PRÉPARATIFS DE L'ÉVASION
Et ses soupirs, ses sanglots, et ses invocations sans fin commençaient à m'agacer. Je sentais que j'allais me fâcher comme une vieille femme, si je ne mettais pas promptement fia à cette scène. Je pris donc M. de Carvoisin à part:
« Embrassez-moi, lui dis-je, et retirez-vous sans bruit : votre douleur me fait mal. Adieu, ne m'oubliez pas. » Et je le conduisis doucement jusqu'à la porte.
J'aurais voulu garder ma fille plus longtemps, mais sa vue me déchirait le cœur. Je la pris sur mes genoux, sa tête s'abandonnait sur ma poitrine ; je voulais lui parler, mais les mots s'arrêtaient au passage, et il me fut impossible de prononcer quelques paroles de consolation. Enfin je la déposai sur une chaise, et je me mis à parcourir la chambre, cherchant en vain à respirer. Il fallut donc prendre encore mon parti avec elle. « Retourne au couvent, lui dis-je ; je te verrai demain, je te le promets ; mes affaires vont mieux qu'on ne croit. N'en dis rien à personne, mais sois sûre que je te verrai demain. » A peine fut-elle partie, que toute ma fermeté m'abandonna. Je fondis en larmes au dernier regard de mon enfant, et j'eus bien de la peine à reprendre courage ; mais enfin j'y parvins.