‹ L'heureux fugitif, histoire de l'évasion du Comte de Lavallette, aide de camp de Napoléon 1er, racontée par lui-mêmeChapitre 9 sur 54 · CARRIÈRE MILITAIRE ET DIPLOMATIQUE DE LAVAI. LETTE · texte numérisé non relu

CARRIÈRE MILITAIRE ET DIPLOMATIQUE DE LAVAI. LETTE

une violente tempête à l'embouchure du Nil, il se rendit au Caire, et ne quitta plus le général en chef que deux fois, pour accompagner à Alexandrie le citoyen Beauchamp, au plus fort de la peste qui ravagea cette ville, et pour assister Andréossi dans sa reconnaissance de Péluse.

Lavallette, admis à l'intimité de Bonaparte, à ses entretiens et à ses plaisirs, son compagnon de table et son lecteur ordinaire (1), partageait aussi ses dangers (2); il combattit auprès de sa personne aux Pyramides, au Mont- Thabor ; il traversa le désert à Ses côtés ; il le suivit au siège meurtrier de Saint-Jean-d'Acre. Ce fut une époque mémorable de sa vie, et sur laquelle ses souvenirs se reportaient avec complaisance.

On avait entamé la courtine qui protégeait une vaste enceinte de la ville et le palais de Djezzar ; les grenadiers de Kjéber, ramenés dans les tranchées par une vigoureuse fusillade, demandaient à grands cris un nouvel assaut. Bonaparte hésitait : mais, pressé par ces braves, il donna le signal. Ce fut un spectacle grand et terrible 1 les grenadiers s'élancent sous une grêle de balles ; Kléber, au port de géant, à l'épaisse

(1) Bonaparte n'aimait pas les romans. Un soir pourtant il dit à Lavallette

« Voyons, monsieur l'enthousiaste, lisez moi cette histoire de Lalmeillerie ! > C'était au Caire et par une chaleur étouffante. Le lecteur, pour être à l'abri des insectes, se plaça sous la mousseline qui entourait le lit du général. Déjà couché, celui-ci s'agitait d impatience à mesure que la lecture avançait; enfin, il l'arrête : « C'est assez, Lavallette, voilà une passion par trop bavarde ! » et, préférant dormir, il le congédia. Souhaitons, en passant, à tous nos lecteurs de ne pas oublier le mépris que Napoléon professa toujours pour cette fade et dangereuse littérature.

(2) Bonaparte avait emmené huit aides de camp en Egypte; quatre y périrent Julitn et Sulkwosky assassinés par les Arabes, Croisier tué à Saint-Jean-d'Acre, Ouibert à Aboukir. Duroc et Eugène de Eeauharnais furent grièvement blessés. Lavallette fut à toutes les plus chaudes rencontres, et il échappa.

chevelure, s'était posté, l'épée à la main, sur un revers de fossé, et animait les assaillants : le bruit du canon, les cris d'enthousiasme et de rage de nos soldats, les hurlements des Turcs, se mêlaient aux éclats de sa voix tonnante. Cependant le général Bonaparte, debout dans la batterie de brèche, suivait ce mouvement avec sa lunette posée sur les fascines ; un boulet passa au-dessus de sa tête, et la commotion le renversa. Vainement Berthier l'engageait à quitter ce poste périlleux, il ne reçut pas de réponse ; au même instant une balle vint frapper à mort le jeune et malheureux Arrighi, placé entre le général en chef et Lavallette ; d'autres furent encore tués près de lui, sans qu'il fît un mouvement pour s'éloigner... Tout à coup la colonne des assiégeants s'arrête. Bonaparte se précipite en avant de la batterie ; il voit alors qu'à l'endroit où étaient parvenus les soldats, le fossé vomissait des flammes ; une mitraille épaisse sortait de terre et renversait quiconque osait approcher ; les troupes s'obstinaient pourtant avec une incroyable ardeur; Kléber furieux brandissait son épée ; mais le général en chef, jugeant l'obstacle insurmontable, d'un geste ordonna la retraite.

Ainsi finit le siège de Saint-Jean-d'Acre. Bonaparte ayant quitté la Syrie, et ajouté à son immortelle campagne le bulletin d'Aboukir, remit à Kléber le commandement de son armée, et saluant la Corse au passage, accueilli sur le rivage de France par l'enthousiasme des citoyens, conduit en triomphe jusqu'à Paris, d'un souffle il renversa le trône vermoulu des directeurs ; la France applaudit, surtout lorsque le jeune héros, porté sur le pavois consulaire par ses lieutenants, parut à ses yeux comme un arbitre et un sauveur. Lavallette avait suivi Bonaparte à son retour; il aida son général dans le coup de maia du 18 brumaire.

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