LAVALETTE DIRECTEUR GÉNÉRAL DES POSTES FRANÇAISES
Cependant la guerre continuait avec l'Autriche ; le gouvernement français voulut avoir, à portée des événements, un homme capable de juger le moment favorable pour les négociations. Lavallette fut envoyé à Dresde muni des pouvoirs nécessaires pour traiter de la paix avec l'Autriche ; mais le général Moreau fut, à Hohenlinden, le véritable négociateur de la France ; la paix conclue, Lavallette revint à Paris.
oWWèo <>%m o <>M9%o o&Wo oSW&K I >$$Wo o%Mr* ot#fr**80fr* «>§*««• 7. — Lavallette directeur général des postes françaises. Les Cent jours.
Ici se termine la carrière militaire et diplomatique de Lavallette. Le premier consul, préoccupé de son règne, qui déjà commençait sous couleur républicaine, voulut s'associer, dans l'administration de la France, tous ceux de ses compagnons d'armes dont il avait éprouvé la fidélité, le zèle et le talent. Lavallette fut choisi des premiers. Nommé d'abord commissaire général aux postes, cette charge, à l'établissement de l'Empire, fut convertie en celle de directeur général, à laquelle Napoléon ajouta dans la suite les titres de comte, de conseiller d'état et de grand-officier de la légion d'honneur.
Lavallette se dévoua à sa place, son ambition se trouvait satisfaite. Aussi, lorsqu'en 1815 Napoléon lui proposa le ministère de l'intérieur, il préféra reprendre les fonctions qu'il avait remplies, dans les temps difficiles, avec tant de zèle et de succès. Il eut donc la tâche d'organiser le service des postes, à une époque où la France finissait au Rhin d'un côté, de l'autre s'étendait aux deux péninsules, et entretenait des armées dans toute l'Europe ; il fut, pour ainsi dire, le centre d'où devaient partir et circuler dans ce vaste empire le mouvement et la vie ; il maintint constamment, avec une louable ardeur, ces belles relations du soldat avec la patrie, cet échange
de gloire et d'enthousiasme entre l'armée et la cité. Sa position élevée le rendit maître des secrets de famille ; la politique n'osa lui faire une loi de les violer: « avec lui, comme l'a dit le général Sébastiani, l'épanchement et la franchise ne furent jamais un danger. »
Pendant douze ans, Lavallette conduisit son administration d'une main discrète et ferme, il porta aux discussions du conseil d'Etat les lumières d'un esprit juste et les inspirations d'une conscience droite, il brilla au cercle d'une cour élégante et polie; et, au déclin de tant de grandeurs, lorsque le sol commença à trembler autour du trône, il donna à l'Empereur les conseils d'une sage et respectueuse amitié.
Les événements de 1814 rendirent le comte Lavallette à la vie privée; il n'en sortit qu'au 20 mars de l'année suivante, après le retour de Napoléon dans la capitale. Sa reprise des affaires fut signalée par un acte de modération dont il donna vainement l'exemple à ses ennemis. Un employé supérieur de son administration vint officieusement lui présenter une liste de suspects : Lava'lette le laissa parler ; quand le dénonciateur eut fini: «Monsieur, lui dit-il, avez-vous quelquefois regardé en face la figure d'un honnête homme? » L'employé, interdit, balbutia quelques paroles embarrassées. « Eh bien 1 monsieur, apprenez à me connaître!» Il prit la liste, et la jeta au feu.
Lavallette fut appelé souvent auprès de l'Empereur pendant les Cent jours; il le vit au conseil et dans son intimité; l'Empereur était résolu à ne plus faire la guerre que pour défendre le territoire. L'esprit de liberté s'était fait jour jusqu'à lui ; sa table retentissait de protestations libérales qui l'embarrassaient; il dit une fois à Lavallette, dins le secret et l'amertume d'un entretien confidentiel : « Mais que
« veulent-ils ? la liberté de la presse ? J'en donnerai plus « qu'ils n'en voudront peut-être ! » La France fut envahie de nouveau. La fortune de l'empereur acheva d'expirer dans les champs de Waterloo.
