‹ L'heureux fugitif, histoire de l'évasion du Comte de Lavallette, aide de camp de Napoléon 1er, racontée par lui-mêmeChapitre 44 sur 54 · PROJETS DE FUITE, FORMÉS ET FORCÉMENT ABANDONNÉS · texte numérisé non relu

PROJETS DE FUITE, FORMÉS ET FORCÉMENT ABANDONNÉS

Mes aimables hôtes cherchaient à me tranquilliser; avec eux, point d'inquiétudes, point de danger : je pouvais rester, me disaient-ils, des mois entiers dans ma cachette, sans leur être un instant à charge ; quant à moi, je ne le pensais pas ainsi. M. Baudus, qui venait me voir de temps en temps, ne pouvait dissimuler que la police avait conservé toute son activité. On était ^ûr que je n'avais traversé la frontière ni du côté de Strasbourg, ni du côté de Metz. Le général Excelmans, proscrit et réfugié à Bruxelles, aussitôt qu'il avait lu l'histoire de mon évasion, avait écrit à sa femme, en confidence, qu'il venait de souper avec moi : l'anecdote courut avec adresse, mais la police ne s'y laissa pas prendre. C'était dans Paris que se continuaient les recherches. Mes amis étaient surveillés avec une ardeur qu'inspirait à tous les agents de la police l'espoir d'une riche récompense.

Il fallait donc fuir; mais par quel moyen? On me proposait de me rendre en secret jusqu'aux environs d'un port de mer, où des smogleurs se chargeraient de me conduire en Angleterre. Je repoussai ce moyen qui me parut extravagant. Il ne plaisait pas davantage à Baudus. Peu de jours après il vint me confier qu'un général russe voulait bien se charger de moi; mais, après quelques pourparlers, la peur d'être condamné à l'exil en Sibérie, si j'étais découvert, le fit reculer. Il fut question ensuite de me glisser dans un bataillon de Bavarois qui quittaient la France, en me confiant à l'officier qui le commandait et qui serait charmé sans doute de sauver le parent et l'ami du prince Eugène. Ce moyen me paraissait excellent. Je connaissais trop le roi de Bavière pour avoir à craindre que l'officier fût puni, et cet excellent prince, à qui j'en parlai quelques mois après, me dit avec émotion: «Je l'aurais attaché à ma personne, s'il avait pu

vous sauver. » Mais il fallut encore abandonner cette ressource. La police s'imagina que je pourrais en user, et cette troupe fut tellement surveillée, les officiers tellement circonvenus qu'il n'y eut plus moyen d'y penser.

i WM 1 1 MW i mn 1 1 Ml» » i WW i|i MW 1 1 MW 1 1 Wlt i iWW 1 1 NW i

Page 1