‹ L'heureux fugitif, histoire de l'évasion du Comte de Lavallette, aide de camp de Napoléon 1er, racontée par lui-mêmeChapitre 35 sur 54 · Préparatifs de l'évasion. — Curieux détails · texte numérisé non relu

Préparatifs de l'évasion. — Curieux détails

A cinq heures, Emilie arriva accompagnée de Joséphine, que je revis avec autant de surprise que de joie. « Je crois, me dit-elle, qu'il vaut mieux prendre notre enfant pour nous accompagner. Je lui ferai faire plus docilement ce que j'ai en tête. » Elle s'était couverte d'une robe de mérinos richement doublée en fourrures. Elle avait dans

son sac une jupe de taffetas noir. « Il n'en faut pas davantage, me dit-elle, pour vous déguiser parfaitement. » Alors elle envoya sa fille près de la fenêtre, et me dit à voix basse : « A sept heures sonnant, vous serez habillé : tout est bien préparé. Vous sortirez en donnant le bras à Joséphine ; vous aurez soin de marcher bien lentement, et en traversant la grande pièce du greffe, vous mettrez mes gants, et vous vous couvrirez le visage de mon mouchoir. J'avais pensé à prendre un voile, mais malheureusement je n'ai pas pris l'habitude d'en porter en venant ici : il n'y faut donc pas songer. Ayez bien soin, en passant sous les portes, qui sont si basses, de ne point accrocher les plumes du chapeau : car tout serait perdu. Je trouve toujours les geôliers dans le greffe, et le concierge a l'habitude de me donner la main jusqu'à la chaise à porteurs, qui est toujours placée près de la porte de sortie ; mais aujourd'hui elle sera dans la cour, au haut du grand escalier. Là vous serez rencontré peu de temps après par M. Baudus, qui vous conduira jusqu'au cabriolet, et vous indiquera votre cachette. Alors, à la grâce de Dieu, mon ami !.... Faites bien ce que je vous dis. Restez calme. Donnez-moi votre main, je veux vous tâter le pouls. Bien, dit-elle. Prenez la mienne maintenant : sentez-vous la plus légère émotion ?» Je me convainquis qu'elle avait une forte fièvre. « Surtout, ajouta-t-elle, point d'attendrissement : nous serions perdus. »

Je lui donnai cependant mon anneau de mariage, sous le prétexte que, si j'étais arrêté dans ma course à la frontière, il ne fallait rien conserver qui pût me faire reconnaître. Elle fit ensuite approcher sa fille.

« Écoutez bien, mon enfant, ce que je vais vous expliquer,

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