C'est alors que commença pour le comte Lavallette une série de malheurs inouïs. Et c'est l'histoire de ce drame à jamais mémorable que l'infortunée victime va retracer ellemême dans les chapitres suivants. (1)
oto&o o&Ho oM&o o^o- o$m< I >H&go o#&êo o%t'&* oMHo t>Mtëo 8. — L'arrestation ; l'arrivée à la prison de la Préfecture.
Peu de jours après le départ de l'empereur pour Sainte- Hélène, je fus averti qu'une liste de proscrits, qu'on élevait au nombre de deux mille personnes, s'établissait par les soins de MM. de Talleyrand et Fouché, sous la direction des princes, et que Madame la duchesse d'Angoulême voulait bien y prendre une part active. Déjà beaucoup de personnes avaient pris la fuite. L'intrépide Thibaudeau, qui, peu de jours avant le retour du roi, avait protesté hautement contre son règne, à la chambre des pairs, s'appliquait à me mettre sous les yeux tout le danger de ma position. Le duc de Bassano, au moment de son départ, m'engageait à l'imiter promptement. Tout plein de cette pensée que ma conduite était à l'abri des reproches, je repoussais tous les efforts de l'amitié. La princesse de Vaudemont me pressait par mille instances de me mettre à couvert, du moins pendant quelque temps. « C'était l'opi-
(1) Les sommaires sont de l'éditeur. Quant au texte, on s'est permis parfois une retouche sans importance (correction, changement d'expression etc.); mais la pensée de l'écrivain n'a pas été altérée.
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nion de Fouché, » me disait-elle ; ... mais il me fallait un passeport, et il se gardait bien de m'en offrir. Le spectacle douloureux de ma femme souffrante me rendait l'idée de la fuite insupportable. Du fond d'une prison je pourrai veiller sur elle, me disais-je. Les préventions s'affaibliront, et toute la colère royale s'exhalera sans doute sur les absents. En examinant ma conduite sous toutes ses faces, je n'y voyais qu'une affaire de police correctionnelle, une condamnation de deux à cinq ans de prison pour m'être emparé des postes quelques heures avant l'arrivée de l'empereur. Familiarisé avec cet avenir, je m'obstinai à ne pas fuir, et je proposai à la princesse de Vaudemont de lui remettre une lettre adressée à M. de Talleyrand, président du ministère, dans laquelle je lui expliquerais ma conduite. Elle se chargea de la placer sous ses yeux. Dans cette lettre j'expliquais au ministère toute ma conduite depuis la Restauration, toutes mes démarches dans la journée du 20 mars, et je terminais par lui demander des juges.
Loin de me tourmenter pour mon compte, je me tourmentais sur le sort de mes amis. La comtesse de Souza, tante de Labédoyère, le sachant encore à Paris, me conjura d'aller le trouver, de le pousser hors des barrières par les épaules et de l'engager à se réfugier à l'armée de la Loire, d où il pourrait gagner les pays étrangers. J'allai donc à huit heures du matin chez Labédoyère. Il jouait avec son enfant, et sa femme était à côté de lui. Quand nous fûmes seuls, je me mis à le presser avec chaleur pour qu'il se sauvât (singulière préoccupation !). Je lui donnais les mêmes raisons, je lui faisais les mêmes instances je lui représentais les mêmes dangers dont mes amis me fatiguaient pour mon propre compte. Il m'écoutait en
souriant, en bâillant et en se retournant dans son lit. Il fallut abandonner cet entretien, pour s'occuper de la destinée de l'empereur et de celle de la France, qui l'intéressaient bien davantage. Nous avions déjà perdu près de trois heures à d'inutiles causeries, lorsque son valet de chambre vint lui annoncer que deux officiers prussiens, qui se présentaient avec des billets de logement, refusaient celui qu'on leur avait offert. A ce mot, Labédoyère s'élance comme un furieux et veut aller couper les oreilles à ces insolents. Ce ne fut qu'après des efforts inouïs que j'obtins de lui qu'il restât tranquille. Il ne partit que le soir, et il gagna les bords de la Loire ; je dirai plus loin comment il en est revenu.
