‹ L'heureux fugitif, histoire de l'évasion du Comte de Lavallette, aide de camp de Napoléon 1er, racontée par lui-mêmeChapitre 50 sur 54 · Echappé à tous les périls. — Wilson arrêté · texte numérisé non relu

Echappé à tous les périls. — Wilson arrêté

Nous arrivâmes à Mons vers trois heures après-midi, et nous descendîmes dans la meilleure auberge.

Je restai encore la nuit à Mons ; le lendemain je ne pus aller que jusqu'à Namur. Je voyageais sous le nom de colonel Lossack, chargé par le duc de Wellington d'une mission à Munich et à Vienne. J'avais acheté un mauvais cabriolet à Mons ; je n'avais point de domestique ; la saison était si rigoureuse et ma santé si faible, que je ne pouvais faire plus de vingt lieues par jour. L'inconvénient était grave de rester si longtemps sur les grandes routes.

J'arrivai cependant sans accident jusqu'à Worms. Je savais assez bien l'allemand pour me tirer d'affaire, et je courus aux journaux. Quelle fut ma consternation en lisant dans la Gazette que madame de Lavallette était restée à la Conciergerie, et que le général Wilson et ses deux amis avaient été arrêtés !

Le général avait emmené, dans notre course à Mons, un jeune domestique qui ne savait pas le français. A son retour, les espions qui me cherchaient remarquèrent, dans la cour de l'hôtel qu'il habitait, sa voiture couverte de boue. Ils questionnèrent la portière, qui leur raconta que le général arrivait d'un voyage qui n'avait duré que trois jours. La police se défiait de lui. Le petit domestique fut attiré par un de ces espions : on le pressa de questions, et il avoua que son maître était allé à Mons accompagné d'un officier aux gardes qui ne savait pas un mot d'anglais. Mon signalement donné par le jeune homme mit la police sur la voie ; mais il fallait des preuves. C'était ce domestique qui portait la correspondance du général à l'ambassade anglaise. On lui promit de l'argent s'il voulait d'abord apporter ses dépêches au préfet de police. Il n'y manqua pas. Celle qu'on ouvrit était adressée à lord Grey ; toute l'histoire de notre voyage y était racontée en détail. Muni de cette pièce, on arrêta les trois Anglais.

Cette lecture me mit au désespoir. Je pris la résolution d'aller en Russie demander à l'empereur Alexandre grâce pour ma femme et mes amis, et je courus à Manheim pour obtenir une lettre de la grande-duchesse de Bade, cousinegermaine de ma femme. Elle n'était pas dans cette ville, et ce que j'appris de mon hôte me fit sentir la nécessité de conserver le plus sévère incognito. Le grand-duc refusait tout passage aux proscrits qui venaient de France, moins par un sentiment de malveillance que par la crainte de se compromettre avec le gouvernement français. En quittant Minheim, j'écrivis cependant à la grande-duchesse, et je continuai ma route, en véritable étourdi, par le Wurtemberg ; car il s'en fallut de bien peu que je ne fusse arrêté à Stutt-

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