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notre temps est moins religieuse que politique; elle fait partit) de ce système de réaction universelle qui nous emporte. »
Membre de l'académie française, M. Royer-Collard y pronor.çait, le 13 novembre 1827, son discours de réception, dans lequel on remarque ces belles et sages paroles :
« Les affaires ne sont pas seulement des intérêts à débattre: ce sont encore, ce sont surtout des droits à établir et à défendre.
<i Heureux Thomme public, si vous avez daigné distinguer se> paroles et les associer à la gloire des letl^l Malheureux, s'il s'est proposé d'en obtenir cette récompense, car ses pensées sonl trop graves, ses devoirs trop sacrés pour admettre le partage entre le soin de bien faire et celui de bien dire I »
On sent là, ou nous nous trompons, un langage qui n'est le langage d'aucun autre, et que personne n'aurait pu- parier comme lui. Dans les paroles de M. Royer-Collard on ne rencontre jamais ni la Révolution, ni l'Empire, ni nos triomphes, ni nos revers. Il laisse à d'autres ces moyens d'émouvoir les masses; chez lui, c'est la raison cherchant à se satisfaire ellemême ; c'est l'éloquence de la chaire, moins ses prestiges.
Nul n'excellait, comme M. Royer-Collard, à exprimer ce qu'il voulait dire , en quelques mots trouvés. Cette faculté d'abstraire, qui avait été la constante étude de sa vie , le trompait cependant quelquefois. A force de monter, il ne voyait plus audessous de lui. L'imagination revêt plus d'une forme; les philosophes en sont dupes comme les poètes, et ce n'est pas pour rien que M. de Rémusat le compare à Mallebranche.
Ajoutons que c'est ce culte de l'idée, môme poussé à l'excès, qui honore la mémoire de M. Royer-Collard, dans un siècle comme le nôtre, livré avec tant d'âpreté à la recherche des biens positifs, où un mal pareil ne menace pas de devenir contagieux. Il est bon que , de loin en loin , quelques nobles esprits montrent à la société sa route, dans la crainte qu'elle ne s'égare. On aura beau faire ; les sociétés ne se contentent pas à si bon marché qu'on ponso; ollos aspirent à des satisfactions plus relevées; au
milieu d'elles il y aura toujours des intelligences susceptibles et inquiètes que le repos épouvante comme une mort anticipée. Tout est résolu et tout est à résoudre ; tout est fait et tout est à refaire. <c L'homme sera toujours à lui-même une grande énigme, et son propre esprit lui sera toujours le sujet d'une étemelle et impénétrable question. )> (1)
A M. Royer-CoUard il restera l'honneur d'un grand mouvement dans les idées qui devait tromper le génie de Napoléon, et dont il a été le précurseur et l'apôtre.
En politique , M. Royer-Collard aura l'honneur plus grand encore d'avoir compris, à force de raison, des sentiments et des intérêts dont il avait peut-être été, dans sa jeunesse, le contempteur absolu et systématique. Il lui est arrivé, d'ailleurs, ce qui ne pouvait manquer d'arriver à un esprit comme le sien : il s'attacha à la cause qu'il avait embrassée, et qu'il devait défendre avec tant d'éloquence, par les sacrifices mêmes qu'elle lui avait coûtés. Qui pourrait oublier tant de combats livrés en faveur de la liberté politique et religieuse, et cette parole majestueuse et inspirée, rassurant et remuant la France au milieu des plus difficiles épreuves? M. Royer-Collard , pendant dix ans, ce fut la France, ramenée aux idées de la Révolution par l'expérience et par le bon sens , et essayant vainement d'y ramener la royauté légitime. Hasards des événements! au royaliste du consulat, au correspondant secret de Louis XVIII , qui aurait osé prédire qu'en 1830, ses lèvres prononceraient devant la légitimité, cette adresse des 221 , dans laquelle il se serait refusé de lire fa menace d'une révolution ?
S'il avait maudit la première révolution, il se contenta de bouder la seconde, dont il ne se vengea que par des sarcasmes, imprégnés d'une amertume particulière , restés dans toutes les mémoires, auxquels personne n'échappait, et qui furent comme la consolation et l'occupation de sa vieillesse.
Cet esprit, si fécond en saillies , donnait un démenti h Montesquieu.
(1) Bossuet. Histoire des YariationSy p. 31.
c( Pour peu qu'on voie les choses avec une certaine étendue, les saillies s'évanouissent; elles ne naissent, d'ordinaire, que parce que l'esprit se jette tout d'un côté, et abandonne tous les autres (1). »
Chez M. Royer-CoUard, au contraire, les saillies naissaient d'une contemplation générale. C'était le philosophe dédaigneux qui parlait par sa bouche ; c'était le vaincu de fructidor, trompé de nouveau dans ses affections et dans ses espérances; c'était l'homme qui avait trop appris, par l'étude et par la pratique de la vie, à connaître l'homme et les hommes.
Nous n'avons la prétention de rien apprendre à personne sur M. de Rémusat , en disant qu'on remarque dans son discours les qualités qui font l'écrivain distingué. Si quelqu'un avait sa place marquée à l'académie française, c'était lui. Personne ne parle une langue plus souple, plus élégante, plus appropriée à tous les besoins de l'esprit ; les études philosophiques lui ont donné tout ce qu'elles peuvent avoir d'élévation et de finesse, sans la rendre ni confuse ni obscure. Néanmoins, dans ce discours, on ne trouve pas M. de Rémusat tout entier, tel que nous l'avons vu dans d'autres occasions moins éclatantes. Il ne semble pas tout à fait à son aise ; il appelle à son secours la métaphore, comme s'il se sentait gêné, lui, si maître de son style, pour exprimer clairement et complètement sa pensée. Après un tel exemple, qui osera se flatter d'éviter les dangers inévitables d'un éloge académique?
4 Lorsque M. de Rémusat déclare que les révolutions ne peuvent s'excuser et se défendre que par l'héroïsme , il a raison ; c'est le meilleur moyen de les rendre rares et de les empêcher de descendre à de misérables luttes d'intérêts ou d'ambitions. Mais en est-il de même lorsqu'il les appelle les moments rofwa- ' nesqnes de Ihistoire ? Que veut dire cela ? Il ya dans ces mois une sorte de surprise qui éblouit l'esprit , mais dont il ne tarde pas à revenir à la première réflexion.
Nous aurions voulu , de la part d'un homme comme H. de
(1) Préface de.r£fprtl det Loit.
A l'audience. 455
Rémusat, sur une telle matière et devaut une telle assemblée, quelque chose de moins' joli peut-être, mais de plus juste et de plus sérieux. Les révolutions ne sont pas faites seulement pour engendrer des paladins et des héros ; les révolutions qui ne sont que des romaps, ne comptent pas dans l'histoire des peuples. Quel souvenir reste-t-il des combats de la Fronde ou des prouesses du dernier duc de Guise î Voilà le roman demeuré roman, aussi bien pour la postérité que pour les contemporains. Faudrat-il appeler du même nom les plébéiens sollicitant et obtenant les droits de citoyen dans Rome, par les Gracches, par Marins et par César ; le christianisme créant un monde nouveau , ou le Tuou¥ement de 1 789 appelant la société française à des destinées nouvelles? Ce sont là d'imposantes réalités, sur le sens desquelles il faudrait prendre garde de se méprendre par la confusion des mots. Loin d'être des romans, les révolutions sont au contraire, pour les peuples, des enfantements réels et douloureux , dont ils ont trop souvent besoin de se reposer dans le despotisme.