Le 18 juillet, j'étais à table avec ma femme et M. de Méneval, lorsqu'un inspecteur de police vint me chercher pour parler à M. Decazes, préfet de police. En montant dans le fiacre, je me vis entouré de trois ou quatre mouchards, qui voulurent bien me servir de valets de pied en montant derrière, et en moins d'une demi-heure je me trouvai dans le greffe de la prison de la préfecture. Présenté au concierge qui faisait peu d'attention à moi, occupé qu'il était à assigner des logements à de nouveaux venus, je reconnus parmi eux un M. de P***, longtemps secrétaire du duc de Rovigo, et celui de tous dans lequel il paraissait avoir le plus de confiance. Il me parut si confus et si triste de me voir là que j'allai à lui, et déjà je lui exprimais de la compassion pour le malheur qu'il avait eu de passer dans le camp des légitimistes, quand tout à coup, se détournant de moi, mais me désignant de la main : « Conduisez monsieur au n° 17, » dit il à un porte-clefs ; et il disparut. Voilà un homme qui a bien lestement retourné son
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habit ! pensai-je ; et je suivis mon guide, un peu honteux de ma méprise. Celui-ci me fit entrer dans un sale galetas dont la fenêtre était placée dans le toit, à douze pieds de hauteur ; à moi permis de l'ouvrir à l'aide d'une barre de fer en crémaillère et si pesante que je fis de vains efforts pour la soulever d'un cran. Quand on entre en prison, la colère suit toujours le premier mouvement de surprise. Je commençai par lancer quelques interjections énergiques contre le maître du logis, qui n'avait pas daigné me faire entrer chez lui, quoiqu'il m'eût fait prier de venir lui parler. Je ne connaissais pas encore le code de politesse des préfets de police, mais en peu de temps je fis des progrès rapides dans cette science. Comme il n'y avait pas de sonnette, il fallut attendre trois heures avant de recevoir la visite du geôlier, qui m'apportait pour mon dîner un mauvais ragoût de prison. Je le questionnai sur mes voisins de l'étage supérieur. J'avais vu, par le trou de la serrure, des hommes chargés de bouteilles et de tout le menu d'un festin.
« Ce sont des prisonniers bien gais, lui dis-je.
— Ce sont les deux aides de camp du général Labédoyère.
— Comment ! est-il donc arrêté ?
— Je crois qu'oui.
Le lendemain ces officiers avaient été mis en liberté; et voici ce que j'appris plus tard. L'infortuné jeune homme, après la dissolution de l'armée de la Loire, s'était retiré dans les environs de Riom avec plusieurs de ses amis, et particulièrement le général Flahaut, son proche parent. Celui-ci, dont la tête était calme et chez qui la prudence s'unissait à un grand courage, avait vu d'un coup d'œil leur position dangereuse ; il était convaincu qu'il n'y avait plus rien à
faire ; qu'il ne restait plus qu'un parti, celui de franchir prcmptement la frontière. Labédoyère en paraissait aussi persuadé, mais rien ne lui put faire changer sa marche. Il voulait aller aux États-Unis, mais en passant par Paris pour y embrasser sa famille et se munir d'argent. Tous les efforts de l'amitié furent vains pour le dissuader. Il monta dans la diligence sous le nom d'un officier particulier, et trouva parmi ses compagnons deux misérables en uniforme, qui semblaient quitter l'armée de la Loire, et qui, à peine entrés à Paris, allèrent promptement le dénoncer. C'étaient les deux prisonniers qui mangeaient gaiement une partie de 'argent qu'on leur avait donné pour récompenser leur trahison.