté d'ajouter : ainsi qu'à leurs daipes, pour que le comble y soit I •

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La lettre de l'archiduc au duc de Bragance est aussi vulgaire, aussi idiote que la lettre Soegyenyi ; qu'on en juge : u II faut que je meure, je ne peux pas faire. autrement, porte-toi bien. »

Tout cela prouve qu'après s'être résigné à tenir secret l'assassinat ou le duel du prince Rodolphe, on permet, on accepte qu'il soit ridiculisé par ses soi-disant amis et déshonoré par les officieux.

On fait du prince Rodolphe un malade, un fantasque, un fou, jusqu'à un assassin qui tue une femme par derrière ; une sorte de Ghambige princier, de l'homme qui, plus élégant que jamais de sa personne, va l'avant-veille au bal, s'informe des nouvelles du jour, félicite avec bonne grâce la maîtresse de la maison sur sa fête, salue son frère avec un affectueux respect, après une scène violente, affirme-t^n, ce qui prouve à quel point il pouvait être maitre de soi, écrit à l'un de ses amis qu'après un peu de paresse, il va se mettre au travail, donne un rendez- vous à huit jours de jdate au professeur KoUer et témoigne de la plus simple et de la plus parfaite liberté d'esprit.

Quoi qu'on ait pu dire et écrire sur la mort du prince Rodolphe, sur son « accès de folie, » il restera intact dans le souvenir de son peuple, comme le type d'un prince accompli, penseur remarquable, politique libéral et sage, orgueilleux de son nom et désireux de lui rendre sa gloire et sa

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prééminence. C'est là peut-être plus qu'ailleurs qu'est le secret de sa mort. Il rêvajt une Autriche se ressaisissant, se fortifiant, se reprenant enfin. 5^ais s'il avait la passion de l'Autriche impériale, il aimait d'un amour égal toutes les nationalités de la couronne, parlant leur langue, goûtant ieu)r littérature, se laissant charmer par la poésie de leurs légendes.

Militaire, dans la piesure d'un haut patriotisme et non par l'h^bftude de la caserne, cavalier superbe, intrépîdjB, homme courageux, brave, loyal, ami sûr, causeur exquis^ dont le doux regard bleu, lorsqu'on l'avait croisé, laissait dans l'esprit le souvenir d'yne lumière et d'un attrait, tel fut et tel restera pour l'histoire Rodolphe de Habsbourg.

L'archiduc s'intéressait de plus en plus à la France ; il écrivait il y a quelques semaines h ce même duc de Braga^pe, auquel on lui a fait écrire : « Je meurs, parce que je ne puis pas faire autrement », il écrivait, 4^Sf'je, cette jolie phrase : «Guillaume et moi^ noUjS ne nous aimons plus et nos politiques commencent à ne plus s'aimer. » Voilà qui ressemble mieuif au prince Rodolphe.

S^ le jeune archiduc subissait la Triple Alliance comme une conséquence de la défaite de Sado\ya, trop humblement acceptée par la diplomatiç autrichienne, il entendait ne pas se courber ^ans réveil de fierté sous l'insolence prussienne. Nul plus que lui ne souffrait du ton protecteur de

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la presse allemande vis-k-vis de rAutriche; les injonctions de la Wilhelmstrasse. Les hauteurs dédaigneuses de M. de Bismarck, le révoltaient et Ton sait à Vienne et à Pest que plus d'un parmi ses intimes a vu des larmeâ de colère et le rouge de l'indignation lui monter au front quand les feuilles bismarckiénnes répétaient à l'envi « que l'Autriche n'est rien et ne peut rien sans l' Allemagne »,

Ah I si l'on me montrait quelques billets fiers et désespérés de Rodolphe de Habsbourg, quelque cri de douleur sur l'abaissement de l'Autriche, sur l'impuissance de ses jeunes et nobles ardeurs à relever la politique extérieure de l'empire, livrée aux mains d'unTisza, germanisant h outrance; ah I si dans sa dernière lettre h François-Joseph, il lui avait dit : « Je meurs pour ne pas être tenté de vous blâmer, mon père. Vous savez quel jugement je porte sur la conduite de Guillaume vis-k-vis des siens, mais je ne veux pas non plus assister à votre suicide politique, à l'émiettement de l'Autriche. Je meurs du mal de ma patrie adorée, de ce que les Habsbourg sont sans orgueil et parce que j'ai peur de voir un jour votre nom sans honneur. )>

Quelque billet semblable m'eût fait croire au suicide du prince Rodolphe, car sa vie tout entière se fût résumée et jetée dans un tel cri. J'aurais cru alors que ce chevalier poète avait voulu la mort plus douce en la partageant avec une femme aimée ce jour-là.

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