‹ L'histoire à l'audienceChapitre 3 sur 16 · AVANT-PROPOS. XI · texte numérisé non relu

AVANT-PROPOS. XI

comme une proieslalton éternelle, contre l'iniquité. L'humanité tout entière 9e sent blessée, et c'est sa gloire, par Tinjustiee qui blesse un de ses membres. Le temps lui-même, le temps qui peut tout, ne peut rien sur les angoisses qu'elle éprouve à l'idée du sang injustement répandu. Pour elle, il n'y a pas de fiction; ellejuge ceux qui jugent; elle condamne à son tour les magis* trais qui ont condamné l'innocent <( et qui ont bu l'iniquité « comme l'eau. » Delà, cette faveur popuWre quis'est attachée, à toutes les époques, au souvenir de certains procès; ce désir de révision, qui traverse les siècles, et qui n'est autre chose que le soulèvisnent de la conscience publique. C'est si beau la réparation d'une injustice et Tabsolution d'une mémoire innocente I De là, cet attrait qu'ont éprouvé les esprits les plus vi&, les plus ingénieux, les plus pénétrants, pour des recherches qui promettaientde semblables résultats. •

Un homme qui a aimé les hommes jusqu'à la fin, avec une admirable et infatigable constance; dont le nom a été mêlé à tous les triomphes et à tous les travaux; qui, dans le cours de sa longue carrière, n'a jamais rien trouvé, quant aux efforts de Tesprit, au-dessous de lui et au-dessus de lui; Voltaire a écrit quelque part , à propos du sujet qui m'occupe :

« Des problèmes comme ceux-là me paraissent plus importants que epnt mille billevesées mathématiques et cent mille discours pour les prix des académies. »

Voltaire avait raison. Dans de semblables travaux, ce qui souriait à son ardeur, c'était le but; autrement, que lui aurait fait d'agiter des questions inutiles? Pour ce brillant esprit, il n'y avait rien de si beau, que ce qui était réellement humain dans les arts de l'humanité.

Les anciens avaient vu les choses d'une autre manière. Epris de Tart jusqu'au fanatisme, ils lui sacrifiaient tout, et l'histoire

%n AVANT-PROPOS.

dm procès n'aurait été à leurs yeux la plus belle de toutes les histoires, que parce qu'elle aurait attesté les triomphes de l'intelligence et du génie , dans ce qu'ils ont de plus sensible et de plus éclatant. À peine si nous pouvons nous faire une idée, sous nos cieux éteints, dans nos sociétés pressées et positives, de ce qu'était chez les peuples de l'antiquité, l'art de la parole, principalement à Athènes, où , s'il faut en croire Gicéron, il fut porté à sâ perfection la plus haute.

«< lllas omnium doctrinarum inverUrices Athenas, inquibus summa dicendivis inventa est etperfecta. »

C'est que l'éloquence, pour Cicéron , c'était bien autre chose quo co que nous en faisons, que ce qu'en font môme les hommes que nous appelons éloquents. ^

Ce n'était pas une facilité, ornée, aiguisée et courante; c'était bien moins un iflétier auquel on se fait la main comme on se fait la main à tout; c'était à ses yeux ce qu'il y avait de plus difficile au monde, quelque chose de plus grand qu'on ne pense, n'exigeant rien moins que toutes les études et tous les talents.

u Sed nimirum majm est hoc quiddam quàm homines opifmniur, et pluribtAS ex artibm stiuiiisque collectum. »

Les anciens, et Cicéron tout le premier, auraient donc fort bien pu n'apercevoir dans une histoire des procès, au lieu des enseignements que nous y cherchons, que des objets nouveaux de comparaison et d'étude sur cet art de la parole, dont la dif- 0culté les enchantait et les désolait tout à la fois.

On pourrait s*étonner du parti pris par les historiens sur un sujet qui devait les intéresser, ainsi qu'on voit, à des titres divprs , si beaucoup de motifs ne venaient expliquer et justifier leur silence. Il ne faut pas oublier d'abord que la publicité parmi nous est d'hier ; que les procès criminels étaient jugés à huis clos, et que la curiosité publique, réduite h écouter aux portes,

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