‹ L'histoire admirable de Jeanne d'Arc, pucelle d'OrléansChapitre 15 sur 83 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

DICTON POrULAlUE LK BOURGUIGNON DE DOMREMY — SONGES DE JACQUES

d'arc DURAND LAXART, ONCLE ET CONFIDENT DE JEANNETTE — LA

PREMIÈRE ENTRKVUE AVEC ROBERT DE BAUDRICOURT, CAPITAINE DE \AT-COULEURS

E patriotisme presse donc plus que jamais le cœur de Jeannette d'Arc; avec les villageois de Domremy, causant de la guerre et des malheurs du roi de France, elle leur cite parfoisunoraclepopulaireassez répandu vers cette époque, dicton curieux et que Jeannette seule comprenait alors dans son vrai sens : « Une femme a perdu la France ; mie vierge sortie des Marches de Lorraine la sauvera. »

Tous ses compatriotes d'ailleurs étaient bons Français, ArDiagnacs^ comme on disait alors; un seul était Bourguignon^ c'est-à-dire ennemi de la cause nationale. Personnellement, Jeanne avait de bons rapports avec cet homme et sa famille; mais comme ennemi de la France (elle-même l'a raconté d'une façon charmante), elle eût

a8 JEANNE DARC OU LA PUCELLE D'ORLÉANS

l)i('ii voulu qu'il eût la tête tranchée, si cependant tel eût été le bon plaisir de Dieu. La vue de ce Boiirgui<rnon sui'lisait pour lui rappeler les horreurs de la guerre et les douleurs de l'mvasion. Etait-ce pour le ramener ([u'elle lui dit un joiir, comme en se jouant : « Compère, si vous n'étiez Bonro'fiii>non, je vous dirais bien quelque chose! — »

Le Bourguignon ne comprit pas, bien entendu î mais elle faisait allusion à son prochain départ, car ses Yoix deveuaienl de plus en plus puissantes, de plus en plus impérieuses : « Jeannette, lille de Dieu, va, va! » lui criaient-eUes.

Et comuic la jeune fille objectait son impuissance et sa l'ail)lesse : « A'a, Dieu sera ton aide! répétaient les Voix; tu rendras au vrai roi son beau royaume de France. »

Elle écoutait, elle voyait ses Saintes, elle croyait à leurs j)ai'(>Ies, elle voulait leui' ()l)éir. Mais comment le pourrail-clle jamais? Ses parents a cillaient sur elle de très ])rès : ils ne lui permettaient pas de les quitter même un instant: ils craignaient toujours dv la voir s'éloigner. .Icanncllc pourtant ne leur avait pas révélé ce que le Ciel demanda il d'elle; elle ne s'était ouverte encore à personne sui" ce sujet, et se gardait bien d'en parlei' ouverteinenl à (jui {\\\v ce lut, lant elle redoutait de voir enlravei" ses projets. Et cependant, nous l'avons dit, ses parents la snrveillai<'nt d(^ très j)rès.

C'est que, dej)uis en\ iion deux ans, le père était agité de songes mystérieux. 11 voyait, durant son sommeil, sa lille. sa Jeainiette chérie, au milieu des hommes d'armes; il la Noyait chevaucher parmi les batailles. 11 avait beau

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