‹ L'heureux fugitif, histoire de l'évasion du Comte de Lavallette, aide de camp de Napoléon 1er, racontée par lui-mêmeChapitre 8 sur 54 · CARRIÈRE MILITAIRE ET DIPLOMATIQUE DE LAVALLETTE · texte numérisé non relu

CARRIÈRE MILITAIRE ET DIPLOMATIQUE DE LAVALLETTE

Regnault, beuglant une cantate patriotique sur la musique de Méhul. Quinze jours après cette fête scandaleuse, des milliers de familles proscrites dans leurs chefs, quarantehuit départements veufs de leurs représentants, et quarante journalistes obligés d'aller boire les eaux de l'Elbe, de Sinnamary et de l'Ohio ! Il est curieux de rechercher ce qu'étaient à cette époque la république et la liberté. »

Lavallette n'avait aucun pouvoir pour s'opposer à ces violences ; il protesta cependant, en refusant à Barras l'argent que Bonaparte avait promis sur les fonds de l'armée d'Italie ; ce qui excita la fureur du Directoire et la brutale colère d'Augereau. Mais s'il n'empêcha pas le 18 fructidor, il contribua à former le jugement du général en chef sur ce coup d'état frappé par un pouvoir violent et faible, oppresseur et méprisé, qui n'avait pas eu le courage d'être juste. Dès ce moment, le Directoire fut condamné dans l'esprit de Bonaparte ; il vit bien que l'avenir échappait à la débile constitution de l'an m, et de ce jour, avant même que la paix de Campo-Formio fût signée, son génie à longue vue lui inspira le projet de la campagne d'Egypte.

Échappé aux menaces du Directoire, Lavallette vint retrouver le général en chef au château de Passeriano. Bonaparte ne laissa pas languir son zèle. Quelques jours après, Lavallette, l'écharpe au bras, le sabre à la main, entrait dans la ville de Gênes, coupable d'insultes envers des Français. Les portes du sénat s'ouvraient devant lui, et là, au milieu des patriciens consternés et frémissant de colère, lui, la main levée et la voix haute, exigeait une réparation et le désaveu de l'influence anglaise.

Après la paix de Carnpo-Forrnio, Bonaparte traversa la Suisse pour se rendre à Rastadt ; Lavallette fut de ce

voyage triomphal, pendant lequel les peuples accoururent sur le passage du jeune vainqueur de l'Italie. Le général ne séjourna pas longtemps à Rastadt ; fatigué des lenteurs de la diplomatie allemande, il quitta cette ville après y avoir laissé Lavallette chargé de ses pouvoirs secrets, et dans la position la plus délicate entre les défiances des plénipotentiaires du Directoire qui le détestait, et les politesses des ministres d'Allemagne qui caressaient en sa personne le nom et l'influence de Bonaparte.

Quelques nuis après, il fut rappelé. Ce fut alors que Bonaparte, n'osant demander à Barras une récompense pour Lavallette, lui fit épouser une pieuse et noble jeune fille de la maison Beauharnais, nièce de sa femme, et dont le père avait émigré. C'est ainsi que sa bienveillance préparait à son ami une providence pour l'avenir, et alliait un nom plébéien au futur éclat de sa dynastie.

A peine marié, il fallut partir. Bonaparte transportait sa fortune en Egypte, pour ne point la commettre dans les intrigues mesquines de l'intérieur. A ses côtés, dans sa confiance, nous retrouvons encore Lavallette avec son dévouement de soldat, sa franche gaieté, son goût d'études solitaires sous la tente, son enthousiasme de poète pour cette expédition lointaine et aventureuse. Après la capitulation de Malte, il reçut mission d'accompagner jusqu'au fond de l'Adriatique le grand maître et son état-major ; au retour il visita les forteresses de Corfou ; il devait aussi porter des assurances pacifiques au p^cha de Janina ; mais ce dernier se battait alors sur les bords du Danube. Arrivé devant Aboukir, Lavallette vit l'infortuné Brueyx? embossé dans la rade, qui se préparait à une bataille et déjà chantait victoire; il partit la veille du désastre, et après avoir essuyé

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