AVANT-PROPOS. XV
avec uoe impartialité qui m'a coûté moins qu'à d'autres, et que rend quelquefois trop facile un certain apaisement de l'esprit, résultat inévitable de l'eipérience et des années. II se fait , en œ moment, un travail auquel je n'assiste pas sans tristesse, et qui tend à reléguer, parmi les rêves, les idées que ma jeunesse a aimées et défendues. A des générations fatiguées ou impatientes qui semblent d'accord pour vouloir autre chose que ce que nous avons voulu, il faut mieux que cela ou moins que cela. S'il doit en être ainsi, qu'une voix inconnue se fasse entendre eocore une fois, comme une dernière et impuissante protestation en faveur de ces idées qui eurent leurs martyrs; dédaignées par les uns, méconnues par les autres, coupables de leur modération, comme de leur hardiesse, qu'aucun pouvoir n'a con* senti à appliquer, et auxquelles il n'aura pas été donné de porter leurs fruits.
Des partis se forment, auxquels je n'aurai pas le temps de m'associer. En eussé-jele temps, je ne sais pas si j'en aurais la îolonté. Pourtant, je suis peut-être un de ceux que les partis ont le moins gêné, parce que je n'ai jamais cherché à y être qu'un soldat obscur. Un homme qui s'y connaissait, le cardinal de Retz, a écrit : « On ne sait pas ce que c'est qu'un parti, quand on s'imagine que le chef en est le maître. »
Ce qui était vrai du temps du cardinal de Retz, est encore plus vrai du nôtre. C'est là-dessus tout ce que j'avais à dire.
Les mécomptes de la politique ont cela de bon qu'ils vous rattachent à des sentiments que, dans le zèle de la politique, TOUS aviez peut-être trop dédaignés. On apprend à mettre chaque chose à sa place ; à ne pas se tromper de vertus ; à connaître les hommes pour ce qu'ils sont, à les aimer pour ce qu'ils valent, et dépouillés de leur héroïsme d'emprunt.
11 y a temps pour tout. La passion sied bien à la jeunesse.