EXAMEN DU PLAN D'ÉVASION
dès le matin ; car sa présence à la porte de madame la duchesse d'Angoulême avait donné l'éveil partout. Le suisse arriva tout troublé, et parmi beaucoup de reproches, il lui dit :
« Vous m'exposez à perdre ma place. — Je vous ai fait illusion : vous n'êtes donc pas en faute. Je veux voir le ministre. S'il est sorti, je l'attendrai ; s'il est chez lui, je passerai la nuit dans cette salle ; on ne m'en fera sortir que par la violence. Allez le dire à votre maître. »
Que pouvait faire le ministre ? Il la fit entrer. Madame de Lavallette lui fit un exposé clair et rapide du procès, lui exprima avec force toute l'injustice de ma condamnation, et elle finit par implorer son appui auprès du roi. Le duc de Richelieu l'écoutait les yeux baissés, et il paraissait touché ; mais enfin il lui avoua que le roi lui avait ordonné de ne plus prononcer un mot sur cette affaire.
« Alors, Monsieur, sauvez-le vous-même.
— Madame, ce serait un crime.
— Ne pourriez-vous du moins lui présenter un nouveau mémoire en mon nom ? »
Le duc, saisissant avec empressement cette idée, lui répondit : « Je le veux bien. Envoyez-le-moi demain à huit heures, et je vous donne ma parole qu'il sera remis sans délai à Sa Majesté.
— Je suis allée, me dit ensuite Emilie, chez l'avocat pour ce mémoire. M. de Richelieu l'a reçu ce matin, il doit être maintenant dans les mains du roi. Cependant «on projet s'exécutera ce soir ; il ne serait plus temps demain, sans doute, puisque nous n'avons reçu aucune nouvelle du château. Je viendrai dîner avec vous. Conservez votre fermeté, nous en aurons besoin. Pour moi, je me sens du courage pour vingt-quatre heures ; pas pour un moment de plus, ajouta-
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elle ea soupirant, et je suis d'ailleurs exténuée de fatigue. » Elle avait raison de compter les heures. A peine était-elle sortie que le concierge entra, et me dit :
« Un des rédacteurs de la Quotidienne est venu me demander s'il était vrai que vous aviez fait venir quatre confesseurs, et s'il peut l'imprimer dans son journal.
— Quatre, c'est beaucoup ; et qu'avez-vous répondu ?
— La vérité. C'est que je n'en ai pas encore fait entrer un seul. » (Je vis bien que c'était un avertissement détourné).
— Il faut encore attendre un peu, repris-je ; tantôt je vous donnerai l'adresse d'un ecclésiastique ; toute la journée est encore à moi. »
Il ne me répondit n'en, et se retira en hochant la tête. Scènes déchirantes !
Bientôt après arriva M. de Carvoisin ; en entrant, il se jeta dans mes bras, et se mit à pleurer. Je le fis asseoir, je cherchai à le calmer; ma tranquillité le remit un peu. « Le curé de Saint-Sulpice sort de chez moi, me dit-il; il ne vous refusera pas ses secours spirituels, si vous l'exigez, puisque vous êtes son paroissien ; mais je vous demande grâce pour lui. Il a assisté le maréchal Ney à ses derniers moments, et il m'a avoué que cettescène lui a fait tant de mal qu'il ne se sentait pas la force d'en éprouver une seconde. Cependant il est prêt à venir si vous insistez.
— Remerciez-le, mon ami; j'ai un autre ecclésiastique en vue ; je le ferai venir ce soir. »
L'excellent homme voulait entrer dans quelques détails, mais n'en avait plus la force. Ma fille entra dans ce moment, accompagnée de la vieille tourière de l'Abbaye-aux-Bois. Joséphine pleurait en silence, la religieuse se lamentait : « Qu'ai-je fait à Dieu, pour être témoin de ces horreurs ? »