RENTRÉE EN FRANCE
de M. Forget, fils d'un propriétaire d'Auvergne, dont le nom était respecté depuis longtemps. Ce jeune homme avait été auditeur au conseil d'état ; je lui avais reconnu de la capacité et d'excellentes qualités de cœur ; je donnai mon consentement, et ma fille fut heureuse et estimée dans sa province.
Enfin, après six ans de proscription, les portes de la France me furent rouvertes. Avant mon départ j'obtins une audience du roi de Bavière ; il me serra dans ses bras avec émotion. « J'embrasse M. Cossar (c'est le nom que je portais en Allemagne), mais j'exige que M. Lavallette vienne me remercier avant deux ans ; je suis vieux, il ne faut pas tarder. » Ma situation politique en France était trop mauvaise, et la sévérité du gouvernement trop prononcée, pour que j'aie pu accomplir l'engagement que le roi avait bien voulu me faire prendre, et qui s'accordait si bien avec les vœux de mon cœur reconnaissant. La mort l'a enlevé à ses sujets qui l'adoraient, et qui n'oublieront jamais le « bon roi, » ainsi qu'ils l'appelaient.
Je laissai le prince Eugène, jeune encore, jouissant d'une santé florissante, dans la position la plus heureuse, aimé du roi comme s'il eût été son fils, entouré d'une famille nombreuse et charmante, comblé des biens de la fortune, et n'ayant plus rien à lui demander, puisque son nom brillait d'une gloire éclatante et sans tache.
En rentrant en France, il fallait faire entériner les lettres de grâce. Cette formalité, qui pouvait être blessante pour moi, fut remplie par les magistrats de Colmar avec une modération dont je serai toujours reconnaissant. M. Rossec, l'avocat générai, se contenta de dire : « Il a été condamné « pour un lait dont la gravité diminue chaque jour. » Je
vins à Paris, où je fixai mon séjour, vivant dans la solitude, fort oublié de la plupart de mes anciens amis, mais également de la police, qui pouvait jeter sur ma vie beaucoup d'ennui et de chagrin.
Enfin la santé de madame de Lavaliette se rétablit assez pour que je pusse la fixer près de moi. Une mélancolie profonde continua de la jeter souvent dans la préoccupation ; mais elle était restée douce, aimable et bonne. J'ai conservé mon indépendance, le premier des biens, sans pensions, sans traitement, sans indemnité, après une longue carrière consacrée à mon pays, mais faisant des vœux pour la liberté, et vivant avec les souvenirs d'une grande époque et d'un grand homme.
Table des Matières
là 6. — Lavallette depuis son enfance jusqu'à
l'époque de ses relations avec Napoléon . 7
6 à 8. — Lavallette aide de camp de Napoléon. . 25 8 à 25. — Arrestation de Lavallette, sa captivité, sa
condamnation à mort 34
25 à 34. — L'évasion et ses suites 85
34 à 40. — Départ de Lavallette pour l'étranger. —
L'exil 110